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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2406859

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2406859

samedi 3 août 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2406859
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Avocat requérantSELARL BLT DROIT PUBLIC

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Lyon, statuant en référé précontractuel sur le fondement des articles L. 551-1 et L. 551-2 du code de justice administrative, a rejeté la requête de la société Vaedec. Celle-ci contestait le rejet de ses offres pour les lots n°1 et n°2 d’un marché public de gestion des déchets alimentaires passé par Loire Forez Agglomération. Le juge a estimé que les manquements allégués n’étaient pas fondés, considérant que le pouvoir adjudicateur avait pu légalement écarter l’offre pour le lot n°1 en raison de l’absence de l’annexe 1 requise, et celle pour le lot n°2 faute de mémoire technique spécifique. La solution retenue confirme la régularité de la procédure de passation au regard des principes de la commande publique.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 12 juillet 2024 et le 30 juillet 2024, la société Vaedec, représentée par Me Cottin, avocat, demande au juge des référés du tribunal, sur le fondement des articles L. 551-1 et L. 551-2 du code de justice administrative :

1°) d'annuler la décision la décision du 4 juillet 2024 par laquelle le président de la communauté d'agglomération Loire Forez Agglomération a rejeté ses offres concernant le lot n° 1 " Collecte, traitement des déchets alimentaires et nettoyage des bacs " et le lot n° 2 " Nettoyage des abri-bacs " du marché public " Gestion des déchets alimentaires " passé par ladite communauté d'agglomération et les décisions du même président attribuant le lot n° 1 à la société Compost'ond et le lot n° 2 à la société Ondaine Agro ;

2°) d'enjoindre à la communauté d'agglomération Loire Forez Agglomération de reprendre la procédure de passation au stade de l'examen des offres en incluant les siennes pour les lots n° 1 et n° 2.

Elle soutient que :

- s'agissant du lot n° 1, c'est à tort que son offre a été rejetée au motif qu'elle n'avait pas remis l'annexe 1 relative aux véhicules utilisés prévue par le dossier de consultation des entreprises, dès lors que le règlement de la consultation ne mentionnait pas expressément que cette annexe devait être produite à peine d'irrégularité de l'offre et que les renseignements devant normalement figurer dans l'annexe 1 figuraient en page 11 de son mémoire technique où elle a indiqué qu'elle entendait dédier au marché un prototype de camion- laveur neuf roulant au gaz avec l'énergie produite par le fruit de la collecte et où étaient spécifiquement mentionnées les émissions de CO2 et de pollution atmosphérique ;

- s'agissant du lot n° 2, c'est à tort que son offre a été rejetée au motif qu'elle n'avait pas remis de mémoire technique, dès lors qu'elle a bien produit un mémoire technique à l'appui de sa proposition sur ce lot et que, si elle a produit le même mémoire technique que pour le lot n° 1, cette circonstance s'explique par le fait que les prestations de lavage des points de collecte sont effectuées grâce au camion laveur qui est muni de buses de lavage automatique pour le lavage des bacs et d'une lance type Kärcher pour le lavage des abri-bacs.

Par un mémoire en défense, enregistré le 24 juillet 2024, la communauté d'agglomération Loire Forez Agglomération, représenté par la SELARL BLT Droit public, avocat, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 4 000 euros soit mise à la charge de la société Vaedec au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que les moyens présentés par la société requérante ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la commande publique ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Drouet, vice-président, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 1er août 2024 à 10 h 00 :

- Me Cottin, avocat, pour la société Vaedec, qui a rappelé les termes de ses écritures,

- Me Lalanne, avocat (SELARL BLT Droit public), pour la communauté d'agglomération Loire Forez Agglomération, qui a rappelé les termes de son mémoire en défense,

- M. A, gérant de la société Compost'ond, qui a déclaré qu'il n'avait pas d'observations particulières à présenter.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article L. 551-1 du code de justice administrative : " Le président du tribunal administratif, ou le magistrat qu'il délègue, peut être saisi en cas de manquement aux obligations de publicité et de mise en concurrence auxquelles est soumise la passation par les pouvoirs adjudicateurs de contrats administratifs ayant pour objet l'exécution de travaux, la livraison de fournitures ou la prestation de services, avec une contrepartie économique constituée par un prix ou un droit d'exploitation, la délégation d'un service public ou la sélection d'un actionnaire opérateur économique d'une société d'économie mixte à opération unique. / () ". L'article L. 551-2 de ce code dispose : " I. - Le juge peut ordonner à l'auteur du manquement de se conformer à ses obligations et suspendre l'exécution de toute décision qui se rapporte à la passation du contrat, sauf s'il estime, en considération de l'ensemble des intérêts susceptibles d'être lésés et notamment de l'intérêt public, que les conséquences négatives de ces mesures pourraient l'emporter sur leurs avantages. / Il peut, en outre, annuler les décisions qui se rapportent à la passation du contrat et supprimer les clauses ou prescriptions destinées à figurer dans le contrat et qui méconnaissent lesdites obligations. / () ". Selon l'article L. 551-10 du même code : " Les personnes habilitées à engager les recours prévus aux articles L. 551-1 et L. 551-5 sont celles qui ont un intérêt à conclure le contrat ou à entrer au capital de la société d'économie mixte à opération unique et qui sont susceptibles d'être lésées par le manquement invoqué, ainsi que le représentant de l'Etat dans le cas où le contrat doit être conclu par une collectivité territoriale, un groupement de collectivités territoriales ou un établissement public local. / () ". En vertu de ces dispositions, les personnes habilitées à agir pour mettre fin aux manquements du pouvoir adjudicateur à ses obligations de publicité et de mise en concurrence sont celles susceptibles d'être lésées par de tels manquements. Il appartient dès lors au juge des référés précontractuels de rechercher si l'opérateur économique qui le saisit se prévaut de manquements qui, eu égard à leur portée et au stade de la procédure auquel ils se rapportent, sont susceptibles de l'avoir lésée ou risquent de la léser, fût-ce de façon indirecte en avantageant une entreprise concurrente.

2. Aux termes de l'article R. 2152-1 du code de la commande publique : " L'acheteur écarte les offres irrégulières, inacceptables ou inappropriées. " Selon l'article R. 2152-2 du même code : " Une offre irrégulière est une offre qui ne respecte pas les exigences formulées dans les documents de la consultation, en particulier parce qu'elle est incomplète, ou qui méconnaît la législation applicable notamment en matière sociale et environnementale. "

3. En premier lieu, en vertu de l'article 4 du règlement de la consultation, le dossier de consultation des entreprises contient notamment une annexe n° 1 relative aux véhicules utilisés pour les lots n° 1, n° 3 et n° 4. En vertu de l'article 5.1 du même règlement, cette annexe est au nombre des pièces devant être remises par les candidats à l'appui de leur offre. Si le cahier des clauses techniques particulières renvoyait à cette annexe n° 1 pour connaître les émissions d'équivalent CO2 et de pollution atmosphérique des véhicules utilisés, cette annexe exigeait d'autres informations qui devaient être mentionnées par les candidats à l'appui de leurs offres, dont le type et le poids du véhicule, la date de première mise en circulation, le nombre de kilomètres annuels parcourus estimés, la durée prévisionnelle d'utilisation dans le marché, la norme Euro et la vignette Crit'air. Les informations relatives au type et poids des véhicules, à la date de première mise en circulation, au nombre de kilomètres annuels parcourus estimés ainsi que la durée prévisionnelle d'utilisation dans le marché étaient indispensables à l'analyse de sous-critère du critère valeur technique - " 2.1. Modalités d'exécution de la prestation de collecte et de traitement (moyens humains et matériels, organisation de la réalisation de la prestation ". L'annexe n° 1 était également indispensable pour l'analyse du critère n° 3 " Valeur environnementale et sociale " qui était pondéré à 10%, le candidat devant indiquer dans cette annexe le nombre de kilomètre parcourus estimés pendant la durée d'exécution du marché. L'article 2 du cahier de clauses administratives particulières précisait que l'annexe n° 1 aurait valeur contractuelle et que cette dernière prévaudrait, le cas échéant, sur le mémoire technique en cas de contradiction entre les différentes pièces du marché, de sorte que cette annexe était indispensable à l'appui de l'offre en raison de son caractère contractuel futur. Dans ces conditions, alors même le règlement de la consultation ne mentionnait pas expressément que cette annexe devait être produite à peine d'irrégularité de l'offre, la communauté d'agglomération Loire Forez Agglomération n'a pas commis de manquement à ses obligations de publicité et de mise en concurrence en rejetant l'offre de la société Vaedec au titre du lot n° 1, au motif que cette offre était irrégulière en l'absence de production de l'annexe n° 1 qui était exigée.

4. En second lieu, il est constant que la société Vaedec a produit son mémoire technique relatif au lot n° 1 également à l'appui de son offre relative au lot n° 2. Il résulte de l'instruction que ce mémoire technique ne comportait pas des informations indispensables à l'analyse de plusieurs des sous-critères du critère " Valeur technique " pour le lot n° 2 " Nettoyage des abri-bacs " : s'agissant du sous-critère n° 1 " L'organisation de la prestation ", aucune précision n'est apportée sur le mode opératoire adopté pour le nettoyage des abris-bacs ni sur la formation et la qualification des agents chargés du nettoyage des abris-bacs ; s'agissant du sous-critère n° 2 " Les moyens matériels affectés à l'exécution des prestations ", le mémoire technique en cause ne précise pas les caractéristiques des camions laveurs qui seraient utilisés, que ce soient ceux utilisés au commencement de l'exécution du marché ou celui livré en décembre 2024, ni les outils utilisés pour effectuer les prestations de nettoyage d'abri-bacs ; s'agissant du sous-critère n° 3 " Les modalités de suivi de la prestation ", le mémoire technique se contente de faire état de fiches de travail journalières remises aux chauffeurs sur lesquelles ces derniers " indiquent les heures de début et de fin de journée pour chacun des clients prévus, le kilométrage en début et fin de tournée, les observations éventuelles liées à des problèmes de collecte, le tonnage collecté () ". Le même mémoire technique ne comporte pas non plus des informations indispensables à l'analyse du sous-critère n° 2 " Consommation d'eau " du critère n° 3 " Valeur environnementale et sociale ", en l'absence de précision sur la consommation d'eau, la durée prévisionnelle de lavage des abri-bacs ou le débit du jet utilisé. Dans ces conditions, la communauté d'agglomération Loire Forez Agglomération n'a pas méconnu les dispositions précitées des articles R. 2152-1 et R. 2152-2 du code de la commande publique en rejetant l'offre de la société Vaedec au titre du lot n° 2, au motif que cette offre était irrégulière car incomplète.

5. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de la société Vaedec présentée sur le fondement des articles L. 551-1 et L. 551-2 du code de justice administrative doit être rejetée.

6. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions présentées par la communauté d'agglomération Loire Forez Agglomération sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

ORDONNE :

Article 1er : La requête n° 2406859 est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par la communauté d'agglomération Loire Forez Agglomération sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à la société Vaedec, à la communauté d'agglomération Loire Forez Agglomération, à la société Compost'ond et à la société Ondaine Agro.

Fait à Lyon, le 3 août 2024.

Le juge des référés,

H. Drouet

La République mande et ordonne au préfet de la Loire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Une greffière,

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