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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2406788

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2406788

jeudi 21 novembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2406788
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantPARAS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 10 juillet 2024, Mme C A, épouse B, représentée par Me Paras, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler les décisions du 11 juin 2024 par lesquelles le préfet de la Loire a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours, a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement et l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée de six mois ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Loire de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans le délai de 15 jours à compter de la notification du jugement à intervenir ou, à tout le moins, de procéder au réexamen de sa situation, dans le délai d'un mois à compter de cette même date, et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge l'Etat, à verser à son avocat, la somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- la décision de refus de titre de séjour est entachée d'incompétence ;

- cette décision est entachée d'un vice de procédure, à défaut d'un avis préalable du collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) ;

- elle est entachée d'erreur d'appréciation dès lors qu'elle ne peut bénéficier d'un traitement adapté à son état de santé en Côte d'Ivoire ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est entachée d'incompétence ;

- cette décision est entachée d'erreur manifeste d'appréciation au regard des conséquences qu'elle emporte sur sa situation personnelle ;

- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français est entachée d'erreur manifeste d'appréciation au regard des conséquences qu'elle emporte sur sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense, enregistré le 24 octobre 2024, le préfet de la Loire conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.

Par décision du 29 août 2024, le bureau d'aide juridictionnelle a admis Mme A, épouse B, à l'aide juridictionnelle totale.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience à laquelle elles n'étaient ni présentes ni représentées.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique, le rapport de Mme Flechet.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, ressortissante ivoirienne née le 30 décembre 1986, est entrée sur le territoire français, pour la dernière fois, au cours du mois de juillet 2021. Elle a sollicité, le 13 septembre 2023, un titre de séjour en qualité d'étranger malade. Par des décisions du 11 juin 2024 dont elle demande l'annulation, le préfet de la Loire a refusé de lui délivrer ce titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de 30 jours, a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée de six mois.

Sur les conclusions tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Mme B a été admise à l'aide juridictionnelle totale par une décision du 29 août 2024. Par suite, il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions tendant à ce qu'elle soit admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Sur les conclusions aux fins d'annulation et d'injonction sous astreinte :

En ce qui concerne les moyens propres au refus de titre de séjour :

3. En premier lieu, la décision en litige a été signée par M. Schuffenecker, secrétaire général de la préfecture, en vertu de la délégation que le préfet de la Loire lui a donnée par un arrêté du 13 juillet 2023, publié le 24 juillet suivant au recueil des actes administratifs de la préfecture. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'acte attaqué doit être écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer la carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat (). / Si le collège des médecins estime dans son avis que les conditions précitées sont réunies, l'autorité administrative ne peut refuser la délivrance du titre de séjour que par une décision spécialement motivée ". En vertu de l'article R. 425-11 du même code : " Pour l'application de l'article L. 425-9, le préfet délivre le titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " au vu d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. / L'avis est émis dans les conditions fixées par arrêté du ministre chargé de l'immigration et du ministre chargé de la santé au vu, d'une part, d'un rapport médical établi par un médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration et, d'autre part, des informations disponibles sur les possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays d'origine de l'intéressé. () ".

6. Il ressort des pièces du dossier que le préfet de la Loire a pris sa décision après avoir eu communication de l'avis du 2 avril 2024, qu'il verse au débat, du collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Par suite, le moyen tiré du vice de procédure doit être écarté.

7. La partie qui justifie de l'avis d'un collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration qui lui est favorable doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour. Dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tous éléments permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, l'existence ou l'absence d'un traitement approprié et effectivement accessible dans le pays de renvoi.

8. En l'espèce, pour refuser de délivrer à Mme B le titre de séjour sollicité en raison de son état de santé, le préfet s'est approprié l'avis précité du collège de médecins selon lequel, si l'état de santé de l'intéressée nécessite une prise en charge médicale dont le défaut peut entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, l'offre de soins et les caractéristiques du système de santé dans le pays dont elle est originaire, et vers lequel elle peut voyager sans risque médical, lui permettent de bénéficier effectivement d'un traitement approprié. Mme B produit en particuliers divers certificats médicaux qui ne se prononcent pas sur la disponibilité en Côte d'Ivoire du traitement et des soins requis, ainsi que deux certificats établis les 26 juin 2024 et 5 juillet 2024 par un médecin généraliste et un cardiologue, estimant, sur la base d'indicateurs peu circonstanciés de l'Organisation mondiale de la santé, du Programme de développement des Nations Unies et de l'Organisation des Nations Unies, que le système de santé ivoirien ne serait pas en mesure de lui procurer les traitements et soins nécessités par son état de santé. Ces seuls éléments ne permettent toutefois pas de remettre en cause l'appréciation portée par le collège de médecins, dont a fait sienne le préfet de la Loire, quant au fait qu'elle peut bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans son pays d'origine. Dans ces conditions, Mme B n'est pas fondée à soutenir que l'arrêté en litige est entaché d'erreur d'appréciation quant à l'application des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

9. En dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui. "

10. Mme B est entrée sur le territoire français au cours du mois de juillet 2021 pour la dernière fois. Si elle soutient qu'elle réside en France depuis trois années avec ses quatre enfants, nés en 2010, 2013, 2018 et 2020, il ressort des pièces du dossier que son conjoint, père de ces enfants, réside en Côte d'Ivoire, où les enfants ont vécu plusieurs années, à l'exception du benjamin, néanmoins encore jeune à la date de la décision attaquée. Dans ces conditions, aucun obstacle ne s'oppose à ce que la cellule familiale se reconstitue en Côte d'Ivoire. Ainsi, le refus de titre de séjour en litige, qui ne peut être regardé comme ayant porté au droit de l'intéressée au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels il a été pris, n'a, par suite, pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

En ce qui concerne les moyens propres aux décisions portant obligation de quitter le territoire français et interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de six mois :

11. En premier lieu, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'obligation de quitter le territoire français attaquée doit être écarté pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 3.

12. En second lieu, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation au regard des conséquences qu'emportent les décisions portant obligation de quitter le territoire français et interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de six mois sur la situation personnelle de la requérante doit être écarté pour les mêmes motifs que ceux exposés aux points 8 et 10.

13. Il résulte de tout ce qui précède que Mme B n'est pas fondée à demander l'annulation des décisions attaquées. Par suite, ses conclusions à fin d'annulation doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction sous astreinte.

Sur les frais liés au litige :

14. Les conclusions présentées par le conseil de la requérante, partie perdante, sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur la demande d'aide juridictionnelle provisoire présentée par Mme B.

Article 2 : La requête de Mme B est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme C A, épouse B, et au préfet de la Loire.

Délibéré après l'audience du 7 novembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Jean-Pascal Chenevey, président,

Mme Marine Flechet, première conseillère,

Mme Flore-Marie Jeannot, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 novembre 2024.

La rapporteure,

M. Flechet

Le président,

J.-P. Chenevey

La greffière,

S. Saadallah

La République mande et ordonne à la préfète du Rhône, en ce qui la concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

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