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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2406904

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2406904

mardi 23 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2406904
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationELOIGNEMENT
Avocat requérantAMIRA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 15 juillet 2024, Mme B A demande au tribunal :

1°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler l'arrêté du 9 juillet 2024 par lequel la préfète du Rhône a décidé son transfert aux autorités allemandes.

Elle soutient que :

- la préfète du Rhône n'a pas procédé à un examen particulier de sa situation ;

- l'arrêté contesté a été pris en violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'arrêté en litige est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense enregistré le 19 juillet 2024, la préfète du Rhône conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

La présidente du tribunal a désigné Mme de Mecquenem pour statuer sur les litiges relatifs aux décisions portant mesure d'éloignement ou remise des ressortissants étrangers en application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le règlement (UE) n°604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus, au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme de Mecquenem ;

- les observations de Me Amira, avocate, pour Mme A, qui conclut aux mêmes fins que la requête, par les mêmes moyens, et soutient, en outre, que l'arrêté en litige est entaché d'une erreur de fait et d'une erreur d'appréciation, dès lors que Mme A n'a pas demandé l'asile en Allemagne ;

- les observations de Mme A, requérante, assistée de Mme C, interprète en langue mongole.

La préfète du Rhône, régulièrement convoquée, n'était ni présente ni représentée.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Ressortissante mongole née en 1983, Mme A demande l'annulation de l'arrêté du 9 juillet 2024 par lequel la préfète du Rhône a décidé son transfert aux autorités allemandes.

Sur la demande d'admission à l'aide juridictionnelle :

2. En raison de l'urgence, il y a lieu d'admettre Mme A au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire, sur le fondement de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. En premier lieu, il ressort des termes de la décision en litige que la préfète a procédé à un examen de la situation personnelle de Mme A. Par suite, le moyen tiré du défaut d'un tel examen doit être écarté.

4. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier que Mme A a sollicité l'enregistrement de sa demande d'asile en France le 15 mai 2024. Après consultation du fichier européen VIS, il est apparu qu'elle était titulaire d'un visa valable du 30 mars 2024 au 27 avril 2024, délivré par les autorités allemandes. Celles-ci, saisies le 3 juin 2024 d'une demande de prise en charge sur le fondement de l'article 12 du règlement du 26 juin 2013 visé ci-dessus, ont explicitement accepté cette prise en charge le 10 juin 2024. L'arrêté de transfert est fondé sur ces éléments et non sur la circonstance que l'intéressée aurait formé une demande d'asile en Allemagne. Par suite, la requérante n'est pas fondée à soutenir que la préfète du Rhône a commis une erreur de fait et une erreur d'appréciation en se fondant, à tort, sur la circonstance qu'elle aurait sollicité l'asile en Allemagne.

5. En troisième lieu, d'une part, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale (). ". D'autre part, aux termes de l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 : " 1. Par dérogation à l'article 3, paragraphe 1, chaque État membre peut décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le présent règlement. / () ". La faculté laissée, par cet article 17, à chaque Etat membre de décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans ce règlement, est discrétionnaire et ne constitue nullement un droit pour les demandeurs d'asile.

6. Pour soutenir que l'arrêté en litige porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale et que la préfète a commis une erreur manifeste d'appréciation en décidant de ne pas faire application de la clause discrétionnaire, Mme A se prévaut de l'état de santé de son époux et du jeune âge de leur dernier enfant, né en France en mai 2024. Toutefois, la requérante n'établit pas que les pathologies dont souffre son époux font obstacle au départ de la famille vers l'Allemagne. En outre, l'intéressée est entrée sur le territoire français très récemment, en avril 2024, et son époux avec lequel elle réside fait également l'objet d'une mesure de transfert. Dans ces conditions, les moyens tirés de la violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article 17 du règlement européen du 26 juin 2013 doivent être écartés.

7. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme A doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : Mme A est admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : La requête de Mme A est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et à la préfète du Rhône.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 juillet 2024.

La magistrate désignée,

S. de Mecquenem

Le greffier,

T. Clément

La République mande et ordonne à la préfète du Rhône en ce qui la concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

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