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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2406709

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2406709

vendredi 12 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2406709
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationELOIGNEMENT
Avocat requérantCARON

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 9 juillet 2024, et des pièces complémentaires, enregistrées le 11 juillet 2024, M. B A, représenté par Me Caron, doit être regardé comme demandant au tribunal d'annuler l'arrêté du 8 juillet 2024 par lequel la préfète de l'Ain l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office et lui a interdit de retourner sur le territoire français pour une durée de vingt-quatre mois.

Il soutient que la décision portant obligation de quitter le territoire français est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'il est titulaire d'un contrat de travail à durée indéterminée et qu'il entretient une relation depuis deux ans avec une compagne de nationalité française.

La préfète du Rhône a produit des pièces qui ont été enregistrées le 9 juillet 2024.

Par un mémoire en défense, enregistré le 10 juillet 2024, la préfète de l'Ain conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que :

- la requête est irrecevable en l'absence de moyens ;

- les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Vu :

- les décisions attaquées et les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Jeannot pour statuer en application des dispositions des articles L. 614-7 à L. 614-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties, dûment convoquées, ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Jeannot ;

- les observations de Me Caron, représentant M. A, qui conclut aux mêmes fins que la requête ; elle soulève deux nouveaux moyens dirigés contre l'arrêté attaqué, tirés du défaut de motivation et du défaut d'examen de la situation personnelle de M. A ; elle indique que certains éléments de la situation personnelle de l'intéressé n'ont pas été pris en considération ; il n'est par ailleurs pas établi qu'une précédente décision portant obligation de quitter le territoire français ait été prise à l'égard du requérant ; elle soutient que la décision portant obligation de quitter le territoire français méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ; elle soutient également que la décision portant interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de vingt-quatre mois est entachée de disproportion ; enfin, elle demande que soit enjoint à la préfète de l'Ain de réexaminer la situation de M. A et de lui délivrer à une autorisation provisoire de séjour ;

- et les observations de M. A, requérant, qui précise qu'il travaille en France ; il évoque également la présence d'amis sur le territoire.

La préfète du Rhône et la préfète de l'Ain n'étaient ni présentes, ni représentées.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience à 14 h 40.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant albanais né le 29 août 1999, entré en France en 2020, demande l'annulation de l'arrêté du 8 juillet 2024 par lequel la préfète de l'Ain l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office et lui a interdit de retourner sur le territoire français pour une durée de vingt-quatre mois.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne les moyens communs à l'arrêté contesté :

2. En premier lieu, l'arrêté en litige mentionne les considérations de droit et de fait sur lesquelles la préfète de l'Ain s'est fondée pour édicter un tel arrêté. Contrairement à ce que semble soutenir le requérant, l'autorité préfectorale n'était pas tenue de mentionner l'ensemble des éléments relatifs à sa situation personnelle, et s'il lui est loisible de contester l'appréciation portée par la préfète de l'Ain sur cette situation, cette divergence d'analyse n'est pas de nature à établir l'insuffisance de motivation alléguée dès lors que la motivation d'une décision s'apprécie indépendamment du bien-fondé des motifs retenus. Par suite, le moyen tiré d'un défaut de motivation doit être écarté.

3. En second lieu, il ne ressort ni des termes de l'arrêté contesté, ni d'aucune autre pièce du dossier, que la préfète de l'Ain, qui n'était pas tenue de mentionner l'ensemble des éléments de la situation personnelle du requérant, n'aurait pas procédé à un examen sérieux et particulier de la situation personnelle de M. A préalablement à son édiction. À cet égard, s'il est loisible au requérant de contester l'appréciation portée par l'autorité préfectorale sur sa situation personnelle, cette divergence d'analyse n'est pas de nature à établir le défaut d'examen allégué. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit est infondé et doit ainsi être écarté.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

4. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

5. M. A est entré en France en 2020 à l'âge de 21 ans. Il ressort des pièces du dossier qu'il est célibataire, sans enfant à charge et qu'il n'est pas dépourvu de tout lien avec son pays d'origine où il a vécu la majeure partie de son existence et où réside toute sa famille, selon ses propres déclarations, mentionnées dans le procès-verbal de son audition du 8 juillet 2024. S'il déclare résider en France chez sa compagne de nationalité française depuis environ un an, il n'établit ni la stabilité, ni l'intensité de cette relation alors qu'il a par ailleurs déclaré lors de cette même audition " chercher à divorcer de son épouse ", qui est de nationalité albanaise. Par ailleurs, s'il est titulaire d'un contrat à durée indéterminée depuis le 21 octobre 2023 en qualité d'ouvrier, cet élément, très récent, ne permet pas de justifier d'une insertion professionnelle particulière sur le territoire national. Dans ces conditions, la décision attaquée ne porte pas atteinte à son droit au respect de sa vie privée et familiale au regard des buts en vue desquels elle a été prise et le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré d'une erreur manifeste d'appréciation ne peut qu'être écarté.

En ce qui concerne l'interdiction de retour pour une durée de vingt-quatre mois :

6. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, et dix ans en cas de menace grave pour l'ordre public. ". Et aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. () ".

7. Il résulte de ces dispositions que, lorsque le préfet prend, à l'encontre d'un étranger, une décision portant obligation de quitter le territoire français ne comportant aucun délai de départ, ou lorsque l'étranger n'a pas respecté le délai qui lui était imparti pour satisfaire à cette obligation, il appartient au préfet d'assortir sa décision d'une interdiction de retour sur le territoire français, sauf dans le cas où des circonstances humanitaires y feraient obstacle. En outre, il ressort des termes mêmes de ces dispositions que l'autorité compétente doit, pour décider de prononcer à l'encontre de l'étranger soumis à l'obligation de quitter le territoire français une interdiction de retour et en fixer la durée, tenir compte, dans le respect des principes constitutionnels, des principes généraux du droit et des règles résultant des engagements internationaux de la France, des quatre critères qu'elles énumèrent, sans pouvoir se limiter à ne prendre en compte que l'un ou plusieurs d'entre eux.

8. M. A, qui est entré en France en 2020, est défavorablement connu des services de police pour des faits d'usage et de détention de faux documents. La préfète de l'Ain a en outre considéré que le requérant n'entretient pas de lien particulier en France où il séjourne depuis plus de trois ans, quand bien même il allègue vivre chez une amie sans en apporter la preuve. Par ailleurs, la préfète a pris en considération sa demande de protection internationale, laquelle a été définitivement rejetée le 31 août 2020 par la cour nationale du droit d'asile. Enfin, M. A ne fait état d'aucune circonstance humanitaire justifiant qu'une interdiction de retour ne soit pas prononcée. Ainsi, la préfète de l'Ain n'a pas fait une inexacte application des dispositions des articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ni entaché sa décision de disproportion en prononçant une interdiction de retour sur le territoire d'une durée de vingt-quatre mois à l'encontre de l'intéressé.

9. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner la fin de non-recevoir opposée en défense, que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 8 juillet 2024 par lequel la préfète de l'Ain a obligé M. A à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office et lui a interdit de retourner sur le territoire français pour une durée de vingt-quatre mois doivent être rejetées. Par voie de conséquence, doivent également être rejetées les conclusions à fin d'injonction présentées par M. A.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à la préfète de l'Ain et la préfète du Rhône.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 juillet 2024.

La magistrate désignée,

F. Jeannot

La greffière,

F. Gaillard

La magistrate désignée,

F. Jeannot

La greffière,

La magistrate désignée,

F. Jeannot

La greffière,

La République mande et ordonne à la préfète de l'Ain et à la préfète du Rhône en ce qui les concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

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