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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2406641

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2406641

jeudi 25 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2406641
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Avocat requérantLAWSON BODY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 8 juillet 2024, le préfet de la Loire demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, d'ordonner l'expulsion dans un délai de quinze jours de Mme A C du logement qu'elle occupe au Centre d'accueil pour demandeurs d'asile Entraide Pierre Valdo " Colette ", situé au 96 rue Bergson à Saint-Etienne ce qui permettra en cas d'inexécution de recourir à la force publique.

Il soutient que :

- la demande d'asile de l'intéressée a été rejetée ;

- elle s'est maintenue dans le lieu d'hébergement malgré la mise en demeure de quitter les lieux dont elle a fait l'objet ;

- le maintien de l'intéressée dans les lieux compromet le fonctionnement normal de l'organisme alors que de nombreux demandeurs d'asile sont en attente d'un logement ;

- il y a urgence et utilité à cette mesure ; aucune contestation sérieuse ne s'y oppose.

Par un mémoire en défense enregistré le 23 juillet 2024, Mme C, représentée par Me Lawson-Body demande de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire et conclut à titre principal au rejet de la requête et à ce qu'il soit enjoint aux services de l'Etat et du département de rechercher et de mettre en œuvre avant toute nouvelle procédure judiciaire de demande d'expulsion les mesures d'hébergement appropriées à sa situation et à titre subsidiaire de lui octroyer un délai suffisant pour quitter les lieux ainsi que la mise à la charge de l'Etat d'une somme de 1 500 euros au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que l'urgence n'est pas établie et qu'elle est dans une situation de vulnérabilité qui ne permet pas de l'expulser de son logement.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de la construction et de l'habitation ;

- le code des procédures civiles d'exécution ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Clément, président de la quatrième chambre, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus, au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Clément ;

- les observations de M. B pour le préfet qui a repris les conclusions et les moyens exposés dans ses écritures ; l'intéressée a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français ;

- et les observations de Me Royon pour Mme C qui maintient les conclusions et moyens de son mémoire ; l'utilité et l'urgence de l'expulsion ne sont pas établies ; elle est une personne vulnérable.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative. ". Aux termes du premier alinéa de l'article R. 522-1 du même code : " La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit () justifier de l'urgence de l'affaire ".

2. En raison de l'urgence, il y a lieu d'admettre Mme C au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire, sur le fondement de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée.

3. Aux termes de l'article L. 551-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'hébergement des demandeurs d'asile prévu au chapitre II prend fin au terme du mois au cours duquel le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français a pris fin, dans les conditions prévues aux articles L. 542-1 et L. 542-2. ".

4. Saisi sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative d'une demande qui n'est manifestement pas insusceptible de se rattacher à un litige relevant de sa compétence, le juge des référés peut prescrire toutes mesures que l'urgence justifie à la condition que ces mesures soient utiles et ne se heurtent à aucune contestation sérieuse.

5. D'une part, l'intéressée est hébergée au centre d'hébergement pour demandeurs d'asile mentionné ci-dessus, ayant signé un contrat de séjour. Sa demande d'asile a été définitivement rejetée par décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides du 9 novembre 2023 confirmée par la Cour nationale du droit d'asile le 5 avril 2024. Malgré la mise en demeure de quitter les lieux, sous quinze jours adressée à Mme A C le 10 avril 2024, l'intéressée s'est maintenue dans son logement en méconnaissance des dispositions, rappelées plus haut, du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et de l'engagement pris dans le contrat de séjour. Si Mme C fait valoir sa vulnérabilité, il n'est pas contesté qu'elle peut bénéficier dans le cadre de l'aide au retour d'un hébergement. Dans ces conditions, la demande du préfet ne se heurte à aucune contestation sérieuse.

6. D'autre part, il résulte de l'instruction que le département de la Loire dispose d'un nombre de places en lieux d'accueil insuffisant pour accueillir l'ensemble des demandeurs d'asile primo-arrivants ou déboutés, mais bénéficiant d'un délai supplémentaire de maintien dans les lieux, parmi lesquels figurent des personnes en situation de vulnérabilité, et notamment de jeunes enfants, des malades ou des personnes âgées. En l'espèce, rien ne permet de dire qu'à titre exceptionnel, le maintien en centre d'hébergement de l'intéressée serait justifié. Eu égard à la situation de saturation du système d'hébergement des demandeurs d'asile, son expulsion, qui est utile, présente, par conséquent, un caractère d'urgence.

7. Il y a dès lors lieu, dans ce contexte, d'ordonner à l'intéressée de libérer, dans un délai de quinze jours, le logement qu'elle occupe indûment dans le centre d'hébergement pour demandeurs d'asile mentionné plus haut. Faute pour l'intéressée d'avoir libéré les lieux, le préfet de la Loire pourra procéder d'office à son expulsion au besoin avec le concours de la force publique.

8. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative s'opposent à ce qu'il soit fait droits aux conclusions de l'intéressée présentées sur leur fondement.

O R D O N N E :

Article 1er : Mme A C est provisoirement admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Il est enjoint à Mme A C de libérer dans un délai de quinze jours le logement qu'elle occupe au Centre d'accueil pour demandeurs d'asile Entraide Pierre Valdo " Colette ", situé au 96 rue Bergson à Saint-Etienne. Faute pour l'intéressée d'avoir libéré les lieux, le préfet de la Loire pourra procéder d'office à son expulsion au besoin avec le concours de la force publique.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée au préfet de la Loire et à Mme A C.

Fait à Lyon, le 25 juillet 2024.

Le juge des référés,

M. ClémentLa greffière,

F. Abdillah

La République mande et ordonne au préfet de la Loire, en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

N°2406641

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