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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2406604

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2406604

mercredi 13 novembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2406604
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationJU 7ème chambre
Avocat requérantGHARZOULI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire en réplique enregistrés les 5 juillet et 10 octobre 2024, M. A B, représenté par Me Gharzouli, demande au tribunal :

1°) d'annuler les décisions du 3 juillet 2024 par lesquelles le préfet de la Moselle l'a obligé à quitter le territoire français sans délai et a édicté à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Moselle de lui délivrer un titre de séjour ou de procéder à un nouvel examen de sa situation et, dans l'attente de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans les délais respectivement d'un mois et de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros à verser à son conseil au titre des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- les décisions attaquées portant obligation de quitter le territoire français, refus de délai de départ volontaire et interdiction de retour sur le territoire national ne sont pas suffisamment motivées ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il ne constitue pas une menace à l'ordre public ;

- les décisions portant refus de délai de départ volontaire et interdiction de retour sur le territoire national sont illégales du fait de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français sur laquelle elles se fondent ;

- la décision portant interdiction de retour sur le territoire national est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle et sa durée est disproportionnée.

Par un mémoire en défense enregistré le 15 juillet 2024, le préfet de la Moselle conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 20 septembre 2024.

La présidente du tribunal a désigné Mme Vaccaro-Planchet, vice-présidente, pour statuer sur les litiges relatifs aux décisions portant mesure d'éloignement ou remise des ressortissants étrangers en application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience, à laquelle elles n'étaient ni présentes ni représentées.

Le rapport de Mme Vaccaro-Planchet, magistrate désignée, a été entendu au cours de l'audience publique.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant algérien né le 8 juin 1982, qui déclare être entré en France fin décembre 2021, demande au tribunal d'annuler les décisions du 3 juillet 2024 par lesquelles le préfet de la Moselle lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. L'arrêté en litige vise les textes dont il fait application et rappelle les éléments de fait relatifs à la situation personnelle du requérant. Dès lors, le moyen tiré de ce que les décisions portant obligation de quitter le territoire français et refus de délai de départ volontaire ne seraient pas suffisamment motivées doit être écarté.

3. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance () ". Pour l'application de ces stipulations, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.

4. Il ressort des pièces du dossier que M. B, qui déclare être entré sur le territoire national fin décembre 2021, ne résidait en France que depuis environ deux ans et demi à la date de la décision attaquée l'obligeant à quitter le territoire français. S'il fait état de son mariage le 18 mars 2023 avec une ressortissante française et se prévaut de leur communauté de vie depuis 2022, ces éléments ne sont pas suffisants pour établir que la décision attaquée portant obligation de quitter le territoire français porterait une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

5. Aux termes de l'article L.611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; () / 5° Le comportement de l'étranger qui ne réside pas régulièrement en France depuis plus de trois mois constitue une menace pour l'ordre public () ".

6. Ainsi que le fait valoir le requérant le seul fait qu'il ait été placé en garde en vue le 1er juillet 2024 pour des faits de " recel de vol aggravé " ne suffit pas pour caractériser une menace à l'ordre public. Toutefois, l'arrêté attaqué a également été pris sur le fondement des dispositions précitées du 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et il est constant que M. B ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français et s'y maintient sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité. Or il résulte de l'instruction que le préfet aurait pris la même décision en se fondant uniquement sur le 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision attaquée portant obligation de quitter le territoire français serait entachée d'une erreur de droit dès lors que M. B ne représente pas une menace à l'ordre public doit être écarté.

7. Il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à soutenir que la décision refusant de lui accorder un délai de départ volontaire serait illégale en raison de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français sur laquelle elle se fonde.

8. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, et dix ans en cas de menace grave pour l'ordre public ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français ".

9. M. B a fait l'objet d'une mesure d'éloignement pour laquelle aucun délai de départ volontaire n'a été accordé et entre dès lors dans les cas prévus à l'article L. 612-6 précité, pour lesquels l'autorité administrative doit assortir son obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour, sauf s'il existe des circonstances humanitaires de nature à justifier qu'une telle interdiction ne soit pas décidée. Or, la situation personnelle du requérant, notamment le fait qu'il soit marié avec une ressortissante française depuis le 18 mars 2023 ne constitue pas une circonstance humanitaire au sens des dispositions précitées. Toutefois, alors qu'ainsi qu'il a été dit précédemment il n'est pas établi que M. B représenterait une menace pour l'ordre public, il n'a pas déjà fait l'objet d'une mesure d'éloignement et était à la date de la décision attaquée présent sur le territoire national depuis environ deux et demi et marié depuis plus d'un an avec une ressortissante française. Ainsi, dans les circonstances de l'espèce, la durée de trois ans de l'interdiction de retour sur le territoire est disproportionnée et la décision portant interdiction sur le territoire national doit être annulée pour ce motif, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête dirigés contre cette décision.

10. Il résulte de tout ce qui précède que M. B est seulement fondé à demander l'annulation de la décision du 3 juillet 2024 portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

11. Le présent jugement n'appelle aucune mesure d'exécution spécifique. Par suite, les conclusions à fin d'injonction doivent en tout état de cause être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

12. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du 3 juillet 2024 portant interdiction de retour sur le territoire national pour une durée de trois ans est annulée.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. B est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Me Gharzouli et au préfet de la Moselle.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 novembre 2024.

La magistrate désignée,

V. Vaccaro-Planchet

La greffière,

N. Boumedienne

La République mande et ordonne au préfet de la Moselle en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

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