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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2406929

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2406929

jeudi 1 août 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2406929
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Avocat requérantSCP ROBIN VERNET

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Lyon, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par la préfète du Rhône pour ordonner l'expulsion de Mme C D épouse B, de M. F et de Mme A B du centre d'hébergement d'urgence pour demandeurs d'asile d'Oullins. La requête a été rejetée. Le juge a estimé que, malgré la fin de leur droit au séjour et au maintien dans les lieux en application des articles L. 551-11 et L. 552-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la situation de vulnérabilité particulière des occupants, liée à leur état de santé, constituait une contestation sérieuse faisant obstacle à la mesure d'expulsion sollicitée.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 15 juillet 2024, la préfète du Rhône demande au juge des référés du tribunal, sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, d'enjoindre sans délai à Mme C D épouse B, à M. F et à Mme A B de quitter le logement qu'ils occupent dans le centre d'hébergement d'urgence pour demandeurs d'asile d'Oullins et d'en remettre les clés au gestionnaire, sous astreinte de 50 euros par jour de retard, ce qui permettra en cas d'inexécution de recourir à la force publique, et de l'autoriser à donner toutes instructions au gestionnaire de l'hébergement afin de débarrasser les lieux des biens meubles s'y trouvant aux frais et risques de Mme C D épouse B et de M. G B, à défaut pour ceux-ci de les avoir emportés.

Elle soutient que :

- les intéressés ont demandé l'asile, qui leur a été refusé en dernier lieu par des décisions du 28 juin 2018 de la Cour nationale du droit d'asile notifiées le 12 juillet 2018 ;

- ils ont fait l'objet chacun d'une obligation de quitter le territoire français par une décision du 29 novembre 2023 notifiée le 5 décembre 2023 et devenue définitive ;

- ils se sont maintenus dans le lieu d'hébergement malgré la mise en demeure de quitter les lieux du 27 juin 2023 dont ils ont fait l'objet, notifiée le 5 juillet 2023 ;

- le maintien des intéressés dans les lieux compromet le fonctionnement normal de l'organisme alors que de nombreux demandeurs d'asile sont en attente d'un logement ;

- il y a urgence et utilité à cette mesure ;

- aucune contestation sérieuse ne s'y oppose.

Par un mémoire en défense enregistré le 29 juillet 2024, Mme C D épouse B, M. F et Mme A B, représentés par la SCP Robin - Vernet, avocat, concluent :

1°) à ce qu'ils soient admis à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) à titre principal, au rejet de la requête ;

3°) à titre subsidiaire, à ce qu'un délai de neuf mois leur soit accordé pour quitter le logement en cause.

Ils font valoir que :

- la décision mettant fin à leur hébergement méconnaît manifestement les articles L. 345-2-2 et L. 345-2-3 du code de l'action sociale et des familles ;

- leur situation de vulnérabilité particulière, compte tenu de leur état de santé, caractérise l'existence de circonstances exceptionnelles tenant en échec le constat de l'urgence alléguée par la préfète.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Drouet, vice-président, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 30 juillet 2024 à 14 h 30 :

- Mme E, représentant la préfète du Rhône, qui a rappelé les termes de sa requête,

- Me Béligon, avocate (SCP Robin - Vernet), pour Mme C D épouse B, M. F et Mme A B, qui a rappelé les termes de leur mémoire en défense.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. En premier lieu, aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative. " Saisi sur le fondement de ces dispositions d'une demande qui n'est manifestement pas insusceptible de se rattacher à un litige relevant de sa compétence, le juge des référés peut prescrire toutes mesures que l'urgence justifie à la condition que ces mesures soient utiles et ne se heurtent à aucune contestation sérieuse.

2. Aux termes de l'article L. 551-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'hébergement des demandeurs d'asile prévu au chapitre II prend fin au terme du mois au cours duquel le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français a pris fin, dans les conditions prévues aux articles L. 542-1 et L. 542-2. " Selon l'article L. 552-15 du même code : " Lorsqu'il est mis fin à l'hébergement dans les conditions prévues aux articles L. 551-11 à L. 551-14, l'autorité administrative compétente ou le gestionnaire du lieu d'hébergement peut demander en justice, après mise en demeure restée infructueuse, qu'il soit enjoint à cet occupant sans titre d'évacuer ce lieu. Le premier alinéa n'est pas applicable aux personnes qui se sont vues reconnaître la qualité de réfugié ou qui ont obtenu le bénéfice de la protection subsidiaire. Il est en revanche applicable aux personnes qui ont un comportement violent ou commettent des manquements graves au règlement du lieu d'hébergement. La demande est portée devant le président du tribunal administratif, qui statue sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative et dont l'ordonnance est immédiatement exécutoire. ". Aux termes de l'article L. 345-2-3 : " Toute personne accueillie dans une structure d'hébergement d'urgence doit pouvoir y bénéficier d'un accompagnement personnalisé et y demeurer, dès lors qu'elle le souhaite, jusqu'à ce qu'une orientation lui soit proposée () ".

3. D'une part, Mme C D épouse B et M. G B, ressortissants d'Albanie, ont signé un contrat de séjour pour l'occupation d'un logement dans le centre d'hébergement d'urgence pour demandeurs d'asile d'Oullins. Leurs demandes d'asile ont été rejetées par l'Office français pour la protection des réfugiés et apatrides puis par la Cour nationale du droit d'asile. Mme C D épouse B et M. G B ont fait l'objet chacun d'une obligation de quitter le territoire français par une décision du 29 novembre 2023 notifiée le 5 décembre 2023 et devenue définitive. Malgré la mise en demeure de quitter les lieux du 27 juin 2023 dont ils ont fait l'objet, notifiée le 5 juillet 2023, ils se sont maintenus dans leur logement en méconnaissance des dispositions précitées de l'article L. 551-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'engagement pris dans le contrat de séjour. Dans ces conditions, les conclusions de la préfète du Rhône ne se heurtent à aucune contestation sérieuse.

4. D'autre part, il résulte de l'instruction que le département du Rhône dispose d'un nombre de places en lieux d'accueil insuffisant pour accueillir l'ensemble des demandeurs d'asile primo-arrivants ou déboutés, mais bénéficiant d'un délai supplémentaire de maintien dans les lieux, parmi lesquels figurent des personnes en situation de vulnérabilité, et notamment de jeunes enfants, des malades ou des personnes âgées. Si les requérants justifient de leur état de santé, notamment des troubles psychiatriques pour M. G B et un méningiome cérébral pour Mme C D épouse B, il résulte de l'instruction, notamment de l'avis du 14 mai 2020 du collège des médecins de l'Office français pour l'immigration et l'intégration, que ces pathologies nécessitent une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entrainer des conséquences d'une exceptionnelle gravité, toutefois eu égard au système de santé dans le pays d'origine les intéressés peuvent y bénéficier d'un traitement approprié et y voyager sans risque. Aussi, rien ne permet de dire qu'à titre exceptionnel, le maintien en centre d'hébergement de Mme C D épouse B et de M. G B, serait justifié. Dans ces conditions, eu égard à la situation de saturation du système d'hébergement des demandeurs d'asile, leur expulsion présente un caractère d'utilité et d'urgence.

5. Il y a lieu, par suite, d'enjoindre à Mme C D épouse B, à M. F et à Mme A B de libérer, dans un délai d'un mois, le logement qu'ils occupent indûment dans le centre d'hébergement d'urgence pour demandeurs d'asile d'Oullins, y compris les meubles leur appartenant. Faute pour les intéressés d'avoir libéré les lieux, la préfète du Rhône pourra procéder d'office à leur expulsion au besoin avec le concours de la force publique et prendre les mesures nécessaires pour faire enlever, à leurs frais et risques, les biens meubles qui s'y trouveraient. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

6. En second lieu, aux termes de l'article 3 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " () / Les personnes de nationalité étrangère résidant habituellement et régulièrement en France sont également admises au bénéfice de l'aide juridictionnelle. / Toutefois, l'aide juridictionnelle peut être accordée à titre exceptionnel aux personnes ne remplissant pas les conditions fixées à l'alinéa précédent, lorsque leur situation apparaît particulièrement digne d'intérêt au regard de l'objet du litige ou des charges prévisibles du procès. / () ".

7. Les défendeurs séjournent en situation irrégulière sur le territoire français. Il n'apparaît pas que leur situation soit particulièrement digne d'intérêt au regard de l'objet du litige ou des charges prévisibles du procès. Par suite, doivent être rejetées les conclusions des défendeurs à fin d'admission, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

ORDONNE :

Article 1er : Il est enjoint à Mme C D épouse B, à M. F et à Mme A B de libérer, dans un délai d'un mois à compter de la notification de la présente ordonnance, le logement qu'ils occupent indûment dans le centre d'hébergement d'urgence pour demandeurs d'asile d'Oullins, y compris les meubles leur appartenant. Faute pour les intéressés d'avoir libéré les lieux, la préfète du Rhône pourra procéder d'office à leur expulsion au besoin avec le concours de la force publique et prendre les mesures nécessaires pour faire enlever, à leurs frais et risques, les biens meubles qui s'y trouveraient.

Article 2 : Sont rejetées les conclusions présentées par Mme C D épouse B, M. F et Mme A B

Article 3 : La présente ordonnance sera à notifiée au ministre de l'intérieur et des outre-mer, à Mme C D épouse B, à M. F et à Mme A B.

Copie en sera adressée à la préfète du Rhône.

Fait à Lyon, le 1er août 2024.

Le juge des référés,

H. Drouet

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Une greffière,

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