mardi 16 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2406809 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | ELOIGNEMENT |
| Avocat requérant | CHINOUF SOPHIA |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire complémentaire enregistrés les 11 et 12 juillet 2024, M. D C, représenté par Me Chinouf, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 10 juillet 2024 par lequel la préfète du Rhône a décidé son transfert aux autorités allemandes ;
3°) d'annuler l'arrêté du 10 juillet 2024 par lequel la préfète du Rhône l'a assigné à résidence ;
4°) d'enjoindre à la préfète du Rhône, à titre principal, de procéder à l'enregistrement de sa demande d'asile, à titre subsidiaire, de réexaminer sa demande ;
5°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 200 euros hors taxes au bénéfice de son conseil en application de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
M. C soutient que :
Sur la décision de transfert :
- il ne veut pas retourner en Allemagne car on lui a demandé de quitter le pays et qu'il sera renvoyé dans son pays d'origine s'il y retourne ;
- il est recherché dans son pays, où il risque d'être tué ;
- il ne pouvait ni étudier ni travailler en Allemagne ;
- la décision attaquée méconnaît les dispositions de l'article 4 du règlement européen n° 604/2013 en ce qu'il ne s'est pas vu remettre les brochures informatives avant la tenue de l'entretien individuel ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article 5 du règlement européen n° 604/2013 en ce qu'il n'a pas bénéficié d'un entretien individuel dans une langue qu'il comprend ;
- elle est insuffisamment motivée en ce qui concerne le motif de saisine des autorités allemandes ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article 23-4 du règlement européen n° 604/2013 et celles de l'article 2 du règlement n° 1560/2003 en ce que la préfète n'a pas précisé le motif précis de la saisine des autorités allemandes dans le formulaire de saisine ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article 17 du règlement européen n° 604/2013, n'a pas été précédée d'un examen sérieux de sa situation personnelle et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
Sur la décision d'assignation à résidence :
- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision de transfert sur laquelle elle se fonde ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 751-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 12 juillet 2024, la préfète du Rhône conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le règlement (UE) n°604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;
- le règlement (CE) n° 1560/2003 de la commission du 2 septembre 2003 ;
- le règlement d'exécution (UE) n° 118/2014 de la Commission du 30 janvier 2014 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné Mme B pour statuer sur les litiges relatifs aux décisions portant mesure d'éloignement des ressortissants étrangers en application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique du 15 juillet 2024, ont été entendus :
- le rapport de Mme B,
- les observations de Me Chinouf, représentant M. C, qui reprend les conclusions de la requête par les mêmes moyens, mais indique se désister du moyen tiré de la méconnaissance de l'article 5 du règlement européen n° 604/2013 ;
- et les observations de M. C, assisté de Mme A, interprète en langue anglaise.
La préfète du Rhône n'était ni présente, ni représentée.
Considérant ce qui suit :
1. M. C, ressortissant nigérian né le 21 mars 1996, demande l'annulation des arrêtés du 10 juillet 2024 par lesquels la préfète du Rhône a décidé son transfert aux autorités allemandes, responsables de l'examen de sa demande d'asile, et l'a assigné à résidence.
Sur l'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :
2. En raison de l'urgence résultant de l'application des dispositions des articles L. 572-5 et L. 751-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il y a lieu d'admettre M. C au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire, sur le fondement de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991.
Sur la décision de transfert aux autorités allemandes :
3. En premier lieu, l'arrêté en litige énonce de manière détaillée les considérations de droit et de fait retenues par la préfète du Rhône pour estimer que les autorités allemandes sont responsables de l'examen de la demande d'asile de M. C, ainsi que des éléments propres à sa situation personnelle. L'arrêté attaqué précise en particulier que les autorités allemandes ont été saisies d'une demande de reprise en charge sur le fondement de l'article 18 du règlement européen n° 604/2013, ce qui constitue une motivation en droit suffisante, sans qu'il soit nécessaire pour la préfète de faire mention du critère de l'État responsable retenu parmi ceux du chapitre III du règlement du 26 juin 2013. L'arrêté en litige est, par suite, suffisamment motivé. Il ne ressort pas non plus des termes de cette décision qu'elle aurait été prise sans réel et sérieux examen de sa situation.
4. En deuxième lieu, contrairement à ce que soutient le requérant, l'autorité administrative a bien fait apparaître, dans la requête aux fins de reprise en charge adressée aux autorités allemandes, le motif de cette requête, à savoir l'article 18 paragraphe 1, point b) du règlement européenne n° 604/2013. Le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 23-4 du règlement européen n° 604/2013 et de l'article 2 du règlement n°1560/2003 doit donc être écarté.
5. En troisième lieu, aux termes de l'article 4 du règlement (UE) du 26 juin 2013 susvisé : " 1. Dès qu'une demande de protection internationale est introduite au sens de l'article 20, paragraphe 2, dans un État membre, ses autorités compétentes informent le demandeur de l'application du présent règlement et notamment : / a) des objectifs du présent règlement () b) des critères de détermination de l'État membre responsable, de la hiérarchie de ces critères au cours des différentes étapes de la procédure et de leur durée () c) de l'entretien individuel en vertu de 1'article 5 et de la possibilité de fournir des informations sur la présence de membres de la famille, de proches ou de tout autre parent dans les États membres, y compris des moyens par lesquels le demandeur peut fournir ces informations ; d) de la possibilité de contester une décision de transfert et, le cas échéant, de demander une suspension du transfert ; e) du fait que les autorités compétentes des États membres peuvent échanger des données le concernant aux seules fins d'exécuter leurs obligations découlant du présent règlement ; f) de 1'existence du droit d'accès aux données le concernant et du droit de demander que ces données soient rectifiées si elles sont inexactes ou supprimées si elles ont fait l'objet d'un traitement illicite, ainsi que des procédures à suivre pour exercer ces droits, y compris des coordonnées des autorités visées à l'article 35 et des autorités nationales chargées de la protection des données qui sont compétentes pour examiner les réclamations relatives à la protection des données à caractère personnel. / 2. Les informations visées au paragraphe 1 sont données par écrit, dans une langue que le demandeur comprend ou dont on peut raisonnablement supposer qu'il la comprend. Les Etats membres utilisent la brochure commune rédigée à cet effet en vertu du paragraphe 3. / Si c'est nécessaire à la bonne compréhension du demandeur, les informations lui sont également communiquées oralement, par exemple lors de l'entretien individuel visé à l'article 5 () ".
6. Il ressort des pièces du dossier qu'ont été remises à M. C, le 11 juin 2024, les brochures " A " et " B ", conformes aux modèles figurant à l'annexe X du règlement d'exécution (UE) n° 118/2014 de la Commission du 30 janvier 2014, contenant les informations dont la délivrance est requise par les dispositions précitées, en langue anglaise, qu'il a déclaré comprendre, et que leur contenu a été porté à sa connaissance oralement. La remise de ces documents a été effectuée le jour de l'enregistrement de sa demande d'asile, soit en temps utile, ainsi qu'il ressort du compte-rendu de l'entretien individuel mené le même jour. La circonstance que le guide du demandeur d'asile ne lui a pas été remis ne saurait vicier la procédure dès lors que cette brochure est destinée aux ressortissants étrangers dont la demande d'asile est instruite en France et non à ceux relevant de la procédure dite " Dublin " dont la demande d'asile a vocation à être instruite dans un autre pays européen. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article 4 du règlement européen cité au point précédent doit être écarté.
7. En quatrième lieu, il ne ressort pas des pièces produites par le requérant qu'il encourrait, en cas de retour vers l'Allemagne, pays membre de l'Union Européenne et signataire de la convention de Genève, le risque d'être exposé à des traitements prohibés par l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales. La seule circonstance, prévue au point d) du paragraphe 1 de l'article 18 du règlement européen n° 604/2013, que sa demande d'asile aurait été rejetée par les autorités allemandes, ne saurait constituer un tel risque. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales doit donc être écarté.
8. En dernier lieu, aux termes de l'article 17 du règlement européen du 26 juin 2013 susvisé : " 1. Par dérogation à l'article 3, paragraphe 1, chaque État membre peut décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le présent règlement. / L'État membre qui décide d'examiner une demande de protection internationale en vertu du présent paragraphe devient l'État membre responsable et assume les obligations qui sont liées à cette responsabilité. () 2. L'État membre dans lequel une demande de protection internationale est présentée et qui procède à la détermination de l'État membre responsable, ou l'État membre responsable, peut à tout moment, avant qu'une première décision soit prise sur le fond, demander à un autre État membre de prendre un demandeur en charge pour rapprocher tout parent pour des raisons humanitaires fondées, notamment, sur des motifs familiaux ou culturels, même si cet autre État membre n'est pas responsable au titre des critères définis aux articles 8 à 11 et 16. Les personnes concernées doivent exprimer leur consentement par écrit. ".
9. Si le requérant soutient, sans l'établir, qu'il aurait fait l'objet d'une décision d'éloignement en Allemagne, et qu'il ne pouvait ni étudier ni travailler en Allemagne, il ne justifie d'aucune circonstance particulière de nature à justifier que les autorités françaises fassent application de la clause discrétionnaire de l'article 17 du règlement européen n° 604/2013. Par suite, il n'est fondé à soutenir ni que la préfète n'aurait pas procédé à un examen particulier de sa situation au regard de ces dispositions, ni qu'elle aurait méconnu ces dispositions ou entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation.
Sur la décision d'assignation à résidence :
10. En premier lieu, il résulte de tout ce qui précède que M. C n'est pas fondé à exciper de l'illégalité de la décision de transfert aux autorités allemandes à l'égard de la décision d'assignation à résidence prise sur son fondement.
11. En deuxième lieu, l'article L. 751-2 dispose : " L'étranger qui fait l'objet d'une requête aux fins de prise en charge ou de reprise en charge peut être assigné à résidence par l'autorité administrative pour le temps strictement nécessaire à la détermination de l'Etat responsable de l'examen de sa demande d'asile.
() En cas de notification d'une décision de transfert, l'assignation à résidence peut se poursuivre si l'étranger ne peut quitter immédiatement le territoire français mais que l'exécution de la décision de transfert demeure une perspective raisonnable.
L'étranger faisant l'objet d'une décision de transfert peut également être assigné à résidence en application du présent article, même s'il n'était pas assigné à résidence lorsque la décision de transfert lui a été notifiée. () ".
12. Le requérant fait l'objet d'une décision de transfert dont l'exécution demeurait une perspective raisonnable au jour de la décision en litige. Il ne prétend pas qu'il aurait pu quitter immédiatement le territoire français, ni ne se prévaut d'aucun motif particulier qui rendrait cette assignation illégale ou inadaptée à sa situation, la circonstance qu'il ne dispose pas d'une adresse stable étant, à cet égard, sans incidence. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 751-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de ce que cette décision serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation doit également être écarté.
13. Il résulte de tout ce qui précède que M. C n'est pas fondé à soutenir que les arrêtés du 10 juillet 2024 de la préfète du Rhône sont entachés d'illégalité et à en demander l'annulation. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles tendant à l'application combinée des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 doivent également être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : M. C est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : La requête de M. C est rejetée.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. D C et à la préfète du Rhône.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 juillet 2024.
La magistrate désignée,
C. BLa greffière,
L. Bon-Mardion
La République mande et ordonne à la préfète du Rhône en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
2406809
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026