mercredi 4 décembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2406954 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | 3ème chambre |
| Avocat requérant | COFFIGNAL CHARLINE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire en réplique enregistrés les 12 juillet et 8 octobre 2024, M. A C, représenté par Me Coffignal, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 4 juin 2024 par lequel la préfète de l'Ain a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours, a fixé le pays vers lequel il pourrait être éloigné et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an ;
2°) d'enjoindre à la préfète de l'Ain de lui délivrer sans délai une autorisation provisoire de séjour jusqu'au réexamen de sa situation ;
3°) d'enjoindre à la préfète de l'Ain de s'assurer de l'effacement de son signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
Il soutient que :
- il n'est pas justifié de la compétence du signataire des décisions contestées ;
- le refus de titre de séjour est entaché d'un défaut de motivation, d'un vice de procédure en l'absence de saisine du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) et méconnaît les articles L. 425-9 et R. 425-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que le rapport devant être établi fait défaut et que la préfète ne lui a pas communiqué l'avis du collège des médecins de l'OFII en lui laissant un temps raisonnable pour qu'elle puisse présenter des observations ;
- la préfète a entaché sa décision de refus de titre d'un défaut d'examen de sa situation personnelle et n'a pas pris celle-ci en compte pour la régulariser sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, entachant sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de cet article et d'une erreur de fait ;
- le refus de titre de séjour porte une atteinte excessive à sa vie privée et familiale en méconnaissance de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'illégalité du refus de titre de séjour qui lui est opposé entache d'illégalité l'obligation de quitter le territoire français, qui méconnaît également les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et résulte d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation ;
- le refus de lui accorder un délai de départ supérieur à trente jours est entaché d'un défaut d'examen particulier de sa situation, méconnaît l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et résulte d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français en litige entache d'illégalité la décision portant interdiction de retour sur le territoire français ;
- l'interdiction de retour sur le territoire français méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et une telle interdiction n'est pas justifiée.
Par un mémoire en défense enregistré le 24 septembre 2024, la préfète de l'Ain conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Vu les décisions attaquées et les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme Reniez a été entendu au cours de l'audience publique, à laquelle les parties n'étaient ni présentes, ni représentées.
Considérant ce qui suit :
1. Ressortissant arménien né en 1949, M. C conteste l'arrêté du 4 juin 2024 par lequel la préfète de l'Ain a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours, a fixé son pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. L'arrêté attaqué a été signé par M. B, directeur de la citoyenneté et de l'intégration de la préfecture de l'Ain, en vertu de la délégation que la préfète de l'Ain lui a donnée par un arrêté du 15 février 2024 publié le 19 février suivant au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture. Par suite, les moyens tirés du défaut de signature des décisions contestées et de l'incompétence de leur auteur doivent être écartés.
En ce qui concerne le refus de titre de séjour :
3. Traduisant un examen de la situation personnelle du requérant, la décision en litige qui fait notamment état de l'avis émis par le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) quant à l'état de santé de l'intéressé, comporte les éléments de fait et de droit qui en constituent le fondement. Par suite et alors que la préfète n'était pas tenue de mentionner l'ensemble des éléments de la situation personnelle de l'intéressé, les moyens tirés par le requérant du défaut de motivation de la décision en litige et du défaut d'examen de sa situation doivent être écartés.
4. Aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. / () ".
5. Il ressort des pièces du dossier que le refus critiqué a été pris sur un avis du collège des médecins de l'OFII du 23 mai 2024 émis au vu des conclusions d'un rapport établi le 14 mai précédent par un médecin n'ayant lui-même pas siégé au sein de ce collège. Par ailleurs, si M. C fait valoir que le rapport médical adressé à ce collège n'a pas été établi conformément aux conditions prévues par l'annexe B de l'arrêté du 27 décembre 2016, il se borne à l'alléguer de manière insuffisamment circonstanciée, alors au demeurant que le préfet n'est pas lui-même destinataire d'un tel rapport. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'irrégularité de la procédure suivie au regard des dispositions des articles L. 425-9 et R. 425-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'arrêté du 27 décembre 2016 dont se prévaut le requérant doit être écarté.
6. La préfète a relevé dans sa décision que M. C ne lui avait transmis aucun élément de nature à remettre en cause l'avis rendu par le collège de médecins de l'OFII sur son état de santé. Si pour contester cette affirmation, le requérant soutient que la préfète ne lui a pas laissé un délai suffisant pour présenter ses observations sur l'avis rendu par le collège des médecins de l'OFII, lequel ne lui a pas été notifié par la préfète, aucune disposition législative ou réglementaire ne dispose toutefois qu'un délai devrait être laissé à l'intéressé pour présenter des observations sur un tel avis. Dans ces conditions et alors qu'il était loisible au requérant de présenter des éléments sur son état de santé dans le cadre de sa demande de titre de séjour sans attendre cet avis, le moyen doit être écarté.
7. Si le requérant, qui souffre d'hypertension artérielle, de diabète, d'une insuffisance rénale et qui a bénéficié de la pose de plusieurs stents après un infarctus, fait valoir qu'il ne pourra accéder aux soins requis par son état de santé dans son pays d'origine, il n'apporte toutefois pas d'éléments permettant de remettre en cause l'avis du collège des médecins de l'OFII selon lequel il peut bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans son pays d'origine vers lequel il peut en outre voyager sans risque au regard de son état de santé. Par suite, le moyen doit être écarté.
8. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () ".
9. Pour soutenir que le refus de titre qu'il conteste porte une atteinte excessive à sa vie privée et familiale, le requérant, qui déclare être entré en France en 2017, fait valoir qu'il souffre de plusieurs pathologies et a besoin de l'assistance d'une tierce personne que ses frère et sœur âgés vivant en Arménie ne peuvent lui apporter alors qu'il vit en France chez sa fille, son gendre et leurs enfants auprès desquels il assure une présence adulte en l'absence de leurs parents. Toutefois, il ne ressort pas des pièces du dossier que l'état de santé du requérant imposerait son maintien en France, où il ne conteste pas être arrivé à l'âge de 68 ans, il n'est pas contesté que l'épouse du requérant n'est pas autorisée à séjourner en France et M. C n'est par ailleurs pas dépourvu d'attaches familiales en Arménie où il indique avoir un frère et une sœur. Dans ces conditions, la décision de refus de titre de séjour en litige n'a pas porté au droit de l'intéressé au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise et le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté. Les circonstances invoquées ne permettent pas davantage de considérer que la préfète de l'Ain a entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation.
10. Si le requérant soutient que les dispositions des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ont été méconnues, ces moyens doivent être écartés comme inopérants dès lors que la décision de rejet de la demande de titre de séjour pour raisons de santé attaquée n'est pas fondée sur ces dispositions et qu'il ne ressort en outre pas des pièces du dossier que M. C aurait sollicité un titre de séjour sur leur fondement.
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :
11. Il résulte de ce qui précède que M. C n'est pas fondé à se prévaloir par voie d'exception de l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour prise à son encontre pour demander l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français prise sur le fondement des dispositions du 3° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
12. Compte tenu de ce qui a été dit au point 9 s'agissant de sa vie privée et familiale, M. C n'est pas fondé à soutenir que la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français méconnaîtrait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
En ce qui concerne la fixation du délai de départ volontaire :
13. Compte tenu de ce qui a été dit précédemment, il ne ressort pas des pièces du dossier que la préfète de l'Ain aurait négligé d'examiner la situation du requérant ou aurait commis une erreur manifeste d'appréciation en n'accordant pas à titre exceptionnel à M. C, sur le fondement de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, un délai de départ supérieur à trente jours.
En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :
14. Il résulte des motifs qui précèdent s'agissant de la légalité de l'obligation de quitter le territoire français qui lui a été opposée que M. C n'est pas fondé à invoquer par voie d'exception l'illégalité de cette décision pour soutenir que la décision portant interdiction de retour sur le territoire français qu'il conteste est elle-même entachée d'illégalité.
15. Aux termes de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ".
16. Compte tenu de ce qui a été dit au point 9, le requérant n'est pas fondé à soutenir que les circonstances de l'espèce justifiaient qu'aucune interdiction de retour sur le territoire français ne soit prise à son encontre et le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit également être écarté.
17. Il résulte de ce qui précède que les conclusions dirigées contre l'arrêté de la préfète de l'Ain du 4 juin 2024 doivent être rejetées.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
18. Le présent jugement, qui rejette les conclusions de la requête de M. C à fin d'annulation, n'appelle aucune mesure d'exécution.
Sur les frais liés au litige :
19. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'il soit fait droit aux conclusions présentées sur leur fondement et dirigées contre l'État, qui n'est pas partie perdante dans la présente instance.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et à la préfète de l'Ain.
Délibéré après l'audience du 24 octobre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Gille, président,
Mme Lacroix, première conseillère,
Mme Reniez, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 décembre 2024.
La rapporteure,Le président,
E. ReniezA. Gille
La greffière,
K. Schult
La République mande et ordonne au préfet de l'Ain en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
Un greffier
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026