mercredi 2 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2406412 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | 7ème chambre |
| Avocat requérant | PINHEL |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 28 juin 2024, M. D A, représenté par la Sarl Pinhel Avocat (Me Pinhel), demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 27 mai 2024 par lequel la préfète de l'Ain a refusé de renouveler le titre de séjour dont il était titulaire, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel il pourrait être éloigné d'office et lui a interdit de revenir sur le territoire français pendant une durée d'un an ;
3°) d'enjoindre à la préfète de l'Ain, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, et dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour, ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, et dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à son conseil, au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- l'arrêté attaqué est signé par une autorité incompétente ;
- les décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français sont insuffisamment motivées et n'ont pas été précédées d'un examen particulier de sa situation personnelle ;
- les décisions portant refus de titre de séjour, obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, fixant le pays de destination et portant interdiction de retour sur le territoire français méconnaîssent les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation de leurs conséquences sur sa situation personnelle ;
- la décision fixant le pays de destination est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- la décision prononçant une interdiction de retour sur le territoire français est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- elle méconnaît les dispositions des articles L. 612-8 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est disproportionnée ;
- le signalement à fin de non-admission dans le système d'information Schengen doit être annulé par voie de conséquence de l'annulation des décisions d'obligation de quitter le territoire français, fixant le pays de renvoi et portant interdiction de retour sur le territoire français.
Par un mémoire en défense, enregistré l le 9 septembre 2024, la préfète de l'Ain conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir que les moyens invoqués ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme Vaccaro-Planchet a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant guinéen né le 12 septembre 2003, qui déclare être entré irrégulièrement en France le 24 août 2020, a été confié à l'aide sociale à l'enfance du département de la Haute-Savoie à compter du 25 août 2020 avant de se voir délivrer un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, valable du 27 août 2022 au 14 août 2023. Il demande l'annulation de l'arrêté du 27 mai 2024 par lequel la préfète de l'Ain a refusé de renouveler le titre de séjour dont il était titulaire, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de renvoi et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an.
Sur la demande d'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :
2. En vertu de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président. () ".
3. En l'absence d'une situation d'urgence, et alors qu'aucune demande d'aide juridictionnelle, sur laquelle il n'aurait pas été statué, n'a été déposée, les conclusions de M. A tendant à son admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ne peuvent qu'être rejetées.
Sur les conclusions à fin d'annulation et d'injonction sous astreinte :
4. Les décisions contestées ont été signées par M. C B, directeur de la citoyenneté et de l'intégration en vertu d'une délégation de signature consentie par un arrêté du 15 février 2024 de la préfète de l'Ain publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture de l'Ain le même jour. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire des décisions en litige doit être écarté.
5. La décision attaquée portant refus de titre de séjour vise les textes dont elle fait application notamment la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions utiles du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par ailleurs, elle précise les éléments déterminants qui ont conduit la préfète de l'Ain à refuser le renouvellement du titre de séjour sollicité par le requérant. Ainsi, la décision en litige comporte les circonstances de fait et de droit qui en constituent le fondement. Dès lors, le moyen tiré de ce que la décision de refus de titre de séjour ne serait pas suffisamment motivée doit être écarté.
6. Il ne ressort ni des termes de la décision attaquée, ni d'aucune autre pièce du dossier que la préfète de l'Ain n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation du requérant avant de refuser de l'admettre au séjour et d'édicter une mesure d'éloignement à son encontre, alors même que son incarcération ne serait pas le seul motif pour lequel il n'a pas obtenu son certificat d'aptitude professionnelle de " boucher ".
7. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. () ".
8. Il ressort des pièces du dossier que M. A ne résidait en France que depuis moins de quatre ans à la date des décisions contestées, et qu'il n'est pas dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine, où résident notamment son frère et sa sœur. Il ressort également des pièces du dossier qu'il a été condamné par le tribunal judiciaire d'Annecy, le 1er mars 2023, à une peine d'un an d'emprisonnement, pour des faits de transport, détention, acquisition, offre ou cession, non autorisé d'une substance ou plante classée comme stupéfiant, en l'espèce du cannabis et de la cocaïne, faits commis entre le 25 mai 2022 et le 29 janvier 2023, avant d'être incarcéré. Si M. A se prévaut d'un contrat de travail à temps partiel conclu le 26 février 2024 en qualité d'agent d'atelier, et produit des bulletins de salaire , un certificat de formation générale obtenu le 30 juin 2021, le diplôme d'études en langue française (DELF) niveau B1 qu'il a obtenu le 6 juillet 2021, et un avis d'imposition pour l'année 2022, ces éléments ne suffisent pas à justifier d'une intégration professionnelle particulière ni à démontrer qu'il aurait fixé le centre de ses intérêts privés sur le territoire national. Ainsi, compte tenu de la durée et des conditions de son séjour en France, et alors même qu'il est arrivé encore mineur, à l'âge de dix-sept ans, sur le territoire national, M. A n'est pas fondé à soutenir que les décisions attaquées portant refus de titre de séjour, obligation de quitter le territoire français, fixant le pays de destination et portant interdiction de retour sur le territoire national auraient porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale eu égard aux buts qu'elles poursuivent. Dès lors, le moyen tiré de ce que les décisions attaquées méconnaîtraient les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté. Pour les mêmes motifs et en l'absence d'argumentation spécifique, le moyen tiré de ce que ces décisions seraient entachées d'une erreur manifeste d'appréciation de leurs conséquences sur la situation personnelle de M. A doit être écarté.
9. La décision attaquée portant obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours vise les dispositions du 3° de l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile permettant au préfet d'assortir une décision portant refus de séjour d'une obligation de quitter le territoire français. Dès lors que la décision portant refus de séjour est suffisamment motivée, ainsi qu'il a été exposé au point 2, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'avait pas à faire l'objet d'une motivation distincte. Par ailleurs, le requérant s'est vu accorder un délai de départ volontaire de trente jours, soit le délai de droit commun, et le préfet n'était dès lors pas tenu de motiver spécifiquement cette décision. Il s'ensuit que le moyen tiré du défaut de motivation de l'obligation de quitter le territoire français doit être écarté.
10. En l'absence d'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision fixant le pays de renvoi serait illégale du fait de l'illégalité de cette décision.
11. Aux termes de l'article L. 612-8 du même code : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder deux ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". Enfin, aux termes de l'article L. 612-10 de ce même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11. ".
12. En l'absence d'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision prononçant une interdiction de retour sur le territoire français serait illégale du fait de cette illégalité.
13. Il ressort des pièces du dossier que le requérant a été condamné à un an d'emprisonnement ferme par un jugement du tribunal correctionnel d'Annecy du 1er mars 2023. Ainsi, compte tenu de la nature des agissements commis par M. A, précédemment exposés, la préfète de l'Ain a pu valablement considérer que son comportement constituait une menace pour l'ordre public pour prononcer à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français et en fixer la durée à un an, alors que la circonstance que M. A aurait conclu un contrat de travail à temps partiel en février 2024 lui permettant de justifier de moyens d'existence ne permet pas de caractériser des liens d'une nature particulière en France. Par suite, dans les circonstances de l'espèce, la préfète de l'Ain n'a pas fait une inexacte application des dispositions des articles L. 612-8 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en prononçant à l'encontre de M. A une interdiction de retour sur le territoire français et en fixant la durée de celle-ci à un an.
14. Enfin, en l'absence d'illégalité des décisions faisant obligation à M. A de quitter le territoire français, fixant le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office et lui faisant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision de signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen devrait être annulée par voie de conséquence de l'annulation de ces décisions.
15. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la requête ainsi que, par voie de conséquence, celles à fin d'injonction sous astreinte, doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
16. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font en tout état de cause obstacle à ce qu'une somme soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, au titre des frais liés au litige.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D A et à la préfète de l'Ain.
Délibéré après l'audience du 13 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Vaccaro-Planchet, présidente,
Mme Feron, première conseillère,
Mme Leravat, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 octobre 2024.
La présidente-rapporteure,
V. Vaccaro-Planchet
L'assesseure la plus ancienne,
Mme Feron
L'assesseure la plus ancienne
dans l'ordre du tableau,
Mme Feron
La greffière,
S. Rolland
La République mande et ordonne à la préfète de l'Ain en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
Un greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026