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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2406556

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2406556

vendredi 12 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2406556
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationELOIGNEMENT
Avocat requérantCARON

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 4 juillet 2024, et des pièces complémentaires, enregistrées le 8 juillet 2024, M. B A, représenté par Me Caron, doit être regardé comme demandant au tribunal d'annuler l'arrêté du 17 juin 2024 par lequel la préfète de l'Ain l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office et lui a interdit de retourner sur le territoire français pour une durée de quatre ans.

Il soutient que la décision portant obligation de quitter le territoire français est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle dès lors qu'il n'a plus de famille dans son pays d'origine, qu'il s'est préparé à suivre une formation en mécanique et que son frère peut l'héberger en France.

Par un mémoire en défense, enregistré le 9 juillet 2024, la préfète de l'Ain conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que :

- la requête est irrecevable en l'absence de moyens ;

- les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Vu :

- l'arrêté attaqué et les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Jeannot pour statuer en application des dispositions des articles L. 614-7 à L. 614-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties, dûment convoquées, ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Jeannot, magistrate désignée ;

- les observations de Me Caron, représentant M. A, qui conclut aux mêmes fins que la requête ; elle soutient que la décision portant obligation de quitter le territoire français méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales dès lors que M. A n'a plus de famille dans son pays d'origine et qu'il peut travailler dans la restauration ; elle est ainsi entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ; elle soutient également que la décision portant interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de quatre ans est entachée de disproportion dès lors que M. A n'a fait l'objet que de deux condamnations pénales ;

- et les observations de M. A, requérant, qui précise qu'il n'a plus de famille en Guinée, qu'il maîtrise la langue française, qu'il a quitté son pays d'origine à 14 ans et qu'il souhaite s'insérer dans la société française.

La préfète de l'Ain n'était ni présente, ni représentée.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience à 10 h 20.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant guinéen né le 17 mars 2002, entré en France le 29 octobre 2018, demande l'annulation de l'arrêté du 17 juin 2024 par lequel la préfète de l'Ain l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office et lui a interdit de retourner sur le territoire français pour une durée de quatre ans.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

2. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

3. M. A est entré en France le 29 octobre 2018 à l'âge de 16 ans. S'il fait valoir que ses frères et sœurs résident en France, il ressort toutefois des pièces du dossier qu'il est célibataire, sans enfant à charge et qu'il n'est pas dépourvu de tout lien avec son pays d'origine où il a vécu la majeure partie de son existence et où réside sa mère, selon ses propres déclarations, mentionnées dans le procès-verbal de son audition du 14 juin 2024. Il ne justifie en outre d'aucune perspective d'insertion professionnelle particulière sur le territoire français. Par ailleurs, il a fait l'objet de deux condamnations pénales, la première le 13 septembre 2021 pour des faits de violences aggravées par deux circonstances ayant donné lieu à une peine d'emprisonnement de 8 mois avec sursis, ce dernier ayant d'ailleurs été partiellement révoqué, et la seconde le 8 septembre 2022 pour des faits de violences aggravées par trois circonstances ayant donné lieu à une peine d'emprisonnement de 6 mois. Dans ces conditions, compte tenu de la durée et de ses conditions de séjour en France, la décision attaquée ne porte pas atteinte à son droit au respect de sa vie privée et familiale au regard des buts en vue desquels elle a été prise et le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ne peut qu'être écarté.

En ce qui concerne l'interdiction de retour pour une durée de quatre ans :

4. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, et dix ans en cas de menace grave pour l'ordre public. ". Et aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. () ".

5. Il résulte de ces dispositions que, lorsque le préfet prend, à l'encontre d'un étranger, une décision portant obligation de quitter le territoire français ne comportant aucun délai de départ, ou lorsque l'étranger n'a pas respecté le délai qui lui était imparti pour satisfaire à cette obligation, il appartient au préfet d'assortir sa décision d'une interdiction de retour sur le territoire français, sauf dans le cas où des circonstances humanitaires y feraient obstacle. En outre, il ressort des termes mêmes de ces dispositions que l'autorité compétente doit, pour décider de prononcer à l'encontre de l'étranger soumis à l'obligation de quitter le territoire français une interdiction de retour et en fixer la durée, tenir compte, dans le respect des principes constitutionnels, des principes généraux du droit et des règles résultant des engagements internationaux de la France, des quatre critères qu'elles énumèrent, sans pouvoir se limiter à ne prendre en compte que l'un ou plusieurs d'entre eux.

6. Il ressort des pièces du dossier que M. A, qui est entré en France le 29 octobre 2018, s'est soustraie à une précédente obligation de quitter le territoire français édictée par le préfet de la Savoie le 8 juillet 2022. Si ses frères et sœurs résident en France, la préfète de l'Ain a considéré que le requérant ne justifie pas entretenir avec eux des liens d'une particulière intensité. M. A ne fait, par ailleurs, état d'aucune circonstance humanitaire justifiant qu'une interdiction de retour ne soit pas prononcée. Enfin, il a fait l'objet de deux condamnations pénales récentes. Ainsi, pour prononcer une interdiction de retour d'une durée de quatre ans à l'encontre du requérant, la préfète de l'Ain a tenu compte de la durée de présence en France de M. A, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, du fait qu'il se soit déjà soustrait à l'exécution d'une mesure d'éloignement et de la menace que sa présence constitue pour l'ordre public. Dès lors, elle n'a pas fait une inexacte application des dispositions des articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ni entaché sa décision de disproportion en prononçant une interdiction de retour sur le territoire d'une durée de quatre ans à l'encontre de l'intéressé.

7. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner la fin de non-recevoir opposée en défense, que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 17 juin 2024 par lequel la préfète de l'Ain a obligé M. A à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office et lui a interdit de retourner sur le territoire français pour une durée de quatre ans doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à la préfète de l'Ain.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 juillet 2024.

La magistrate désignée,

F. Jeannot

La greffière,

F. Gaillard

La magistrate désignée,

F. Jeannot

La greffière,

La magistrate désignée,

F. Jeannot

La greffière,

La République mande et ordonne à la préfète de l'Ain en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

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