jeudi 16 janvier 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2406789 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2ème chambre |
| Avocat requérant | HMAIDA |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 10 juillet 2024, Mme B D, représentée par Me Hmaida, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 21 juin 2024 par lequel le préfet de la Loire a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle est susceptible d'être éloignée ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Loire de lui délivrer un certificat de résidence temporaire ou, à défaut, de procéder au réexamen de sa demande dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, et de la munir, dans l'attente, d'une autorisation provisoire de séjour ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil d'une somme de 1 000 euros au titre des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
- il n'est pas justifié de la compétence du signataire de l'arrêté attaqué ;
- la décision de refus de titre de séjour est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;
- elle méconnaît le droit au respect de sa vie privée et familiale, en violation des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 6-5) de l'accord franco-algérien ;
- elle méconnaît l'intérêt supérieur de ses enfants protégé par les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation dans l'application par le préfet de son pouvoir de régularisation ;
- la décision portant obligation de quitter le territoire français est illégale compte tenu de l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- la décision fixant le pays de destination est illégale compte tenu de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.
Par un mémoire en défense, enregistré le 1er octobre 2024, le préfet de la Loire conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.
Par une lettre du 10 septembre 2024, les parties ont été informées, en application de l'article R. 611-11-1 du code de justice administrative, de la période à laquelle il était envisagé d'appeler l'affaire à une audience et que l'instruction pourrait être close à partir du 2 octobre 2024 sans information préalable.
Une ordonnance portant clôture de l'instruction immédiate a été prise le 4 novembre 2024.
Mme D a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décision du 26 juillet 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New-York le 26 janvier 1990 ;
- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 relatif à la circulation, à l'emploi et au séjour en France des ressortissants algériens et de leurs familles ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme C a été entendu au cours de l'audience publique, où les parties n'étaient ni présentes ni représentées.
Considérant ce qui suit :
1. Mme D, ressortissante algérienne née le 23 octobre 1985, est entrée en France le 12 juillet 2018 sous couvert d'un visa de court séjour. Le 19 septembre 2023, elle a déposé une demande de titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " et une demande d'admission exceptionnelle au séjour. Elle demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 21 juin 2024 par lequel le préfet de la Loire a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle est susceptible d'être éloignée.
2. En premier lieu, l'arrêté attaqué a été signé par M. Dominique Schuffenecker, secrétaire général de la préfecture de la Loire, qui disposait d'une délégation consentie à cet effet par un arrêté du préfet de la Loire du 6 février 2023, publié le même jour au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture, librement accessible tant au juge qu'aux parties. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté litigieux doit être écarté.
3. En deuxième lieu, il ne ressort ni des termes de la décision portant refus de titre de séjour, ni de l'ensemble des pièces du dossier que le préfet n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation de Mme D. La circonstance que le préfet ne se soit pas prononcé sur la demande d'autorisation de travail de son employeur n'est pas de nature, à elle seule, à établir le défaut d'examen allégué, le préfet ayant de surcroît examiné sa situation au regard de ses perspectives professionnelles. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit, dirigé contre la décision de refus de titre de séjour, ne peut qu'être écarté.
4. En troisième lieu, aux termes des dispositions de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. " Aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " Le certificat de résidence d'un an portant la mention "vie privée et familiale" est délivré de plein droit : / () 5) au ressortissant algérien, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus ; / () ".
5. Mme D, âgée de 38 ans à la date de la décision attaquée, est entrée en France le 12 juillet 2018, avec son époux et son enfant, A, né en 2015. Un second enfant est né le 30 novembre 2018 en France. Si la requérante fait valoir qu'à la date de l'arrêté litigieux, elle résidait ainsi en France depuis cinq ans avec ses enfants, son époux, dont elle est séparée, étant quant à lui reparti en E, que des membres de sa famille sont également présents en France en situation régulière et qu'elle a développé de fortes attaches sur le territoire français, il ressort toutefois des pièces du dossier qu'elle n'est pas dépourvue d'attaches familiales dans son pays d'origine, où résident notamment ses deux frère et sœur ainsi que ses parents et où elle a vécu la majeure partie de sa vie. Par ailleurs, si Mme D se prévaut d'une promesse d'embauche pour un emploi d'aide à domicile au sein d'une société ainsi que d'une activité d'aide-ménagère auprès d'un particulier, ces éléments ne permettent pas d'établir l'existence de perspectives particulières d'insertion professionnelle sur le territoire. Dans ces circonstances, et en dépit des efforts d'insertion sociale de l'intéressée à travers des activités de bénévolat, Mme D n'est pas fondée à soutenir qu'en refusant de lui délivrer un titre de séjour, le préfet de la Loire a porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée, en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, elle n'est pas davantage fondée à soutenir que le préfet de la Loire a méconnu les stipulations de l'article 6-5) de l'accord franco-algérien.
6. En quatrième lieu, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant du 26 janvier 1990 : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. ".
7. Si Mme D se prévaut de ce que son fils aîné a quitté très jeune E, qu'il ne maîtrise pas la langue arabe et que sa fille n'a jamais vécu en E, il n'apparaît pas que les enfants de la requérante ne pourraient pas poursuivre leur scolarité en E, pays dont leurs deux parents ont la nationalité. Par suite, alors que la décision attaquée n'a pas pour effet de séparer les enfants de Mme D de ses deux parents, la requérante n'est pas fondée à soutenir que le préfet de la Loire a porté atteinte à l'intérêt supérieur de ses enfants en lui refusant la délivrance d'un titre de séjour, en méconnaissance des stipulations du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention relative aux droits de l'enfant.
8. En cinquième lieu, au regard de ce qui a été exposé au point 5 sur la situation personnelle et professionnelle de Mme D, le préfet de la Loire n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation dans l'exercice de son pouvoir de régularisation en refusant d'admettre au séjour Mme D, quand bien même l'intéressée justifie d'une demande d'autorisation de travail de son employeur.
9. En sixième lieu, l'ensemble des moyens soulevés à l'appui des conclusions tendant à l'annulation de la décision portant refus de titre de séjour étant écarté, Mme D n'est pas fondée à exciper de l'illégalité de cette décision pour demander l'annulation de la décision l'obligeant à quitter le territoire français.
10. En septième lieu, pour les mêmes motifs que ceux indiqués au point 7, le préfet de la Loire n'a pas, en faisant obligation à la requérante de quitter le territoire français, méconnu les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.
11. En huitième lieu, pour les mêmes motifs que ceux indiqués au point 5, le préfet de la Loire n'a pas, en faisant obligation à la requérante de quitter le territoire français, méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
12. En dernier lieu, l'ensemble des moyens soulevés à l'appui des conclusions tendant à l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français étant écarté, Mme D n'est pas fondée à exciper de l'illégalité de cette décision pour demander l'annulation de la décision fixant le pays de destination.
13. Il résulte de tout ce qui précède que Mme D n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 21 juin 2024. Par voie de conséquence, doivent être rejetées les conclusions à fin d'injonction sous astreinte ainsi que celles présentées sur le fondement des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme D est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B D et au préfet de la Loire.
Copie en sera adressée à Me Hmaida.
Délibéré après l'audience du 19 décembre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Jean-Pascal Chenevey, président,
Mme Marine Flechet, première conseillère,
Mme Flore-Marie Jeannot, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 janvier 2025.
La rapporteure,
F.-M. CLe président,
J.-P. Chenevey
La greffière,
S. Saadallah
La République mande et ordonne au préfet de la Loire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026