jeudi 7 novembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2406391 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | JU 5ème chambre |
| Avocat requérant | LAWSON BODY |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 1er juillet 2024, Mme A B, représentée par Me Lawson Body, demande au tribunal :
1°) de l'admettre à l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 16 juin 2024 par lequel le préfet de la Loire lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être reconduite d'office à l'expiration de ce délai ;
3°) d'enjoindre au préfet de la Loire de réexaminer sa demande dans un délai de deux mois et, dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail sous huit jours et sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros à verser à son conseil au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à charge pour ce dernier de renoncer au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Elle soutient que :
- l'arrêté contesté est entaché d'incompétence de son signataire ;
- la décision fixant le pays de destination est insuffisamment motivée ;
- l'obligation de quitter le territoire français et la décision fixant le pays de destination méconnaissent les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;
- l'obligation de quitter le territoire français est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation concernant la menace à l'ordre public ;
- l'obligation de quitter le territoire français et la décision fixant le pays de destination sont entachées d'une violation des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et d'une erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense enregistré le 15 octobre 2024, le préfet de la Loire conclut au rejet de la requête. Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale, par une décision du bureau d'aide juridictionnelle en date du 25 juillet 2024.
La présidente du tribunal a désigné Mme Bour pour statuer sur les litiges relatifs aux décisions portant mesure d'éloignement ou remise des ressortissants étrangers en application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
A été entendu au cours de l'audience publique, le rapport de Mme Bour, magistrate désignée.
La clôture de l'instruction a été fixée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B, ressortissante nigériane née le 8 juillet 1996, est entrée en France le 30 juin 2019 et a sollicité l'asile. Sa demande a été rejetée par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides du 22 juillet 2022, confirmée par une décision de la Cour nationale du droit d'asile du 21 décembre 2022. Par l'arrêté contesté du 16 juin 2024, le préfet de la Loire lui a fait obligation de quitter le territoire français, sur le fondement des 4° et 5° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors en vigueur, dans un délai de départ volontaire de trente jours, et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être reconduite d'office à l'expiration de ce délai.
Sur la demande d'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :
2. Par une décision du bureau d'aide juridictionnelle du 25 juillet 2024, Mme B a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, il n'y a plus lieu de statuer sur sa demande d'aide juridictionnelle provisoire.
Sur les conclusions aux fins d'annulation et d'injonction :
En ce qui concerne l'ensemble des décisions attaquées :
3. L'arrêté attaqué a été signé par M. Dominique Schuffenecker, secrétaire général de la préfecture de la Loire, en vertu de la délégation consentie à cet effet par un arrêté du préfet de la Loire du 13 juillet 2023, publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture le 24 juillet suivant. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'autorité signataire de l'arrêté attaqué doit être écarté.
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :
4. En premier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. (). ". Pour l'application de ces stipulations, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.
5. Mme B soutient que la mesure d'éloignement contestée porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale, en violation des stipulations précitées, dans la mesure où elle réside depuis cinq ans sur le territoire français, que son enfant y est née le 5 juillet 2023 de sa relation avec un compatriote dont la qualité de réfugié a été reconnue par la Cour nationale du droit d'asile, et qu'un dossier de demande d'asile au nom propre de l'enfant est en cours d'instruction. Il ressort toutefois des pièces du dossier que Mme B, qui s'est maintenue sur le territoire français malgré une procédure dite Dublin diligentée à son encontre et dont la demande d'asile a été définitivement rejetée par la CNDA en décembre 2022, a été entendue à plusieurs reprises par les services de police en juin 2023 et mars et juin 2024 pour des faits de violences conjugales à l'encontre de son compagnon et père de son enfant, avec lequel elle est séparée depuis lors, qu'elle a été placée en garde à vue pour ce motif le 16 juin 2024, et que son enfant témoin de ces faits est confiée aux services de l'aide sociale à l'enfance depuis le 13 avril 2024. Si elle soutient avoir conservé l'autorité parentale sur cette enfant et lui rendre régulièrement visite dans le cadre des visites médiatisées, elle ne l'établit par aucune pièce. Au demeurant, il ressort également des pièces du dossier que la demande d'asile formulée au nom de l'enfant le 25 juin 2024, soit quelques jours après l'édiction de l'arrêté litigieux, a été renseignée par le seul père de l'enfant. Dans ces conditions, alors que Mme B n'établit pas avoir des liens familiaux en France d'une particulière intensité auxquels la mesure d'éloignement contestée porterait une atteinte disproportionnée, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté. Il en est de même pour le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation.
6. En deuxième lieu, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. ". Alors que, comme il a été dit au point précédent, Mme B n'établit pas participer à l'entretien et à l'éducation de son enfant, placée auprès des services de l'aide sociale à l'enfance et dont le père est en situation régulière sur le territoire français, et que la mesure d'éloignement prononcée à son encontre n'a ni pour objet ni pour effet de s'appliquer également à cet enfant, le moyen tiré de la violation des stipulations précitées doit être écarté.
7. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers alors en vigueur : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3° ; / 5° Le comportement de l'étranger qui ne réside pas régulièrement en France depuis plus de trois mois constitue une menace pour l'ordre public. ".
8. Si, comme le soutient Mme B, le préfet de la Loire ne pouvait légalement estimer qu'elle constituait une menace pour l'ordre public au seul vu du fichier automatisé des empreintes digitales mentionnant trois signalements pour violences conjugales, en l'absence de toute poursuite judiciaire ni condamnation, il ressort des pièces du dossier que sa demande d'asile a été définitivement rejetée par une décision de la CNDA du 21 décembre 2022 et qu'elle pouvait, pour ce seul motif, faire l'objet d'une mesure d'éloignement sur le fondement du 4° de l'article L. 611-1 précité, sur lequel s'est également fondé le préfet dans la décision contestée. Dans ces conditions, alors que le préfet aurait pris la même décision s'il ne s'était fondé que sur le rejet définitif de sa demande d'asile, le moyen tiré de l'erreur d'appréciation sur la menace pour l'ordre public doit être écarté.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
9. En premier lieu, la décision contestée vise les textes dont elle fait application et rappelle les éléments de fait relatifs à la situation personnelle et familiale de la requérante. En conséquence, la décision en litige comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et est, par suite, suffisamment motivée. Le moyen tiré du défaut de motivation doit dès lors être écarté.
10. En second lieu, pour les mêmes motifs que ceux développés aux points 5 et 6 du présent jugement, alors que Mme B n'établit ni avoir déplacé le centre de ses intérêts personnels et familiaux en France, ni être dépourvue de tout lien familial dans son pays d'origine, et que la décision contestée n'a ni pour objet ni pour effet de s'appliquer à son enfant, les moyens tirés de l'erreur manifeste d'appréciation et de la violation des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant doivent être écartés.
11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la requête doivent être rejetées.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
12. Le présent jugement, qui rejette les conclusions en annulation de la requête, n'appelle aucune mesure particulière d'exécution. Les conclusions à fin d'injonction sous astreinte doivent par conséquent être rejetées.
Sur les conclusions relatives aux frais de l'instance :
13. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas partie perdante dans la présente instance, la somme que Mme B demande au bénéfice de son conseil au titre des frais de l'instance.
D E C I D E :
Article 1 : La requête de Mme B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B, à Me Lawson Body et au préfet de la Loire.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 novembre 2024.
La magistrate désignée,
A-S. BourLa greffière,
C. Touja
La République mande et ordonne au préfet de la Loire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
Un greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026