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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2406600

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2406600

lundi 8 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2406600
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationELOIGNEMENT
Avocat requérantTOMASI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des pièces, enregistrées les 5 et 8 juillet 2024, M. C A demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 1er juillet 2024 par lequel la préfète de l'Ain lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il sera reconduit d'office, et lui a fait interdiction de retour sur le territoire pour une durée de cinq ans ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 000 euros à verser à son conseil, au titre des dispositions combinées de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, à charge pour ce dernier de renoncer à la part contributive de l'État.

Il soutient que :

En ce qui concerne les décisions dans leur ensemble :

- l'auteur des décisions n'avait pas compétence pour édicter ces mesures ;

- elles sont insuffisamment motivées ;

- elles sont entachées d'un défaut d'examen sérieux et préalable de sa situation ;

En ce qui concerne la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français :

- elle méconnait les dispositions de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de sa situation ;

En ce qui concerne la décision fixant le délai de départ volontaire :

- elle méconnait les dispositions des articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- elle méconnait les dispositions des articles L. 612-6 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur d'appréciation quant à sa durée ;

- la décision portant signalement aux fins de non-admission dans le système d'information " Schengen " constitue une mesure d'expulsion automatique dans tout l'espace Schengen.

Des pièces ont été enregistrées le 5 juillet 2024 pour la préfète de l'Ain.

Des pièces ont été enregistrées le 6 juillet 2024 pour la préfète du Rhône.

La présidente du tribunal a désigné M. Bertolo pour statuer sur les litiges relatifs aux décisions portant mesure d'éloignement ou remise des ressortissants étrangers en application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Vu :

- la décision attaquée ;

- l'arrêté du 5 juillet 2024 de la préfète du Rhône assignant M. A à résidence dans ce département pour une durée de quarante-cinq jours.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Après avoir entendu au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Bertolo,

- les observations de Me Rollet, substituant Me Damiano, qui expose la situation de M. A, et indique que celle-ci est incompatible avec la décision portant obligation de quitter le territoire français prise à son encontre. Elle précise que la décision est entachée d'un défaut d'examen de sa situation, en raison de son état de santé, qui a nécessité plusieurs hospitalisations, de sa durée de présence sur le territoire et de ses attaches en France. Elle fait valoir que les mêmes motifs s'opposent à ce que la préfète de l'Ain puisse légalement le priver de tout délai de départ volontaire. Elle soutient que l'interdiction de retour sur le territoire français de cinq ans est disproportionnée. Elle indique enfin se désister de la demande d'aide juridictionnelle provisoire et demander la somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

La préfète de l'Ain et la préfète du Rhône n'étant ni présentes, ni représentées.

La clôture de l'instruction a été fixée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. C A, ressortissant tunisien né le 4 octobre 1980, demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 1er juillet 2024 par lequel la préfète de l'Ain lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il sera reconduit d'office, et lui a fait interdiction de retour sur le territoire pour une durée de cinq ans.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne les décisions dans leur ensemble :

2. Il appartient non à l'autorité administrative de justifier a priori de la légalité de la décision attaquée, mais au requérant de soulever des moyens assortis de précisions suffisantes permettant au juge d'y statuer. En outre, une délégation de signature ayant une portée réglementaire, elle devient opposable dès sa publication, de sorte qu'une décision ne saurait être illégale au seul motif que l'autorité administrative ne produit pas l'acte autorisant son auteur à la signer. En l'espèce, M. B, signataire des décisions, a reçu délégation à cet effet par arrêté de la préfète de l'Ain du 15 février 2024 régulièrement publié. Le moyen tiré de l'incompétence du signataire doit donc être écarté.

3. L'arrêté attaqué, qui vise notamment la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, rappelle l'ensemble des éléments de la situation de M. A, notamment en ce qui concerne sa vie privée et familiale en France, et précise les motifs déterminants fondant les différentes décisions attaquées, et notamment la circonstance que l'intéressé a été condamné à une peine d'emprisonnement de cinq ans pour des faits d'agression sexuelle imposée à une personne vulnérable et qu'il s'est maintenu en France après l'expiration de son visa sans solliciter la délivrance d'un titre de séjour. Il ne ressort en outre pas des pièces du dossier que la préfète de l'Ain se serait abstenue d'examiner de manière sérieuse et préalable la situation personnelle du requérant. Par suite, cet arrêté, qui ne devait pas nécessairement faire état de tous les éléments relatifs à la situation personnelle de l'intéressé, satisfait aux exigences de motivation résultant des dispositions de l'article L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration. Les moyens tirés du défaut de motivation et de l'absence d'examen personnel ne peuvent, dès lors, qu'être écartés.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

4. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () 2° L'étranger, entré sur le territoire français sous couvert d'un visa désormais expiré ou, n'étant pas soumis à l'obligation du visa, entré en France plus de trois mois auparavant, s'est maintenu sur le territoire français sans être titulaire d'un titre de séjour ou, le cas échéant, sans demander le renouvellement du titre de séjour temporaire ou pluriannuel qui lui a été délivré ; () 5° Le comportement de l'étranger qui ne réside pas régulièrement en France depuis plus de trois mois constitue une menace pour l'ordre public. () ; ". " Selon l'article L. 613-1 du même code : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. Elle est édictée après vérification du droit au séjour, en tenant notamment compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France et des considérations humanitaires pouvant justifier un tel droit. () ".

5. Pour obliger M. A à quitter le territoire français, la préfète de l'Ain a retenu que l'intéressé représentait une menace grave pour la sécurité publique en raison de sa condamnation à une peine de cinq ans d'emprisonnement et qu'il s'était maintenu en France après l'expiration de son visa sans solliciter la délivrance d'un titre de séjour. M. A, qui ne conteste pas les motifs retenus par la préfète de l'Ain, se prévaut de ce qu'il a vécu en France jusqu'en 1994, date à laquelle il est rentré en Tunisie avec son père, désormais décédé, de son retour en France au cours de l'année 2020 où il disposerait du centre de ses intérêts privés et familiaux, enfin de ce qu'il a été hospitalisé sous contrainte plusieurs fois pendant sa détention. Toutefois, si l'intéressé a produit à l'instance diverses pièces établissant qu'il dispose d'une partie de sa famille en France, et notamment sa mère qui est de nationalité française, il ne justifie pas des liens qu'il entretiendrait avec eux, alors qu'il en a été séparé pendant plusieurs années. L'intéressé, célibataire et sans charge de famille en France, ne justifie pas d'une intégration sociale ou professionnelle particulière sur le territoire français, et a été condamné à cinq ans d'emprisonnement pour des faits particulièrement graves d'agression sexuelle sur personne vulnérable. Par ailleurs, si l'intéressé se prévaut de problèmes médicaux et produit diverses pièces à cet effet faisant état de troubles mentaux, il n'a pas été incarcéré dans un établissement médicalisé, il ne justifie pas avoir sollicité un titre de séjour en raison de son état de santé, et n'établit pas qu'il ne pourrait pas bénéficier de soins adaptés dans son pays d'origine. Par suite, la préfète de l'Ain n'a ni méconnu les dispositions de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ni commis une erreur manifeste d'appréciation en obligeant M. A à quitter le territoire français.

En ce qui concerne la décision refusant un délai de départ volontaire :

6. Aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision () ". Aux termes de l'article L. 612-2 du même code : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; / () / 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : () ; 2° L'étranger s'est maintenu sur le territoire français au-delà de la durée de validité de son visa ou, s'il n'est pas soumis à l'obligation du visa, à l'expiration d'un délai de trois mois à compter de son entrée en France, sans avoir sollicité la délivrance d'un titre de séjour ;()

4° L'étranger a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français ; ()8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographie prévues au 3° de l'article L. 142-1, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ".

7. Pour refuser à M. A le bénéfice d'un délai de départ volontaire, la préfète de l'Ain s'est fondée sur les dispositions du 1° de l'article L. 612-2 et sur les dispositions des 2°, 4° et 8° de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Si M. A soutient qu'il dispose d'une adresse stable puisqu'il devait être hébergé chez sa mère, que l'administration connait son identité puisqu'il est entré de façon régulière sur le territoire français, enfin que son état de santé aurait dû conduire à lui accorder un délai de départ volontaire, il ne conteste pas utilement les motifs tirés de ce que son comportement constituait une menace à l'ordre public et qu'il s'était maintenu en France après l'expiration de son visa sans solliciter la délivrance d'un titre de séjour, qui suffisaient à justifier la décision en litige. Par suite, l'autorité préfectorale était fondée à considérer que l'intéressé présentait un risque de soustraction à la mesure d'éloignement dont il faisait l'objet, et en conséquence à lui refuser le bénéfice d'un délai de départ volontaire.

En ce qui concerne la décision d'interdiction de retour sur le territoire français :

8. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français ".

9. M. A s'est vu refuser tout délai de départ volontaire pour exécuter l'obligation de quitter le territoire prise à son encontre. Dès lors, seules des circonstances humanitaires pouvaient faire obstacle à ce que soit prononcée à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français. Il ressort des pièces du dossier que la préfète de l'Ain a fixé la durée de l'interdiction de retour au regard des critères énoncés à l'article L. 612-10 précité. Elle a notamment relevé que l'intéressé séjourne en France depuis seulement quelques mois, qu'il a vécu séparé de sa famille française pendant de nombreuses années et qu'il a été condamné pour des faits particulièrement graves d'agression sexuelle sur personne vulnérable commis un mois après son arrivée sur le territoire. Il n'est en outre pas établi que des circonstances humanitaires justifieraient que l'autorité administrative ne prononce pas d'interdiction de retour. Par suite, la préfète de l'Ain n'a pas commis d'erreur d'appréciation ni méconnu les dispositions précitées en fixant à cinq ans la durée de l'interdiction de retour en France faite à l'intéressé, durée qui n'apparait pas disproportionnée dans les circonstances de l'espèce.

10. En dernier lieu, si le requérant soutient que l'interdiction de retour en litige " produit des effets sur un éventuel droit au séjour dans un autre Etat membre de l'espace Schengen " en ce que cette décision, qui emporte une inscription automatique dans le système d'information Schengen et l'impossibilité d'obtenir un visa ou un titre de séjour, constitue une mesure d'expulsion automatique dans tout l'espace Schengen, une telle assertion relève d'une conséquence de l'interdiction de retour en litige mais n'emporte aucune incidence quant à la légalité de cette mesure.

11. Il résulte de ce qui précède que la requête de M. A doit être rejetée, en ce comprises ses conclusions au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C A, à la préfète de l'Ain et à la préfète du Rhône.

Copie en sera adressée à Me Damiano.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 juillet 2024.

Le magistrat désigné,

C. BertoloLa greffière,

E. Gros

La République mande et ordonne à la préfète de l'Ain et à la préfète du Rhône en ce qui les concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

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