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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2406631

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2406631

lundi 15 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2406631
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationELOIGNEMENT
Avocat requérantCHINOUF SOPHIA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 8 et 14 juillet 2024, M. C A, représenté par Me Chinouf, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 6 juin 2024 par lequel la préfète de l'Ain a fixé le pays à destination duquel il sera éloigné ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 200 euros hors taxes au bénéfice de son conseil en application de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. A soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'un défaut de base légale ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle n'a pas été précédée d'un examen sérieux de sa situation personnelle ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 10 juillet 2024, la préfète de l'Ain conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que la requête ne comporte l'exposé d'aucun moyen et doit donc être rejetée, et que la décision attaquée est légale.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme B pour statuer sur les litiges relatifs aux décisions portant mesure d'éloignement des ressortissants étrangers en application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique du 15 juillet 2024, ont été entendus :

- le rapport de Mme B,

- et les observations de Me Chinouf, représentant M. A, qui reprend les conclusions de la requête par les mêmes moyens.

La préfète de l'Ain n'était ni présente ni représentée.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant nigérian né le 24 mars 2001, demande l'annulation de l'arrêté du 6 juin 2024 par lequel la préfète de l'Ain a fixé le pays à destination duquel il sera éloigné, suite à la peine d'interdiction définitive du territoire prononcée à son encontre par la Cour d'Appel de Lyon par un arrêt du 6 mars 2023.

Sur l'aide juridictionnelle provisoire :

2. L'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique dispose : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ". Il y a lieu de prononcer, dans les circonstances de l'espèce et en application de ces dispositions, l'admission provisoire de M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur la légalité de la décision attaquée :

3. En premier lieu, la décision en litige vise la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales ainsi que les articles L. 641-1 à L. 641-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui concernent les étrangers faisant l'objet d'une peine d'interdiction judiciaire du territoire français, comme c'est le cas de M. A. La circonstance que la décision en litige ne vise pas également l'article L. 721-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qui concerne précisément les décisions de fixation du pays de renvoi consécutives à une telle interdiction, pour regrettable qu'elle soit, n'est pas de nature, à elle seule, à caractériser une insuffisance de motivation en droit de la décision en litige. La décision en litige précise que M. A fait l'objet d'une décision d'interdiction judiciaire du territoire français qu'il appartient à l'autorité préfectorale de mettre à exécution en fixant le pays de destination, rappelle la teneur des observations présentées par M. A le 28 mai 2024 dans la perspective de l'édiction de cette décision, et indique que la demande de protection internationale formée par l'intéressé a été clôturée par une décision du 31 octobre 2023 du directeur de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides. Ainsi, la décision attaquée comporte les considérations de droit et de fait sur lesquelles elle se fonde et est, par suite, suffisamment motivée.

4. En deuxième lieu, l'article L. 721-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose : " L'autorité administrative fixe, par une décision distincte de la décision d'éloignement, le pays à destination duquel l'étranger peut être renvoyé en cas d'exécution d'office d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, d'une interdiction de retour sur le territoire français, d'une décision de mise en œuvre d'une décision prise par un autre État, d'une interdiction de circulation sur le territoire français, d'une décision d'expulsion, d'une peine d'interdiction du territoire français ou d'une interdiction administrative du territoire français. ". L'article L. 721-4 du même code dispose : " L'autorité administrative peut désigner comme pays de renvoi :/

1° Le pays dont l'étranger a la nationalité, sauf si l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ou la Cour nationale du droit d'asile lui a reconnu la qualité de réfugié ou lui a accordé le bénéfice de la protection subsidiaire ou s'il n'a pas encore été statué sur sa demande d'asile ;/ 2° Un autre pays pour lequel un document de voyage en cours de validité a été délivré en application d'un accord ou arrangement de réadmission européen ou bilatéral ;

3° Ou, avec l'accord de l'étranger, tout autre pays dans lequel il est légalement admissible.

Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950. () ". Il résulte de ces dispositions qu'aussi longtemps que la personne condamnée n'a pas obtenu de la juridiction qui a prononcé la condamnation pénale le relèvement de sa peine d'interdiction du territoire, l'autorité administrative est tenue de pourvoir à son exécution en édictant à son encontre une décision motivée fixant son pays de destination, sous réserve qu'une telle décision n'expose pas l'intéressé à être éloigné à destination d'un pays dans lequel sa vie ou sa liberté serait menacée, ou d'un pays où il serait exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

5. Il ressort des pièces du dossier que M. A a été condamné à une peine d'interdiction définitive du territoire prononcée à son encontre par la Cour d'Appel de Lyon par un arrêt du 6 mars 2023. Par suite, la préfète de l'Ain était tenue de prendre à son égard une décision fixant le pays de renvoi permettant l'exécution de cette décision, en application de l'article L. 721-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dès lors, M. A n'est pas fondé à soutenir que la décision en litige est entachée d'un défaut de base légale.

6. En troisième lieu, si M. A affirme qu'il dispose toujours d'une attestation de demandeur d'asile, qu'il attend sa convocation devant l'Office français de protection des réfugiés et apatrides et qu'il n'est pas au courant de la clôture de sa demande dont fait état la préfète, il ne produit aucun élément au soutien de ses allégations, et en particulier aucune attestation de demande d'asile, notamment postérieure à la décision de clôture dont la préfète affirme qu'elle aurait été prise le 31 octobre 2023. En outre, s'il soutient également avoir des problèmes de santé pour lesquels il suit un traitement et doit encore subir des opérations chirurgicales, il ne l'établit par aucune pièce, et n'en a fait aucune mention lors de son audition le 28 mai 2024. Dès lors, il n'est pas fondé à soutenir que la préfète n'a pas procédé à un examen sérieux de sa situation personnelle.

7. En dernier lieu, ainsi qu'il a déjà été dit, M. A n'établit nullement que sa demande d'asile présentée en France, dont il n'a produit aucun justificatif, serait toujours pendante. Au cours de son audition le 28 mai 2024, il n'a fait état d'aucune crainte particulière en cas de retour au Nigéria, où il a indiqué que résident sa mère et ses frères et sœurs, et il a déclaré être entré en France pour faire des études ou un apprentissage. Dès lors, il n'est pas fondé à soutenir que la décision en litige méconnaît les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, pas plus que les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales.

8. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. A doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : M. A est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : La requête de M. A est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et à la préfète de l'Ain.

Lu en audience publique le 15 juillet 2024.

La magistrate désignée,

C. BLa greffière,

L. Bon-Mardion

La République mande et ordonne à la préfète de l'Ain en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

2406631

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