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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2406579

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2406579

jeudi 21 novembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2406579
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation8ème chambre
Avocat requérantLAWSON BODY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des pièces complémentaires enregistrées les 4 juillet 2024 et 30 septembre 2024, Mme C A, représentée par Me Lawson Body, demande au tribunal :

1°) d'annuler les décisions du 19 juin 2024 par lesquelles le préfet de la Loire a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Loire de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail et de lui remettre dans l'attente, un récépissé de demande de titre de séjour avec droit au travail dans un délai de huit jours, à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Loire, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir, et dans l'attente de lui remettre une autorisation provisoire de séjour avec droit au travail dans un délai de huit jours, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- les décisions attaquées ont été prises par une autorité incompétente ;

- la décision portant refus de titre de séjour est insuffisamment motivée ;

- les décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français méconnaissent les dispositions des articles L. 425-10 et L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elles méconnaissent les stipulations du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- elles méconnaissent les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elles sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation de leurs conséquences sur sa vie personnelle ;

- les décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de renvoi sont illégales par exception d'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ;

- elles sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation de leurs conséquences sur sa vie personnelle.

La procédure a été transmise au préfet de la Loire qui n'a pas produit de mémoire, mais des pièces enregistrées le 14 août 2024.

L'Office français de l'immigration et de l'intégration, en qualité d'observateur, a produit des observations enregistrées au greffe le 4 novembre 2024.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Dèche, présidente, ayant été entendu au cours de l'audience publique.

Le préfet de la Loire n'était ni présent ni représenté.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, ressortissante tunisienne, née le 18 janvier 1982, est entrée en France le 4 août 2022 accompagnée de ses deux premiers enfants selon ses déclarations, pour rejoindre son époux, M. E A, déjà présent sur le territoire national. Le 19 mars 2023, elle a sollicité la délivrance d'un titre de séjour en qualité de parent d'enfant malade, au regard de l'état de santé de sa fille née en France, le 14 février 2022. Par des décisions du 19 juin 2024, le préfet de la Loire a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation, sur le fondement du 3° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi. Mme A demande au tribunal l'annulation de ces décisions.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne l'ensemble des décisions :

2. Les décisions en litige ont été signées par M. F G, sous-préfet de St-Etienne et secrétaire général de la préfecture de la Loire, qui disposait d'une délégation consentie à cet effet par un arrêté du 13 juillet 2023, publié le 24 juillet 2023 au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture librement accessible tant au juge qu'aux parties. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué doit être écarté.

En ce qui concerne le refus d'autorisation provisoire au séjour :

3. En premier lieu, le préfet de la Loire a visé dans la décision attaquée les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales qu'il a appliquées. Il a rappelé la teneur de l'avis rendu le 2 avril 2024 par le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ainsi que la situation familiale de la requérante. Par suite, cette décision, qui ne devait pas nécessairement faire état de tous les éléments relatifs à la situation personnelle de l'intéressée, satisfait aux exigences de motivation résultant des dispositions de l'article L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. () ". Aux termes de l'article L. 425-10 du même code : " Les parents étrangers de l'étranger mineur qui remplit les conditions prévues à l'article L. 425-9, ou l'étranger titulaire d'un jugement lui ayant conféré l'exercice de l'autorité parentale sur ce mineur, se voient délivrer, sous réserve qu'ils justifient résider habituellement en France avec lui et subvenir à son entretien et à son éducation, une autorisation provisoire de séjour d'une durée maximale de six mois. (). Elle est délivrée par l'autorité administrative, après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans les conditions prévues à l'article L. 425-9 ".

5. Sous réserve des cas où la loi attribue la charge de la preuve à l'une des parties, il appartient au juge administratif, au vu des pièces du dossier, et compte tenu, le cas échéant, de l'abstention d'une des parties à produire les éléments qu'elle est seule en mesure d'apporter et qui ne sauraient être réclamés qu'à elle-même, d'apprécier si l'état de santé d'un étranger nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité, sous réserve de l'absence d'un accès effectif à un traitement approprié dans le pays de renvoi. La partie qui justifie d'un avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration qui lui est favorable doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour. Dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tous éléments permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, l'existence ou l'absence d'un traitement approprié dont il peut effectivement bénéficier dans le pays de renvoi. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si l'état de santé d'un étranger justifie la délivrance d'un titre de séjour dans les conditions ci-dessus rappelées, se détermine au vu de ces échanges contradictoires. En cas de doute, il lui appartient de compléter ces échanges en ordonnant toute mesure d'instruction utile.

6. Pour refuser d'admettre au séjour Mme A en qualité de parent d'enfant malade, le préfet de la Loire s'est approprié l'avis rendu le 2 avril 2024 par le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, selon lequel l'état de santé de sa fille, née le 14 février 2022 nécessite une prise en charge médicale dont le défaut peut entrainer des conséquences d'une exceptionnelle gravité, mais qu'eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont elle est originaire, elle peut toutefois y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, et qu'elle peut voyager sans risque vers la Tunisie. Il ressort des pièces du dossier, notamment du compte-rendu d'hospitalisation daté du 11 août 2022, que la fille de Mme A a été placée sous assistance respiratoire dès sa naissance en raison d'une cardiopathie congénitale qui a nécessité une opération chirurgicale réalisée avec succès en août 2022. Par ailleurs, un diagnostic post-natal a permis d'établir qu'elle est porteuse de trisomie 21. Il résulte des pièces médicales, notamment d'un bilan psychomoteur et d'autres pièces produites à l'instance, que les pathologies dont elle souffre nécessitent un suivi pluridisciplinaire régulier, c'est-à-dire des visites hebdomadaires chez un kinésithérapeute, un orthophoniste et un psychomotricien, et des consultations hospitalières annuelles en cardiologie et pneumologie. Pour remettre en cause l'appréciation portée par le collège des médecins, Mme A produit notamment un certificat médical daté du 4 juillet 2024 établi par le Dr D B, professeur en pédiatrie à l'hôpital Habib Thameur en Tunisie, qui, bien qu'il soit postérieur à la décision attaquée se rapporte à une situation de fait débutée antérieurement, attestant que l'état de santé de sa fille " nécessite un suivi régulier avec des examens spécialisés périodiques et des soins constants ", et que " ces conditions ne peuvent, en aucun cas, être assurées en Tunisie par manque de matériel et de structures adaptées ". Toutefois, il ressort des pièces du dossier, et notamment des observations produites par l'Office français de l'immigration et de l'intégration que ces suivis spécialisés sont disponibles en Tunisie et qu'il en est de même des traitements médicamenteux. La requérante n'apporte aucun élément de nature à établir que sa fille ne pourrait effectivement avoir accès à ces suivis et traitements. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour et du droit d'asile doit être écarté.

7. En dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ". Aux termes du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".

8. Il ressort des pièces du dossier que Mme A est entrée en France en août 2022, pour y rejoindre son époux qui y réside de manière irrégulière. Elle n'établit pas être dépourvue d'attaches dans son pays d'origine, alors qu'il n'est pas démontré que la cellule familiale ne puisse se reconstituer en Tunisie, ni ainsi qu'il a été dit précédemment que sa fille ne pourrait effectivement bénéficier dans ce pays, des soins nécessaires à son état de santé. Compte tenu de l'ensemble de ces éléments, Mme A ne démontre pas que la décision de refus de délivrance d'un titre de séjour porterait une atteinte disproportionnée à son droit au respect de la vie privée et familiale au sens de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ni qu'elle serait contraire à l'intérêt supérieur de son enfant au sens du 1 de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant. Par suite, ces moyens doivent être écartés. Pour les mêmes motifs, la requérante n'est pas fondée à soutenir que la décision attaquée serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

9. En premier lieu, compte tenu de ce qui précède, la requérante n'est pas fondée à invoquer l'illégalité du refus de délivrance d'un titre de séjour à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

10. En deuxième lieu, si la requérante fait état du suivi médical pluridisciplinaire et spécialisé dont sa fille fait l'objet en France, ainsi qu'il a été dit précédemment, il ne ressort pas des pièces du dossier que sa fille ne pourrait effectivement avoir accès à un tel suivi en Tunisie, au sens des dispositions des articles L. 425-9 et L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont la requérante invoque la violation. Par suite, le moyen tiré par Mme A de ce que l'état de santé de sa fille ferait légalement obstacle à son éloignement doit être écarté.

11. En dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 8 du présent jugement, la décision portant obligation de quitter le territoire français ne méconnaît pas l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et le 1 de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant. Cette décision n'est pas plus entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle de l'intéressée.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

12. En premier lieu, compte tenu de ce qui a été dit précédemment, la requérante n'est pas fondée à invoquer l'illégalité du refus de titre de séjour, ni de celle de l'obligation de quitter le territoire français à l'encontre de la décision fixant le pays de renvoi.

13. En second lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 8 du présent jugement, la décision fixant le pays de renvoi n'est pas entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle de l'intéressée.

Sur les conclusions à fin d'injonction sous astreinte :

14. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme A, n'appelle aucune mesure d'exécution. Ses conclusions à fin d'injonction et d'astreinte doivent par suite être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

15. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que l'Etat, qui n'a pas la qualité de partie perdante, verse à Mme A la somme que celle-ci réclame au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C A et au préfet de la Loire.

Copie en sera adressée à l'Office Français de l'Immigration et de l'Intégration.

Délibéré après l'audience du 8 novembre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Dèche, présidente,

Mme Journoud, conseillère,

Mme Pouyet, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 novembre 2024.

La présidente-rapporteure,

P. DècheL'assesseure la plus ancienne,

L. Journoud

La greffière,

I. Rignol

La République mande et ordonne au préfet de la Loire, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Une greffière,

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