lundi 8 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2406580 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | ELOIGNEMENT |
| Avocat requérant | BELIGON |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 4 juillet 2024, M. B A demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 3 juillet 2024 par lequel le préfet de l'Isère lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il sera reconduit d'office, et lui a fait interdiction de circuler sur le territoire français pour une durée de deux ans ;
3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 000 euros à verser à son conseil, au titre des dispositions combinées de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, à charge pour ce dernier de renoncer à la part contributive de l'État.
Il soutient que :
- l'auteur de l'arrêté n'avait pas compétence pour édicter ces mesures ;
- l'arrêté est insuffisamment motivé ;
- il est entaché d'un défaut d'examen sérieux et préalable de sa situation ;
- la décision portant obligation de quitter le territoire français méconnait les dispositions du 2° de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'il ne représente pas une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société ;
- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et celles de l'article 3-1 de la convention relative aux droits de l'enfant ;
- la décision lui refusant un délai de départ volontaire méconnait les dispositions de l'article L. 251-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la décision lui faisant interdiction de circuler sur le territoire méconnait les stipulations de l'article 20 du traité sur le fonctionnement de l'union européenne, l'article 45 de la charte des droits fondamentaux, et porte une atteinte disproportionnée à son droit à la libre circulation.
Des pièces et un mémoire en défense ont été enregistrés pour le préfet de l'Isère les 5 et 8 juillet 2024.
La présidente du tribunal a désigné M. Bertolo pour statuer sur les litiges relatifs aux décisions portant mesure d'éloignement ou remise des ressortissants étrangers en application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Vu :
- la décision attaquée ;
- l'ordonnance du 7 juillet 2024 du conseiller délégué de la Cour d'appel de Lyon confirmant l'annulation du placement en rétention administrative de M. A ;
- l'arrêté du 5 juillet 2024 du préfet de l'Isère assignant M. A à résidence dans ce département pour une durée de quarante-cinq jours.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention relative aux droits de l'enfant ;
- le traité sur le fonctionnement de l'union européenne ;
- la charte des droits fondamentaux ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Après avoir entendu au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Bertolo,
- les observations de Me Beligon, représentant M. A, qui soutient que l'arrêté est entaché d'un défaut de motivation en fait et en droit, et d'un défaut d'examen, dès lors qu'il n'a pas été tenu compte du droit au séjour de M. A sur le territoire français. Elle soutient également que la décision portant obligation de quitter le territoire français est entachée d'une erreur de droit, dès lors que M. A disposait d'un droit au séjour sur le territoire français, en application des dispositions des articles L. 233-1 et L. 234-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de la directive 2004/38/CE du Parlement européen et du Conseil relative au droit des citoyens de l'Union et des membres de leurs familles de circuler et de séjourner librement sur le territoire des États membres. Elle soutient en outre que M. A ne constitue pas une menace réelle actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société, sa condamnation étant ancienne. Elle fait également valoir que la décision portant obligation de quitter le territoire français méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et 3-1 de la convention relative aux droits de l'enfant. Elle indique qu'il n'est pas justifié d'une situation d'urgence nécessitant de ne pas accorder à M. A un délai de départ volontaire. Me Beligon demande enfin l'annulation de la décision d'assignation à résidence notifiée le 7 juillet 2024, compte tenu de l'illégalité de l'arrêté du 3 juillet 2024, et dès lors que cette décision méconnait les dispositions des articles L. 731-1 et L. 731-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Le préfet de l'Isère n'étant ni présent, ni représenté.
La clôture de l'instruction a été fixée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. B A, ressortissant roumain né le 1er mai 1984, demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 3 juillet 2024 par lequel le préfet de l'Isère lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il sera reconduit d'office, et lui a fait interdiction de circuler sur le territoire français pour une durée de deux ans, ainsi que de l'arrêté du 5 juillet 2024 du préfet de l'Isère l'assignant à résidence dans ce département pour une durée de quarante-cinq jours.
Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
2. En raison de l'urgence résultant de l'application des dispositions de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il y a lieu d'admettre M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire, sur le fondement de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 précédemment visée.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
3. D'une part, aux termes de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative compétente peut, par décision motivée, obliger les étrangers dont la situation est régie par le présent livre, à quitter le territoire français lorsqu'elle constate les situations suivantes : () 2° Leur comportement personnel constitue, du point de vue de l'ordre public ou de la sécurité publique, une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société ;/ () / L'autorité administrative compétente tient compte de l'ensemble des circonstances relatives à leur situation, notamment la durée du séjour des intéressés en France, leur âge, leur état de santé, leur situation familiale et économique, leur intégration sociale et culturelle en France, et l'intensité des liens avec leur pays d'origine.". Par ailleurs, aux termes de l'article L. 251-4 du même code : " L'autorité administrative peut, par décision motivée, assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français édictée sur le fondement des 2° () de l'article L. 251-1 d'une interdiction de circulation sur le territoire français d'une durée maximale de trois ans. ". Enfin, l'article L. 251-6 de ce même code prévoit que : " Le sixième alinéa de l'article L. 251-1 () sont applicables à l'interdiction de circulation sur le territoire français. ".
4. D'autre part, aux termes de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : / 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins de trois ans auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé ; () ".
5. Il appartient à l'autorité administrative qui envisage de prendre une mesure d'éloignement à l'encontre d'un ressortissant d'un autre État membre de l'Union européenne de ne pas se fonder sur la seule existence d'une infraction à la loi, mais d'examiner, d'après l'ensemble des circonstances de l'affaire, si la présence de l'intéressé sur le territoire français est de nature à constituer une menace réelle, actuelle et suffisamment grave pour un intérêt fondamental de la société française. L'ensemble de ces conditions doivent être appréciées en fonction de la situation individuelle de la personne, notamment de la durée de son séjour en France, de sa situation familiale et économique et de son intégration.
6. Pour justifier la mesure d'éloignement litigieuse, le préfet de l'Isère a retenu que M. A avait été interpellé pour des faits de cambriolage et placé en garde à vue le 3 juillet 2024, et qu'il était défavorablement connu des forces de l'ordre pour des faits de vol avec destruction, vol en réunion, trafic de stupéfiants, violence avec arme, violences et outrage sur personne dépositaire de l'autorité publique, menaces et ports d'arme. Toutefois, les faits reprochés à M. A sont anciens, la dernière mis en cause de M. A datant de l'année 2019, et n'ont donné lieu ni à poursuite, ni à condamnation, et ne peuvent ainsi être retenus pour caractériser un comportement constitutif d'une menace grave et actuelle à un intérêt fondamental de la société. Par ailleurs, M. A a contesté au cours de sa garde à vue la majorité des faits pour lesquels il a été interpelé, et il ressort des pièces du dossier que la procédure à son encontre a fait l'objet d'un classement sans suite par le procureur de la République. Pour répréhensibles qu'aient été les faits antérieurs pour lesquels M. A a été mis en cause, ils ne présentent pas un degré de gravité suffisant pour que son comportement puisse être regardé comme constituant, du point de vue de l'ordre public ou de la sécurité publique, une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société. Par suite, et sans qu'il besoin d'examiner la durée de séjour, la situation familiale et économique ainsi que l'intégration de M. A en France, la décision portant obligation de quitter le territoire français a été prise en méconnaissance des dispositions du 2° de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
7. Il résulte de ce qui précède que la décision du 3 juillet 2024 du préfet de l'Isère portant obligation de quitter le territoire français est entachée d'illégalité. Par voie de conséquence, sont dépourvues de base légale les décisions refusant un délai de départ volontaire et fixant le pays de renvoi ainsi que l'interdiction de circulation sur le territoire français d'une durée de deux ans prises le même jour, ainsi que l'arrêté du préfet de l'Isère du 5 juillet 2024 assignant M. A à résidence dans ce département pour une durée de quarante-cinq jours. Il suit de là, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que M. A est fondé à demander l'annulation des arrêtés en litige.
Sur les frais liés au litige :
8. M. A a été, par le présent jugement, admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire. En application des dispositions combinées de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve de la décision à intervenir du bureau d'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Beligon de la somme de 1 000 euros, ce versement valant, conformément à l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, renonciation à l'indemnité d'aide juridictionnelle.
D É C I D E :
Article 1er : M. B A est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : L'arrêté du 3 juillet 2024 par lequel le préfet de l'Isère a obligé M. A à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être renvoyé et l'a interdit de circulation sur le territoire français pour une durée de deux ans, ainsi que l'arrêté du préfet de l'Isère du 5 juillet 2024 l'assignant à résidence dans ce département pour une durée de quarante-cinq jours, sont annulés.
Article 3 : L'État versera à Me Beligon, avocate de M. A, une somme de 1 000 euros en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi n°91-647 du 10 juillet 1991, sous réserve que M. A obtienne le bénéfice définitif de l'aide juridictionnelle et que Me Beligon renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État à la mission d'aide juridictionnelle.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet de l'Isère.
Copie en sera adressée à Me Beligon.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 juillet 2024.
Le magistrat désigné,
C. BertoloLa greffière,
E. Gros
La République mande et ordonne au préfet de l'Isère en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
Un greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026