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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2406357

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2406357

mercredi 3 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2406357
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationELOIGNEMENT
Avocat requérantVRAY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 29 juin et 1er juillet 2024, M. B E, retenu au centre de rétention administrative de Lyon Saint Exupéry, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :

2°) d'ordonner, avant-dire droit, la mise à disposition de son dossier par la préfecture ;

3°) d'annuler les décisions du 28 juin 2024 par lesquelles la préfète du Rhône l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire national d'une durée de dix-huit mois ;

4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 000 euros à verser à son conseil en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, à charge pour celui-ci de renoncer à percevoir la part contributive de l'État versée au titre de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

En ce qui concerne l'ensemble des décisions contestées :

- elles sont entachées d'incompétence de leur signataire ;

- elles sont insuffisamment motivées au regard des dispositions des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration ;

- elles sont entachées d'un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle ;

En ce qui concerne les décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixation du pays de destination :

- elles ont été édictées à l'issue d'une procédure irrégulière, dès lors qu'il n'a pas été mis à même de présenter des observations préalablement à leur édiction en méconnaissance du principe général du droit notamment énoncé à l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- elles sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions des articles L. 621-1 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors qu'il est titulaire d'un titre de séjour italien, dont il a présenté une copie aux services préfectoraux, et qu'il appartenait à l'administration de procéder aux diligences nécessaires à l'obtention de l'original de ce document afin de recontacter les autorités italiennes en vue de sa réadmission vers l'Italie ;

En ce qui concerne la décision portant refus de délai de départ volontaire :

- elle méconnaît les dispositions des articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors que l'autorité préfectorale n'a pas envisagé les circonstances propres à sa situation personnelle de nature à justifier que lui soit accordé un délai de départ volontaire ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 612-2, 1° du même code, dès lors que son comportement ne peut être regardé comme constituant une menace pour l'ordre public en dépit des erreurs qu'il a commises ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions des articles L. 612-2, 3° et L. 612-3, 8° de ce même code, dès lors qu'il justifie de garanties de représentation suffisantes ;

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de dix-huit mois :

- elles est entachée d'un défaut de base légale, dès lors qu'étant titulaire d'un droit au séjour en Italie, État ayant conclu un accord de réadmission avec la France, il n'était pas au nombre des personnes pouvant faire l'objet d'une mesure d'interdiction de retour sur le territoire français ;

- elle méconnaît les dispositions des articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et revêt un caractère disproportionné ; en effet :

• il est le père d'un enfant, né sur le territoire français, qui fait l'objet d'une mesure d'assistance éducative ;

• il effectue régulièrement des allers-retours entre la Tunisie et l'Italie, où il dispose d'un droit au séjour, et se rend en France afin d'effectuer les démarches nécessaires à l'obtention de la garde de son fils ;

• sa présence sur le territoire français ne peut être regardée comme représentant une menace pour l'ordre public en dépit des erreurs qu'il a commises ;

- son signalement à fin de non-admission dans le système d'information Schengen (SIS) l'empêchera également d'obtenir un visa ou un titre de séjour et constitue une mesure d'expulsion automatique dans tout l'espace Schengen.

Par un mémoire en défense, enregistré le 2 juillet 2024, la préfète du Rhône conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que les moyens de M. E ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- la convention d'application de l'accord de Schengen, signée le 19 juin 1990 ;

- l'accord entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République italienne relatif à la réadmission des personnes en situation irrégulière, signé à F le 3 octobre 1997 ;

- la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- la directive 2008/115/CE du Parlement européen et du Conseil du 16 décembre 2008 ;

- le règlement (UE) n° 2016/399 du Parlement européen et du Conseil du 9 mars 2016 ;

- le règlement (UE) n° 2018/1861 du Parlement européen et du Conseil du 28 novembre 2018 ;

- les arrêts de la Cour de justice de l'Union européenne C-383/13 du 10 septembre 2013, C-166/13 du 5 novembre 2014 et C-249/13 du 11 décembre 2014 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Gueguen, conseiller, pour statuer en application des dispositions de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties, dûment convoquées, ont été régulièrement averties du jour de l'audience, à laquelle la préfète du Rhône n'était ni présente, ni représentée.

Ont été entendus au cours de l'audience publique, tenue avec l'assistance de Mme Gros, greffière :

- le rapport de M. Gueguen ;

- les observations de Me Vray, avocate de permanence, représentant M. E, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens et soutient en outre que les décisions portant obligation de quitter le territoire français et interdiction de retour sur le territoire national d'une durée de dix-huit mois méconnaissent les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que celles du premier paragraphe de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant et sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation de leurs conséquences sur sa situation personnelle, dès lors qu'il est le père d'un enfant né en France de sa relation avec une ressortissante algérienne qui serait titulaire d'un certificat de résidence d'une durée de dix ans, qu'il n'est pas en possession de documents de nature à démontrer qu'il rend régulièrement visite à son fils dans le cadre de la mesure d'assistance éducative dont il fait l'objet mais souhaite s'en occuper compte tenu de l'état de santé de sa mère atteinte de toxicomanie et qu'il est convoqué à cet effet devant le juge des enfants du tribunal pour enfants F le 11 juillet 2024 ; elle insiste également, d'une part, sur le fait que le requérant justifiait de circonstances particulières au sens et pour l'application de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, d'autre part, sur la circonstance qu'il ne s'est jamais soustrait à une précédente mesure d'éloignement et, enfin, sur le fait que son signalement à fin de non-admission dans le SIS l'empêchera de pouvoir retourner en Italie alors qu'il y est titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ;

- et les observations de M. E, qui indique, en réponse aux différentes questions qui lui ont été posées, qu'il est certes le père d'une fille issue d'une précédente union et résidant en Tunisie, mais qu'il souhaite pouvoir obtenir la garde de son fils né en France face à l'incapacité de sa mère à s'en occuper et qu'il lui rend régulièrement visite dans le cadre de le mesure d'assistance éducative dont il fait l'objet depuis l'année 2018.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. E, ressortissant tunisien né le 3 janvier 1980 et titulaire d'un " permis de séjour longue durée-UE " d'une durée de validité " illimitée " délivré par les autorités italiennes le 17 février 2012, déclare être entré pour la première fois en France à la fin de l'année 2013. Après avoir fait l'objet d'une première mesure d'éloignement édictée le 23 décembre 2015 par le préfet de l'Ain, l'intéressé est de nouveau entré sur le territoire français le 10 avril 2017 et a fait l'objet, le 28 décembre suivant, d'une nouvelle mesure d'éloignement édictée par le préfet de Haute-Savoie dont le tribunal a prononcé l'annulation par un jugement du 1er mars 2018. Le 12 avril 2018, M. E a sollicité des services de la préfecture du Rhône la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des stipulations de l'article 7 quater de l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 et des dispositions des articles L. 313-11, 7° et L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors applicables. Par un jugement du 1er octobre 2020, le tribunal a prononcé l'annulation de la décision implicite de rejet de cette demande, née du silence gardé pendant quatre mois par l'autorité préfectorale, et a enjoint au préfet du Rhône de procéder au réexamen de la situation de l'intéressé. En suivant, par une décision du 29 mars 2021, dont la légalité a été confirmée par un jugement du tribunal le 13 juillet 2022, le préfet du Rhône a refusé à M. E la délivrance d'un titre de séjour. Après être entré pour la dernière fois en France au cours du mois de mai 2024 selon ses déclarations, l'intéressé a été interpellé par les services de la police nationale le 31 mai 2024 sur le territoire de la commune de Villeurbanne puis placé en garde à vue pour des faits de " défaut de permis de conduire ", de " port d'arme prohibé de catégorie D " et de " maintien sur le territoire d'un étranger malgré (une) obligation de quitter le territoire ". Par un premier arrêté du 1er juin 2024, la préfète du Rhône a prononcé la remise de M. E aux autorités italiennes, sous réserve de leur accord de réadmission en application de la convention d'application de l'accord de Schengen signée le 19 juin 1990, et lui a interdit de circuler sur le territoire français pour une durée de dix-huit mois. Par un second arrêté du même jour, dont la légalité a été confirmée par une ordonnance de la juge des libertés et de la détention du tribunal judiciaire de Lyon le 4 juin 2024, l'autorité préfectorale a ordonné le placement de M. E en rétention administrative. Par une ordonnance du 3 juin 2024, confirmée par une ordonnance du premier président de la cour d'appel de Lyon du 6 juin suivant, la juge des libertés et de la détention du tribunal judiciaire de Lyon a ordonné la prolongation de cette rétention pour une durée de vingt-huit jours. Enfin, suite au refus de réadmission de M. E par les autorités italiennes le 5 juin 2024, par des décisions du 28 juin suivant, dont le requérant demande au tribunal de prononcer l'annulation, la préfète du Rhône l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire national d'une durée de dix-huit mois.

Sur la demande d'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Selon les termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président. () ".

3. En raison de l'urgence résultant de l'application des dispositions de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il y a lieu d'admettre M. E au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire sur le fondement des dispositions citées au point précédent.

Sur la demande de communication du dossier par l'administration :

4. Selon les termes de l'article L. 5 du code de justice administrative : " L'instruction des affaires est contradictoire. Les exigences de la contradiction sont adaptées à celles de l'urgence () ". Et aux termes de l'article L. 614-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger peut demander au président du tribunal administratif ou au magistrat désigné à cette fin () la communication du dossier contenant les pièces sur la base desquelles la décision contestée a été prise. ".

5. La préfète du Rhône ayant produit, à l'appui de son mémoire en défense enregistré le 2 juillet 2024, les pièces relatives à la situation administrative de M. E, l'affaire est en état d'être jugée et le principe du contradictoire a été respecté. Il n'apparaît donc pas nécessaire, dans les circonstances de l'espèce, d'ordonner avant-dire droit la communication de l'entier dossier du requérant détenu par l'administration.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne l'ensemble des décisions contestées :

6. En premier lieu, il ressort des pièces produites en défense que, par un arrêté du 15 mai 2024, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture du Rhône le lendemain, la préfète du Rhône a donné délégation de signature à Mme D C, attachée, adjointe au chef du bureau de l'éloignement, en cas d'absence ou d'empêchement de Mme H G, attachée, cheffe du bureau de l'éloignement, à l'effet de signer l'ensemble des actes administratifs établis par la direction des migrations et de l'intégration, à l'exception de certains actes au nombre desquels ne figurent pas les décisions contestées. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire des décisions attaquées manque en fait et ne peut qu'être écarté.

7. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ; () ". L'article L. 211-5 du même code prévoit à cet égard que : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. ". Par ailleurs, aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. () ". Enfin, selon les termes de l'article L. 613-2 du même code : " Les décisions relatives au refus () du délai de départ volontaire prévues aux articles L. 612-2 () et les décisions d'interdiction de retour () prévues aux articles L. 612-6, () sont distinctes de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Elles sont motivées. ".

8. En l'espèce, les décisions contestées du 28 juin 2024 visent les textes dont elles font application, en particulier les stipulations des articles 8 et 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que les dispositions utiles du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et exposent les circonstances de fait propres à la situation personnelle de M. E sur lesquelles la préfète du Rhône s'est fondée pour l'obliger à quitter le territoire français, lui refuser un délai de départ volontaire, fixer le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office, et décider, tant dans son principe que dans sa durée, de prononcer à son encontre une interdiction de retour sur le territoire national d'une durée de dix-huit mois. Si le requérant fait grief à l'autorité préfectorale de ne pas avoir précisé qu'il disposait d'un titre de séjour permanent en Italie et qu'il revenait en France afin d'effectuer des démarches pour obtenir la garde de son fils faisant l'objet d'une mesure d'assistance éducative, il ressort toutefois des termes mêmes des décisions en litige que la préfète du Rhône, qui n'était tenue de mentionner que les seuls éléments relatifs à la situation personnelle de l'intéressé sur lesquels elle a entendu se fonder, a notamment relevé, d'une part, qu'il avait déclaré avoir un titre de séjour italien et avoir résidé en Italie entre les années 2000 et 2013 sans être en mesure d'en justifier, d'autre part, que si les autorités italiennes avaient été en mesure de confirmer ses déclarations, elles avaient cependant refusé sa réadmission sur le territoire italien aux motifs qu'il n'était pas en possession de son titre de séjour italien et ne prouvait ainsi pas son séjour effectif en Italie, et, enfin, qu'il ne justifiait pas avoir établi le centre de ses intérêts privés et familiaux en France ni subvenir à l'éducation et à l'entretien de son enfant. De même, si M. E fait grief à l'autorité préfectorale de ne pas avoir suffisamment motivé sa décision portant interdiction de retour sur le territoire national d'une durée de dix-huit mois au regard des quatre critères prévus par les dispositions de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il ressort toutefois des termes mêmes de la décision litigieuse que sa motivation atteste de la prise en compte par la préfète du Rhône de l'ensemble des critères prévus par la loi. Enfin, si le requérant soutient que les signalements listés par l'autorité préfectorale ne démontrent pas que sa présence en France représente une menace pour l'ordre public en dépit des " erreurs " qu'il a commises, cette divergence d'analyse n'est pas de nature à établir l'insuffisance de motivation alléguée dès lors que la motivation d'une décision s'apprécie indépendamment du bien-fondé des motifs retenus. Par suite, les décisions contestées du 28 juin 2024, qui comportent les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et ont ainsi permis au requérant d'en contester utilement le bien-fondé, sont suffisamment motivées au regard des dispositions citées au point précédent.

9. En dernier lieu, il ne ressort ni des termes des décisions contestées, ni d'aucune autre pièce du dossier que la préfète du Rhône n'aurait pas procédé à un examen sérieux et particulier de la situation personnelle de M. E. À cet égard, la divergence d'analyse quant à l'ancienneté, l'intensité et la stabilité des liens privés et familiaux dont le requérant entend se prévaloir sur le territoire français et la menace pour l'ordre public que sa présence y représenterait ne sont pas de nature à établir le défaut d'examen allégué. Enfin, il ne ressort pas davantage des pièces du dossier que l'autorité préfectorale aurait fait une " application mécanique " des dispositions des articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour refuser au requérant un délai de départ volontaire. Par suite, les moyens tirés de l'erreur de droit sont infondés et doivent être écartés.

En ce qui concerne les décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixation du pays de destination :

10. En premier lieu, d'une part, aux termes de l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " 1. Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions et organes de l'Union. / 2. Ce droit comporte notamment : / - le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre ; () ". Et aux termes de l'article 51 de la même Charte : " 1. Les dispositions de la présente Charte s'adressent aux institutions et organes de l'Union dans le respect du principe de subsidiarité, ainsi qu'aux États membres uniquement lorsqu'ils mettent en œuvre le droit de l'Union. () ".

11. D'autre part, selon les termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : /

() 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour () ". Ces dispositions sont issues de dispositions de la loi du 16 juin 2011 relative à l'immigration, à l'intégration et à la nationalité qui ont procédé à la transposition, dans l'ordre juridique interne, des objectifs de la directive du Parlement européen et du Conseil du 16 décembre 2008 relative aux normes et procédures communes applicables dans les États membres au retour des ressortissants de pays tiers en séjour irrégulier. Elles ne prévoient pas de droit pour un étranger à être entendu dans le cadre de la procédure de prise d'une décision l'obligeant à quitter le territoire français.

12. Ainsi que la Cour de justice de l'Union européenne l'a jugé, notamment par son arrêt C-383/13 M. A, N. R./Staatssecretaris van Veiligheid en Justitie du 10 septembre 2013 visé ci-dessus, les auteurs de la directive du 16 décembre 2008, s'ils ont encadré de manière détaillée les garanties accordées aux ressortissants des États tiers concernés par les décisions d'éloignement ou de rétention, n'ont pas précisé si et dans quelles conditions devait être assuré le respect du droit de ces ressortissants d'être entendus, qui fait partie intégrante du respect des droits de la défense, principe général du droit de l'Union européenne. Si l'obligation de respecter les droits de la défense pèse en principe sur les administrations des États membres lorsqu'elles prennent des mesures entrant dans le champ d'application du droit de l'Union, il appartient aux États membres, dans le cadre de leur autonomie procédurale, de déterminer les conditions dans lesquelles doit être assuré, pour les ressortissants des États tiers en situation irrégulière, le respect du droit d'être entendu. Ce droit, qui se définit comme celui de toute personne de faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue au cours d'une procédure administrative avant l'adoption de toute décision susceptible d'affecter de manière défavorable ses intérêts, ne saurait cependant être interprété en ce sens que l'autorité nationale compétente est tenue, dans tous les cas, d'entendre l'intéressé lorsque celui-ci a déjà eu la possibilité de présenter, de manière utile et effective, son point de vue sur la décision en cause.

13. Dans le cadre ainsi posé, et s'agissant plus particulièrement des décisions relatives au séjour des étrangers, la Cour de justice de l'Union européenne a jugé, dans ses arrêts C-166/13 Sophie Mukarubega du 5 novembre 2014 et C-249/13 Khaled Boudjlida du 11 décembre 2014 également visés ci-dessus, que le droit d'être entendu préalablement à l'adoption d'une décision de retour implique que l'autorité administrative mette le ressortissant étranger en situation irrégulière à même de présenter, de manière utile et effective, son point de vue sur l'irrégularité du séjour et les motifs qui seraient susceptibles de justifier que l'autorité s'abstienne de prendre à son égard une décision de retour. Ce droit n'implique toutefois pas que l'administration ait l'obligation de mettre l'intéressé à même de présenter ses observations de façon spécifique sur la décision l'obligeant à quitter le territoire français, dès lors qu'il a pu être entendu sur l'irrégularité du séjour ou la perspective de l'éloignement.

14. Enfin, il résulte de la jurisprudence de la Cour de justice de l'Union européenne, notamment de son arrêt du 10 septembre 2013 cité au point 12, que toute irrégularité dans l'exercice des droits de la défense lors d'une procédure administrative concernant un ressortissant d'un pays tiers en vue de son éloignement ne saurait constituer une violation de ces droits et, en conséquence, que tout manquement, notamment, au droit d'être entendu n'est pas de nature à entacher systématiquement d'illégalité la décision prise. Il revient à l'intéressé d'établir devant le juge chargé d'apprécier la légalité de cette décision que les éléments qu'il n'a pas pu présenter à l'administration auraient pu influer sur le sens de cette décision et il appartient au juge saisi d'une telle demande de vérifier, lorsqu'il estime être en présence d'une irrégularité affectant le droit d'être entendu, si, eu égard à l'ensemble des circonstances de fait et de droit spécifiques de l'espèce, cette violation a effectivement privé celui qui l'invoque de la possibilité de mieux faire valoir sa défense dans une mesure telle que cette procédure administrative aurait pu aboutir à un résultat différent.

15. En l'espèce, il ressort des pièces produites en défense que, suite à son interpellation et à son placement en garde à vue le 31 mai 2024 pour des faits de " défaut de permis de conduire ", de " port d'arme prohibé de catégorie D " et de " maintien sur le territoire d'un étranger malgré (une) obligation de quitter le territoire ", M. E a été entendu sur l'irrégularité de son séjour en France le 1er juin 2024, au cours de son audition par les services de la police nationale. Il ressort également des pièces produites par la préfecture du Rhône que M. E a été informé par écrit, le même jour, que l'autorité préfectorale était susceptible, après analyse de ses déclarations relatives à ses conditions d'entrée et de séjour en France et un premier examen de son éventuel état de vulnérabilité et/ou de handicap, de mettre en œuvre une mesure d'éloignement à son encontre, et mis à même de présenter ses observations écrites et orales, l'intéressé ayant alors précisé qu'il souhaitait pouvoir " récupérer (s)on fils et retourner vivre en Tunisie auprès de (s)a famille ". Si le requérant soutient, dans le cadre de la présente instance, qu'il était retenu au centre de rétention administrative de Lyon Saint Exupéry et n'a pas été de nouveau mis à même de présenter des observations préalablement à l'édiction des décisions contestées du 28 juin 2024, en tout état de cause, il n'établit ni même n'allègue qu'il disposait d'éléments pertinents, qui, s'ils avaient été portés à la connaissance de la préfète du Rhône entre le 1er et le 28 juin 2024, auraient permis à la procédure d'aboutir à un résultat différent, alors que l'administration fait valoir en défense, sans être utilement contredite, qu'il ne démontre pas avoir été dans l'impossibilité de transmettre à l'autorité préfectorale, avec l'aide de l'association l'ayant assisté au sein de ce centre de rétention, toute information qui aurait pu remettre en cause les décisions en litige. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance du droit d'être entendu, que M. E tient des principes généraux du droit de l'Union européenne et qui est notamment énoncé par les dispositions précitées de l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, doit être écarté.

16. En deuxième lieu, il ressort des dispositions des articles L. 610-1 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, relatives à l'obligation de quitter le territoire français, de celles des articles L. 615-1 et suivants relatives aux cas de l'étranger obligé de quitter le territoire d'un autre État membre de l'Union européenne ou d'un État dans lequel s'applique l'acquis de Schengen et de celles des articles L. 621-1 et suivants relatives aux procédures de remise aux États membres de l'Union européenne ou parties à la convention d'application de l'accord de Schengen, que le champ d'application des mesures obligeant un étranger à quitter le territoire français et celui des mesures de remise d'un étranger à un autre État ne sont pas exclusifs l'un de l'autre et que le législateur n'a pas donné à l'une de ces procédures un caractère prioritaire par rapport à l'autre. Toutefois, si l'étranger demande à être éloigné vers l'État membre de l'Union européenne ou partie à la convention d'application de l'accord de Schengen d'où il provient, ou s'il est résident de longue durée dans un État membre ou titulaire d'une " carte bleue européenne " délivrée par un tel État, il appartient au préfet d'examiner s'il y a lieu de reconduire en priorité l'étranger vers cet État ou de le réadmettre dans cet État.

17. En l'espèce, il ressort des termes des décisions contestées que, pour obliger M. E à quitter le territoire français, la préfète du Rhône s'est fondée sur les dispositions précitées de l'article L. 611-1, 3° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et le requérant ne conteste pas qu'il se trouvait dans la situation, prévue par ces mêmes dispositions, dans laquelle l'autorité préfectorale peut prendre une mesure d'éloignement. Il ressort par ailleurs des pièces produites en défense que préalablement à l'édiction des décisions en litige et informée de ce que l'intéressé était titulaire d'un " permis de séjour longue durée-UE " d'une durée de validité " illimitée " délivré par les autorités italiennes, la préfète du Rhône a, le 1er juin 2024, saisi ces autorités d'une demande de réadmission de M. E, lesquelles ont rejeté cette demande le 5 juin suivant au motif de son absence de preuve d'un séjour en Italie. Contrairement à ce que soutient le requérant, l'autorité préfectorale, qui a ainsi examiné s'il y avait lieu de le réadmettre en Italie, n'était pas tenue de procéder aux diligences nécessaires à l'obtention de l'original de son titre de séjour italien afin de recontacter les autorités italiennes en vue de sa réadmission vers l'Italie, et ce nonobstant la circonstance alléguée selon laquelle l'original de ce document se trouvait au sein de son véhicule placé à la fourrière suite à son interpellation le 31 mai 2024. Par suite, et alors au surplus que M. E n'avait pas demandé à être éloigné vers l'Italie lors de son audition par les services de la police nationale le 1er juin 2024, c'est sans commettre d' " erreur manifeste d'appréciation " au regard des articles L. 621-1 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que la préfète du Rhône a prononcé son éloignement à destination du pays dont il a la nationalité ou tout autre pays dans lequel il démontrerait être légalement admissible.

18. En troisième lieu, selon les termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

19. M. E soutient, pour la première fois lors de l'audience publique, que la mesure d'éloignement prononcée à son encontre porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale, dès lors qu'il est le père d'un enfant né sur le territoire français de sa relation avec une ressortissante algérienne titulaire d'un titre de séjour, qu'il rend régulièrement visite à cet enfant, qu'il souhaite obtenir sa garde face à l'incapacité de sa mère, atteinte de toxicomanie, à s'en occuper, et qu'il est convoqué à cet effet devant le juge des enfants du tribunal pour enfants F le 11 juillet 2024. Toutefois, il ressort des pièces du dossier, notamment de ses propres déclarations lors de son audition par les services de la police nationale le 1er juin 2024, que le requérant est entré pour la dernière fois en France au cours du mois de mai 2024, à l'âge de quarante-quatre ans, après avoir vécu l'essentiel de son existence dans son pays d'origine puis en Italie entre les années 2000 et 2013. S'il précise dans ses écritures effectuer régulièrement des allers-retours entre la France, la Tunisie et l'Italie, il ne le démontre pas l'actualité de ces allers-retours par les pièces qu'il verse au débat, et il ressort en tout état de cause des pièces du dossier qu'il n'a jamais été admis à séjourner régulièrement sur le territoire français, sa demande de titre de séjour déposée le 12 avril 2018, après qu'il a notamment fait l'objet d'une première mesure d'éloignement le 23 décembre 2015, ayant été expressément rejetée par une décision du 29 mars 2021 dont la légalité a été confirmée par un jugement du tribunal du 13 juillet 2022. Par ailleurs, si M. E se prévaut de la présence en France de son fils, né le 2 août 2016 sur le territoire français de sa relation avec une ressortissante algérienne y résidant régulièrement, il ne justifie pas contribuer à l'éducation et à l'entretien de cet enfant mineur qu'il a reconnu le 13 avril 2017 ni entretenir des liens affectifs avec ce dernier à la date de la décision contestée. À cet égard, il ressort des pièces du dossier que le requérant ne résidait plus avec la mère de son fils avant même sa naissance et qu'eu égard à leurs très grandes difficultés relationnelles et à la fragilité de cette dernière, leur enfant mineur, qui souffre par ailleurs de troubles autistiques, a d'abord fait l'objet d'une mesure administrative conservatoire d'opposition à sa sortie du territoire au mois de février 2018 et d'un jugement en assistance éducative du tribunal pour enfants F du 28 février 2018, instaurant une mesure d'action éducative en milieu ouvert pour une durée d'une année et ordonnant une interdiction de sortie du territoire français ainsi que son inscription au fichier des personnes recherchées, puis d'un jugement du tribunal de grande instance F du 3 mai 2018, constatant l'exercice conjoint de l'autorité parentale, fixant sa résidence habituelle chez sa mère, accordant un droit de visite et d'hébergement à son père, fixant le montant mensuel de la pension alimentaire que ce dernier était tenu de verser, et ordonnant une interdiction de sortie du territoire français sans l'autorisation de ses deux parents, avant que son placement auprès des services de la direction de la vie sociale (DVS) de Savoie pendant une durée d'une année ne soit ordonné par un jugement du tribunal de grande instance F du 24 janvier 2019 et que les relations avec chacun de ses parents soient organisées par la DVS de Savoie conformément à un jugement en assistance éducative du tribunal pour enfants F du 8 juillet 2019. Alors que, suite à des faits de violence sur la mère dont l'enfant aurait été témoin, les droits d'hébergement de M. E ont été suspendus par une ordonnance du tribunal pour enfants F du 12 février 2020 lui accordant des droits de visite en présence d'un tiers sur un lieu adapté à raison d'une rencontre d'une heure trente par semaine, le requérant ne verse au débat aucun document permettant d'établir qu'il entretiendrait des liens avec son fils mineur depuis le mois de février 2020, la décision du 29 mars 2021 par laquelle la préfète du Rhône lui avait refusé la délivrance d'un titre de séjour relevant d'ailleurs à cet égard qu'en dépit d'une demande de pièces complémentaires, l'intéressé n'avait fourni aucune preuve de versement de la pension alimentaire précitée ni aucun document relatif à l'exercice effectif de son droit de visite et d'hébergement mais s'était borné à produire trois factures relatives à du matériel de puériculture datées de l'année 2016 et précédant sa relation conflictuelle avec la mère de son enfant. En outre, s'il ressort des pièces produites en défense que le requérant a exercé une activité professionnelle quelques mois par an entre les années 2014 et 2019 avant de bénéficier d'un contrat à durée déterminée (CDD) du 25 mars au 30 juin 2021 en qualité de chauffeur livreur, il ne justifie pas de son insertion sociale et professionnelle sur le territoire national à la date de la décision en litige, où il a déclaré être au " chômage technique " lors de son audition par les services de la police nationale le 1er juin 2024 et où il est également défavorablement connu de ces mêmes services pour avoir fait l'objet de huit signalements dans le fichier automatisé des empreintes digitales (FAED) entre le 27 mars 2011 et le 31 mai 2024 pour des faits d' " entrée irrégulière ", de " vol simple ", de " menace de mort réitérée ", de " port sans motif légitime d'arme blanche ou incapacitante de catégorie D ", de " violence suivie d'incapacité supérieure à 8 jours ", de " dégradation ou détérioration d'un bien appartenant à autrui ", de " circulation avec un véhicule terrestre à moteur sans assurance ", de " conduite d'un véhicule sans permis " et d' " usage illicite de stupéfiants ". Enfin, l'intéressé, célibataire et sans enfant à charge, n'établit ni même n'allègue être dépourvu de toute attache dans son pays d'origine, où réside notamment son épouse, avec laquelle il s'est marié le 28 avril 2010, ainsi que leur fille mineure, née le 22 avril 2017, et où il a déclaré vouloir retourner le 1er juin 2024. Dans ces circonstances, compte tenu de la durée et des conditions de son séjour en France, et à supposer même que son comportement ne puisse être regardé comme constituant une menace pour l'ordre public à la date du 28 juin 2024, la préfète du Rhône n'a pas porté une atteinte disproportionnée au droit au respect de la vie privée et familiale de M. E en l'obligeant à quitter le territoire français alors même qu'il faisait l'objet d'une convocation devant le juge des enfants du tribunal pour enfants F le 11 juillet 2024. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

20. En quatrième lieu, aux termes du premier paragraphe de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces stipulations, qui peuvent être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir, que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant. Elles sont applicables non seulement aux décisions qui ont pour objet de régler la situation personnelle d'enfants mineurs mais aussi à celles qui ont pour effet d'affecter, de manière suffisamment directe et certaine, leur situation.

21. En l'espèce, si le requérant soutient, pour la première fois lors de l'audience publique, que la mesure d'éloignement prononcée à son encontre méconnaît l'intérêt supérieur de son fils né le 2 août 2016 sur le territoire français, il résulte toutefois de ce qui a été dit au point 19 qu'il ne justifie pas, par les pièces qu'il produit, de liens affectifs entretenus avec cet enfant mineur depuis le mois de février 2020, ni contribuer à son éducation ainsi qu'à son entretien. Au surplus, il ne ressort pas davantage des pièces du dossier que l'état de santé de la mère de l'enfant altèrerait ses fonctions parentales à la date du 28 juin 2024. Dans ces conditions, M. E ne justifie pas qu'il serait dans l'intérêt supérieur de ce dernier qu'il demeure à ses côtés. Par suite, c'est sans porter une atteinte disproportionnée à l'intérêt supérieur de ce même enfant que la préfète du Rhône l'a obligé à quitter le territoire français.

22. En dernier lieu, en l'absence d'argumentation particulière, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation des conséquences de la mesure d'éloignement en litige sur la situation personnelle de M. E doit être écarté par les mêmes motifs que ceux exposés aux points 19 et 21.

En ce qui concerne la décision portant refus de délai de départ volontaire :

23. Selon les termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. () ". Cependant, l'article L. 612-2 du même code énonce que : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; / () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". À cet égard, l'article L. 612-3 de ce même code prévoit que : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / () 3° L'étranger s'est maintenu sur le territoire français plus d'un mois après l'expiration () du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de son autorisation provisoire de séjour, sans en avoir demandé le renouvellement ; / () 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement ; / () 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographie prévues au 3° de l'article L. 142-1, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ou qu'il s'est précédemment soustrait aux obligations prévues aux articles L. 721-6 à L. 721-8, L. 731-1, L. 731-3, L. 733-1 à L. 733-4, L. 733-6, L. 743-13 à L. 743-15 et L. 751-5. ".

24. Pour refuser d'accorder un délai de départ volontaire à M. E, la préfète du Rhône s'est fondée sur les dispositions des articles L. 612-2, 1° et 3° et L. 612-3, 3°, 5° et 8° en considérant, d'une part, que le comportement de l'intéressé constituait une menace pour l'ordre public, dès lors qu'il avait été interpellé et placé en garde à vue le 31 mai 2024 pour des faits de " défaut de permis de conduire " et de " port d'arme de catégorie D " et qu'il était défavorablement connu des services de la police nationale pour des faits de " violences avec incapacité supérieure à 8 jours ", de " menaces de mort réitérées ", de " dégradation ou destruction ", de " vol simple ", d' " usage de produits stupéfiants ", de " port d'arme de catégorie D ", de " conduite sans permis " et de " conduites sans assurances ", et, d'autre part, qu'il existait un risque qu'il se soustraie à la mesure d'éloignement dont il faisait l'objet en l'absence de circonstances particulières. À cet égard, l'autorité préfectorale a retenu que M. E s'était maintenu en situation irrégulière en toute connaissance de cause en dépit de la décision portant refus de titre de séjour dont il avait fait l'objet le 29 mars 2021 et dont la légalité avait été confirmée par le tribunal le 13 juillet 2022, et que l'intéressé ne pouvait justifier, ni d'un hébergement stable et établi sur le territoire national, ni de la réalité de ses moyens d'existence effectifs, dans la mesure où il avait déclaré résider sur le territoire de la commune de Villeurbanne, dans un logement qu'il louait pour un loyer mensuel de 600 euros sans être en mesure de justifier de la réalité de cette résidence et de revenus lui permettant tant de la louer que de subvenir à ses besoins alors qu'il avait également déclaré être sans profession et sans aucune ressource.

25. En l'espèce, le requérant ne justifie d'aucune circonstance particulière au sens et pour l'application des dispositions de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et s'il soutient que son comportement ne peut être regardé comme constituant une menace pour l'ordre public en dépit des " erreurs " qu'il a commises et qu'il justifie de garanties de représentation suffisantes, il ne conteste pas le motif tiré de ce qu'il s'est maintenu sur le territoire français plus d'un mois après l'expiration du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de son autorisation provisoire de séjour, sans en avoir demandé le renouvellement. Par ailleurs, il ressort des pièces produites en défense, en particulier des termes des ordonnances des 3 et 6 juin 2024 respectivement rendues par la juge des libertés et de la détention du tribunal judiciaire de Lyon et le premier président de la cour d'appel de Lyon, que M. E ne justifie pas de garanties de représentations suffisantes compte tenu des aléas affectant la réalité de sa résidence située à Villeurbanne, l'intéressé étant en effet débiteur d'un arriéré de loyers de 13 664 euros envers son bailleur et déclarant tout à la fois résider en Italie et aspirer à retourner en Tunisie. Par suite, et dès qu'il résulte de l'instruction que la préfète du Rhône aurait pris la même décision si elle s'était fondée sur les seuls motifs tirés de ce qu'il existait un risque que le requérant se soustraie à la mesure d'éloignement dont il fait l'objet au sens et pour l'application des articles L. 612-2, 3° et L. 612-3, 3° et 8° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, lesquels motifs étaient, à eux-seuls, de nature à justifier légalement la décision en litige, c'est sans faire une inexacte application des dispositions précitées des articles L. 612-2 et L. 612-3 du même code qu'elle a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de dix-huit mois :

26. Selon les termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, et dix ans en cas de menace grave pour l'ordre public. ". Par ailleurs, aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 () l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. () ". Enfin, selon les termes de l'article L. 613-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger auquel est notifiée une interdiction de retour sur le territoire français est informé qu'il fait l'objet d'un signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen, conformément à l'article 24 du règlement (UE) n° 2018/1861 du Parlement européen et du Conseil du 28 novembre 2018 sur l'établissement, le fonctionnement et l'utilisation du système d'information Schengen (SIS) dans le domaine des vérifications aux frontières, modifiant la convention d'application de l'accord de Schengen et modifiant et abrogeant le règlement (CE) n° 1987/2006. () ".

27. Il appartient au juge de l'excès de pouvoir, saisi d'un moyen en ce sens, de rechercher si les motifs qu'invoque l'autorité compétente sont de nature à justifier légalement dans son principe et sa durée la décision d'interdiction de retour et si la décision ne porte pas au droit de l'étranger au respect de sa vie privée et familiale garanti par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise. En revanche, lorsqu'il est saisi d'un moyen le conduisant à apprécier les conséquences de la mesure d'interdiction de retour sur la situation personnelle de l'étranger et que sont invoquées des circonstances étrangères aux quatre critères posés par les dispositions précitées de l'article L. 612-10, il incombe seulement au juge de l'excès de pouvoir de s'assurer que l'autorité compétente n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation.

28. Pour prononcer à l'encontre de M. E une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de dix-huit mois, la préfète du Rhône, après avoir relevé que l'intéressé ne justifiait d'aucune circonstance humanitaire, s'est fondée sur les motifs tirés, d'une part, de ce que s'il déclarait avoir quitté son pays d'origine et être entré en France au cours de l'année 2013, il ne le démontrait pas, d'autre part, de ce qu'il se déclarait célibataire et ne justifiait pas avoir établi sur le territoire national le centre de ses intérêts privés et familiaux ni subvenir aux besoins et à l'éducation de ses enfants âgés de sept et huit ans, en outre, de ce qu'il avait fait l'objet d'une décision de refus de séjour le 29 mars 2021 notifiée le 3 avril suivant et, enfin, de ce que sa présence sur le territoire français représentait une menace grave et avérée pour l'ordre public compte tenu de son comportement délictueux.

29. En l'espèce, tout d'abord, contrairement à ce que soutient le requérant, la circonstance qu'il soit titulaire d'un titre de séjour italien en cours de validité ne faisait pas obstacle à ce que la préfète du Rhône prononce à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français dès lors qu'il faisait l'objet d'une mesure d'éloignement assortie d'un refus de délai de départ volontaire. Par suite, le moyen tiré du défaut de base légale ne peut qu'être écarté.

30. Ensuite, les éléments dont M. E entend se prévaloir dans le cadre de la présente instance ne sauraient être regardés comme des circonstances humanitaires de nature à faire obstacle au prononcé d'une mesure d'interdiction de retour sur le territoire français au sens et pour l'application des dispositions de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par ailleurs, si le requérant soutient que la durée de la mesure d'interdiction de retour en litige revêt un caractère disproportionné, il résulte toutefois de ce qui a été exposé au point 19 qu'il est entré récemment en France à la date de la décision en litige et qu'il ne justifie de l'ancienneté, de l'actualité et de l'intensité des liens privés et familiaux dont il se prévaut sur le territoire national, en particulier vis-à-vis de son fils mineur. Enfin, la préfète du Rhône s'est limitée à édicter une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de dix-huit mois, alors que la durée d'une telle interdiction pouvait être fixée à cinq ans. Par suite, alors même que le refus de titre de séjour opposé à M. E le 29 mars 2021 ne peut être regardé comme une précédente mesure d'éloignement et à supposer même que la présence en France de l'intéressé ne puisse être regardé comme constituant une menace pour l'ordre public à la date du 28 juin 2024, l'autorité préfectorale n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions précitées de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ni davantage fait une inexacte application des dispositions de l'article L. 612-10 du même code en prononçant à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de dix-huit mois, laquelle ne présente pas, dans les circonstances de l'espèce, un caractère disproportionné.

31. En outre, en l'absence d'argumentation particulière, et en tenant compte des conséquences spécifiques de la décision contestée, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et du premier paragraphe de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doivent être écartés par les mêmes motifs que ceux précédemment exposés aux points 19 et 21.

32. Enfin, si le requérant soutient que son signalement à fin de non-admission dans le système d'information Schengen (SIS) constitue " une mesure d'expulsion automatique dans tout l'espace Schengen " alors qu'il est titulaire d'un titre de séjour italien en cours de validité, il ne ressort pas des pièces du dossier, en particulier de son passeport, que l'intéressé effectuerait régulièrement des séjours en Italie. Par ailleurs, invité à présenter ses observations écrites et orales, M. E a précisé, le 1er juin 2024, souhaiter pouvoir " récupérer (s)on fils et retourner vivre en Tunisie auprès de (s)a famille " et non en Italie où résideraient pourtant son frère et ses neveux selon ses écritures. En outre, saisies d'une demande de réadmission de l'intéressé le 1er juin 2024, les autorités italiennes ont rejeté la demande de la préfète du Rhône le 5 juin suivant au motif de son absence de preuve d'un séjour en Italie. Enfin, le signalement dans le SIS d'un ressortissant d'un pays tiers faisant l'objet d'une interdiction de retour sur le territoire français n'interdit pas à un État membre de l'autoriser à entrer sur son territoire pour des motifs humanitaires ou d'intérêt national, ou en raison d'obligations internationales conformément aux dispositions du règlement du Parlement européen et du Conseil du 9 mars 2016 concernant un code de l'Union relatif au régime de franchissement des frontières par les personnes, et en particulier du c) du paragraphe 5 de son article 6. Par suite, la préfète du Rhône n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation des conséquences de la mesure d'interdiction de retour en litige sur la situation personnelle de M. E.

33. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de M. E doivent être rejetées. Par voie de conséquence, ses conclusions présentées au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique doivent également être rejetées.

D É C I D E :

Article 1er : M. E est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : La requête de M. E est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B E et à la préfète du Rhône.

Lu en audience publique le 3 juillet 2024.

Le magistrat désigné,

C. Gueguen

La greffière,

E. Gros

La République mande et ordonne à la préfète du Rhône, en ce qui la concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Un greffier,

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TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430

Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.

01/06/2026

TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432

Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

01/06/2026

TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881

Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.

01/06/2026

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