jeudi 14 novembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2406933 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | JU 2ème chambre |
| Avocat requérant | BOCKONDAS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 12 juillet 2024, Mme B A, représentée par Me Bockondas, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 18 juin 2024 par lequel la préfète de l'Ain l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de six mois ;
2°) d'enjoindre à la préfète de l'Ain de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour et une carte de séjour temporaire dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 200 euros par jour de retard, ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation, dans le même délai et sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à charge pour son conseil de renoncer au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Elle soutient que :
S'agissant de l'ensemble des décisions attaquées :
- ces décisions sont insuffisamment motivées ;
S'agissant de la décision l'obligeant à quitter le territoire français :
- la décision attaquée méconnaît les dispositions de l'article L. 435-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'elle remplit les conditions pour bénéficier d'un titre de séjour en application de ces dispositions ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation ;
- compte tenu de sa situation particulière sur le territoire français, elle porte une atteinte excessive à son droit à mener une vie privée et familiale normale et méconnaît par suite les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- pour les mêmes raisons, elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;
S'agissant de la décision fixant le pays de destination :
- compte tenu des risques qu'elle encourrait en cas de retour dans son pays d'origine, cette décision méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
S'agissant de la décision d'interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée de six mois :
- cette décision est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire avec un délai de trente jours.
La préfète de l'Ain a présenté un mémoire, enregistré le 8 novembre 2024, tendant au rejet de la requête.
La préfète fait valoir que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.
Mme A a été admise à l'aide juridictionnelle totale par une décision du 20 septembre 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné M. Chenevey pour statuer sur les litiges relatifs aux décisions portant mesure d'éloignement ou remise des ressortissants étrangers en application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience, à laquelle elles n'étaient ni présentes ni représentées
A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de M. Chenevey, magistrat désigné.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A, ressortissante camerounaise née le 10 août 1985, déclare être entrée en France le 21 septembre 2021. Elle a effectué une demande d'asile qui a été définitivement rejetée par la Cour nationale du droit d'asile par une décision du 29 avril 2024. Par un arrêté du 18 juin 2024, la préfète de l'Ain lui fait obligation de quitter le territoire dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de six mois. Par la présente requête, Mme A demande l'annulation de ces décisions.
Sur les conclusions à fin d'annulation, d'injonction et d'astreinte :
S'agissant des moyens communs à l'ensemble des décisions attaquées :
2. L'arrêté du 18 juin 2024 mentionne l'article L. 611-1 code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile s'agissant de l'obligation de quitter le territoire, l'article L. 612-8 du même code s'agissant de l'interdiction de retour sur le territoire français et l'article L. 721-4 s'agissant de la décision fixant le pays de destination. Il mentionne également les éléments de la situation personnelle de l'intéressée qui ont conduit la préfète de l'Ain à prendre ces décisions. Dans ces conditions, l'arrêté litigieux comporte les considérations de droit et de fait qui le fonde et, par suite, est suffisamment motivé.
S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :
3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / () 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, () ".
4. Aux termes de l'article L. 435-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " A titre exceptionnel, et sans que les conditions définies au présent article soient opposables à l'autorité administrative, l'étranger qui a exercé une activité professionnelle salariée figurant dans la liste des métiers et zones géographiques caractérisés par des difficultés de recrutement définie à l'article L. 414-13 durant au moins douze mois, consécutifs ou non, au cours des vingt-quatre derniers mois, qui occupe un emploi relevant de ces métiers et zones et qui justifie d'une période de résidence ininterrompue d'au moins trois années en France peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " travailleur temporaire " ou " salarié " d'une durée d'un an. / (). "
5. Mme A, qui ne conteste pas que sa situation relève du champ d'application des dispositions précitées du 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, soutient qu'elle aurait dû bénéficier d'un titre de séjour en application de l'article L. 435-4 du même code, compte tenu de sa situation professionnelle sur le territoire français. Toutefois, d'une part, il est constant que la requérante n'ayant pas, à la date de la décision attaquée, sollicité la délivrance d'un titre de séjour en application de ces dispositions, la préfète de l'Ain ne s'est pas prononcée sur son droit au séjour. D'autre part, l'article L. 435-4 ne prescrit pas la délivrance d'un titre de séjour de plein droit mais laisse à l'administration un large pouvoir pour apprécier si l'admission au séjour d'un étranger se justifie, " à titre exceptionnel ", en application de ses dispositions. Par suite, le législateur n'ayant ainsi pas entendu imposer à l'administration d'examiner d'office si l'étranger remplit les conditions prévues par cet article en l'absence de toute demande, Mme A ne peut utilement invoquer la méconnaissance de l'article L. 435-4 à l'encontre de l'obligation de quitter le territoire français en litige.
6. En deuxième lieu, il ne ressort ni des termes de la décision attaquée, ni de l'ensemble des pièces du dossier que la préfète de l'Ain n'aurait pas procédé à un examen sérieux de la situation personnelle de l'intéressée avant de lui opposer une obligation de quitter le territoire.
7. En dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".
8. Mme A déclare être entrée en France le 21 septembre 2021, sans pour autant le démontrer. L'intéressée, dont la présence sur le territoire est récente, n'établit pas disposer d'une quelconque vie privée et familiale en France, s'agissant notamment de la vie de couple alléguée. Elle ne démontre pas, ni même n'allègue, qu'elle ne disposerait plus d'aucun lien dans son pays d'origine, où elle a passé la majeure partie de sa vie et où sa vie privée et familiale pourra se poursuivre, dès lors en effet qu'elle n'apporte aucun élément pour établir les risques qu'elle soutient encourir en cas de retour dans ce pays compte tenu de son orientation sexuelle. Dans ces conditions, et même si elle verse au dossier des contrats de travail et des bulletins de paies depuis 2022, la requérante n'est pas fondée à soutenir que la décision l'obligeant à quitter le territoire porte une atteinte disproportionnée à son droit à mener une vie privée et familiale normale par rapport aux buts poursuivis. Il en résulte que le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté. Pour les mêmes motifs, la décision litigieuse n'est pas entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle de Mme A.
S'agissant de la décision fixant le pays de destination :
9. Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".
10. Si Mme A invoque des craintes de traitements inhumains et dégradants en cas de retour au Cameroun en raison de son orientation sexuelle, elle n'apporte cependant pas le moindre commencement de preuve à l'appui de ses allégations de nature à démontrer la réalité, la gravité et l'actualité des risques personnellement encourus en cas de retour dans ce pays, alors au demeurant que sa demande de protection internationale a été définitivement rejetée par la Cour national du droit d'asile par une décision 29 avril 2024. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
S'agissant de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de six mois :
11. La requérante n'ayant pas démontré l'illégalité de la décision l'obligeant à quitter le territoire, le moyen tiré de l'illégalité, par voie de conséquence, de la décision prononçant une interdiction de retour sur le territoire français doit être écarté.
12. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme A et, par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
13. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce qu'il soit fait droit aux conclusions dirigées à ce titre contre l'Etat, qui n'est pas la partie perdante.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et à la préfète de l'Ain.
Copie en sera adressée pour information à Me Bockondas.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 novembre 2024.
Le magistrat désigné,
J-P. CheneveyLa greffière,
G. Reynaud
La République mande et ordonne à la préfète de l'Ain en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
Un greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026