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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2406385

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2406385

mercredi 17 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2406385
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationELOIGNEMENT
Avocat requérantVRAY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 1er et 9 juillet 2024, M. D A, représenté par Me Vray, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 28 juin 2024 par lequel la préfète du Rhône a décidé son transfert aux autorités espagnoles ;

2°) d'enjoindre à la préfète du Rhône de procéder à l'enregistrement de sa demande d'asile dans un délai de 48 heures à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour en qualité de demandeur d'asile dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au bénéfice de son conseil en application de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. A soutient que :

- la décision attaquée a été prise en méconnaissance de l'article 5 du règlement européen n° 604/2013 en l'absence de remise en temps utile du résumé de l'entretien et de preuve de remise des formulaires prévus par cet article ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article 22 du règlement européen n° 604/2013 en ce qu'elle prévoit un délai d'exécution de la décision erroné ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article 17 du règlement européen n° 604/2013, de l'article L. 742-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 12 juillet 2024, la préfète du Rhône conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le règlement (UE) n°604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme B pour statuer sur les litiges relatifs aux décisions portant mesure d'éloignement des ressortissants étrangers en application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique du 16 juillet 2024, ont été entendus :

- le rapport de Mme B,

- les observations de Me Vray, représentant M. A, assisté par téléphone de M. C, interprète en langue soussou qui reprend les conclusions de la requête par les mêmes moyens,

- la préfète du Rhône n'étant ni présente ni représentée.

Vu la note en délibéré, présentée pour M. A, enregistrée le 16 juillet 2024 après clôture de l'instruction.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant guinéen né le 6 juillet 2005, demande l'annulation de l'arrêté du 28 juin 2024, par lequel la préfète du Rhône a décidé sa remise aux autorités espagnoles, responsables de l'examen de sa demande d'asile.

Sur la légalité de l'arrêté attaqué :

2. En premier lieu, l'article 5 du règlement européen n° 604/2013 dispose : " 1. Afin de faciliter le processus de détermination de l'État membre responsable, l'État membre procédant à cette détermination mène un entretien individuel avec le demandeur. Cet entretien permet également de veiller à ce que le demandeur comprenne correctement les informations qui lui sont fournies conformément à l'article 4. () 6. L'État membre qui mène l'entretien individuel rédige un résumé qui contient au moins les principales informations fournies par le demandeur lors de l'entretien. Ce résumé peut prendre la forme d'un rapport ou d'un formulaire type. L'État membre veille à ce que le demandeur et/ou le conseil juridique ou un autre conseiller qui représente le demandeur ait accès en temps utile au résumé. ".

3. Il ressort des pièces du dossier que, conformément à l'article 5 du règlement (UE) du 26 juin 2013, M. A a bénéficié le 23 février 2024 de l'entretien individuel confidentiel prévu par ces dispositions, mené en langue soussou qu'il a déclaré comprendre. Les dispositions de l'article 5 du règlement du 26 juin 2013 n'imposent pas qu'une relecture du résumé de l'entretien individuel soit réalisée avant sa signature, ni qu'une copie de ce résumé soit remis d'office à l'intéressé, ni que le résumé mentionne la possibilité pour son conseil d'en solliciter la communication. En l'espèce, l'intéressé a bien eu connaissance du résumé de l'entretien individuel, comme l'atteste l'apposition de sa signature, et doit donc être regardé comme y ayant eu accès en temps utile. Par suite, le moyen tiré de ce que la préfète aurait méconnu les dispositions précitées de l'article 5 du règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013, doit être écarté.

4. En deuxième lieu, contrairement à ce que soutient le requérant, il ressort des pièces du dossier qu'ont été remises à M. A, le 11 juin 2024, les brochures " A " et " B ", contenant les informations dont la délivrance est requise par les dispositions de l'article 4 du règlement européen n° 604/2013, en langue française, et que leur contenu a été porté à sa connaissance oralement en langue soussou, par le biais d'un interprète. La remise de ces documents a été effectuée le jour de l'enregistrement de sa demande d'asile, soit en temps utile, ainsi qu'il ressort du compte-rendu de l'entretien individuel mené le même jour. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article 4 du règlement européen, à le supposer soulevé, doit être écarté.

5. En troisième lieu, l'article 22 du règlement (UE) n° 604/2013 dispose : " 1. L'État membre requis procède aux vérifications nécessaires et statue sur la requête aux fins de prise en charge d'un demandeur dans un délai de deux mois à compter de la réception de la requête. () 7. L'absence de réponse à l'expiration du délai de deux mois mentionné au paragraphe 1 et du délai d'un mois prévu au paragraphe 6 équivaut à l'acceptation de la requête et entraîne l'obligation de prendre en charge la personne concernée, y compris l'obligation d'assurer une bonne organisation de son arrivée. ". L'article 42 du même règlement dispose : " Les délais prévus dans le présent règlement sont calculés de la façon suivante : a) si un délai exprimé en jours, en semaines ou en mois est à compter à partir du moment où survient un évènement ou s'effectue un acte, le jour au cours duquel survient cet évènement ou se situe cet acte n'est pas compté dans le délai ; b) un délai exprimé en semaines ou en mois prend fin à l'expiration du jour qui, dans la dernière semaine ou dans le dernier mois, porte la même dénomination ou le même chiffre que le jour au cours duquel est survenu l' évènement ou a été effectué l'acte à partir duquel le délai est à compter. Si, dans un délai exprimé en mois, le jour déterminé pour son expiration fait défaut dans le dernier mois, le délai prend fin à l'expiration du dernier jour de ce mois ; () ".

6. Il ressort des pièces du dossier que M. A s'est vu délivrer une attestation de dépôt de demande d'asile le 23 février 2024 et qu'une consultation du fichier Eurodac le même jour a révélé que ses empreintes avaient été relevées précédemment en Espagne. Il ressort également des pièces du dossier que les autorités espagnoles ont été saisies d'une demande de prise en charge le 11 avril 2024. Au regard des règles de calcul exposées au b) de l'article 42 du règlement européen n° 604/2013, le délai de réponse de deux mois applicable en vertu des dispositions précitées de l'article 22 du règlement (UE) n° 604/2013 expirait le 11 juin 2024 à minuit. Dès lors, la préfète du Rhône ne s'est pas méprise en estimant qu'un accord implicite des autorités espagnoles était intervenu après l'expiration de ce délai, soit le 12 juin 2024, et que la décision de transfert pouvait donc être mise à exécution d'office jusqu'au 12 décembre 2024 inclus. Le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 22 précité du règlement (UE) n° 604/2013 doit donc, en tout état de cause, être écarté.

7. En quatrième lieu, aux termes de l'article 17 du règlement européen du 26 juin 2013 susvisé : " 1. Par dérogation à l'article 3, paragraphe 1, chaque État membre peut décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le présent règlement. / L'État membre qui décide d'examiner une demande de protection internationale en vertu du présent paragraphe devient l'État membre responsable et assume les obligations qui sont liées à cette responsabilité. () 2. L'État membre dans lequel une demande de protection internationale est présentée et qui procède à la détermination de l'État membre responsable, ou l'État membre responsable, peut à tout moment, avant qu'une première décision soit prise sur le fond, demander à un autre État membre de prendre un demandeur en charge pour rapprocher tout parent pour des raisons humanitaires fondées, notamment, sur des motifs familiaux ou culturels, même si cet autre État membre n'est pas responsable au titre des critères définis aux articles 8 à 11 et 16. Les personnes concernées doivent exprimer leur consentement par écrit. ". En outre, l'article L. 742-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, devenu l'article L. 571-1 du même code depuis le 1er mai 2021, dispose : " Lorsque l'autorité administrative estime que l'examen d'une demande d'asile relève de la compétence d'un autre Etat qu'elle entend requérir, en application du règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013, il est procédé à l'enregistrement de la demande selon les modalités prévues au chapitre I du titre II. () Le présent article ne fait pas obstacle au droit souverain de l'Etat d'accorder l'asile à toute personne dont l'examen de la demande relève de la compétence d'un autre Etat. ".

8. Si le requérant soutient qu'il se trouve dans une situation de particulière vulnérabilité et qu'il a été contraint de vivre dans des conditions indignes en Espagne où il n'a pu recevoir aucune information sur la procédure d'asile ni recevoir les soins que nécessitait son état de santé, il n'a produit, avant clôture de l'instruction à l'issue de l'audience, aucun élément au soutien de ses allégations en lien avec son état de santé ou avec les conditions dans lesquelles il a vécu lors de son séjour en Espagne. Dans ces conditions, il ne justifie d'aucune circonstance particulière de nature à justifier que les autorités françaises fassent application de la clause discrétionnaire de l'article 17 du règlement européen n° 604/2013 ni du dernier alinéa de l'article L. 571-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et ne peut donc soutenir que la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation à cet égard.

9. En dernier lieu, il ne ressort pas des pièces produites par le requérant qu'il encourrait, en cas de retour vers l'Espagne, pays membre de l'Union Européenne et signataire de la convention de Genève, le risque d'être exposé à des traitements prohibés par l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de cet article doit donc être écarté.

10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. A doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et à fin d'application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : M. A est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : La requête de M. A est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. D A et à la préfète du Rhône.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 juillet 2024.

La magistrate désignée,

C. BLe greffier,

T. Clément

La République mande et ordonne à la préfète du Rhône en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

N°2406385

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