Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2406967

mercredi 4 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2406967
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation3ème chambre
Avocat requérantGUERAULT

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Lyon, saisi par M. B, ressortissant arménien, a examiné la légalité des décisions du 11 juin 2024 par lesquelles la préfète de l'Ardèche a refusé de lui délivrer un titre de séjour et lui a fait obligation de quitter le territoire français. Le tribunal a annulé ces décisions, estimant que la préfète ne justifiait pas de la régularité de l'avis du collège des médecins de l'OFII, en méconnaissance des articles R. 425-11 à R. 425-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Cette solution a été retenue sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire rectificatif enregistrés les 13 et 25 juillet 2024, M. A B, représenté par Me Guerault, demande au tribunal :

1°) d'annuler les décisions du 11 juin 2024 par lesquelles la préfète de l'Ardèche a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours, a fixé son pays de renvoi et l'a astreint à remettre son passeport et à se présenter trois fois par semaine à la brigade de gendarmerie de Tournon-sur-Rhône ;

2°) d'enjoindre à la préfète de l'Ardèche de mettre fin à toute mesure de contrôle, de lui restituer ses documents justificatifs d'identité, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans le délai de huit jours jusqu'au réexamen de son droit au séjour et de lui délivrer une carte de séjour temporaire pluriannuelle portant la mention " vie privée et familiale " dans le délai de deux mois, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 300 euros hors taxe assortie des intérêts au taux légal en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Il soutient que :

- le refus de lui délivrer un titre de séjour a été pris à l'issue d'une procédure irrégulière au regard des articles L. 425-9 et R. 425-11 à R. 425-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entaché d'une erreur de droit dès lors que la préfète s'est estimée tenue par l'avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ;

- la décision lui refusant un titre de séjour méconnaît l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- l'illégalité du refus de titre qui lui est opposé entache d'illégalité l'obligation qui lui est faite de quitter le territoire français ;

- les décisions contestées portent une atteinte disproportionnée à sa vie privée et familiale en méconnaissance de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, portent atteinte à l'intérêt supérieur de son enfant mineur protégé par l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant et résultent d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation ;

- en refusant son admission exceptionnelle au séjour, la préfète a commis une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

La requête a été communiquée à la préfète de l'Ardèche, qui n'a pas produit de mémoire.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 26 juillet 2024.

Vu les décisions attaquées et les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant signée à New York le 26 janvier 1990 ;

- le code civil ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Reniez a été entendu au cours de l'audience publique, à laquelle les parties n'étaient ni présentes, ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. Ressortissant arménien né en 1976, M. B conteste les décisions du 11 juin 2024 par lesquelles la préfète de l'Ardèche a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours, a fixé son pays de renvoi et l'a astreint à remettre son passeport et à se présenter trois fois par semaine à la brigade de gendarmerie de Tournon-sur-Rhône.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an (). / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. / () ".

3. Pour rejeter la demande de titre de séjour présentée par M. B au titre de son état de santé, la préfète de l'Ardèche s'est fondée sur un avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) du 22 mai 2024 selon lequel l'état de santé du requérant pourrait effectivement faire l'objet d'une prise en charge appropriée dans son pays d'origine. Toutefois et alors que le requérant soutient qu'il n'est pas justifié de la régularité des conditions dans lesquelles cet avis a été rendu au regard des exigences des articles R. 425-11 à R. 425-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile relatives aux questions auxquelles le collège des médecins de l'OFII doit répondre ou à la composition de ce collège, la préfète de l'Ardèche, en dépit de la demande que le tribunal lui a adressée en ce sens, n'a pas produit cet avis et les éléments susceptible d'établir la régularité de la procédure suivie. Dans ces conditions, le moyen tiré du vice de procédure entachant la décision portant refus de titre de séjour en litige doit être accueilli.

4. Il résulte de ce qui précède que M. B est fondé à demander l'annulation de la décision du 11 juin 2024 lui refusant un titre de séjour ainsi que, par voie de conséquence, des décisions du même jour par lesquelles la préfète de l'Ardèche lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours, a fixé son pays de renvoi et l'a astreint à remettre son passeport et à se présenter trois fois par semaine à la brigade de gendarmerie de Tournon-sur-Rhône.

Sur les conclusions à fin d'injonction sous astreinte :

5. Compte tenu des motifs qui fondent l'annulation des décisions attaquées, l'exécution du présent jugement implique seulement qu'il soit procédé au réexamen de la demande de titre de séjour et de la situation de M. B et que les documents qu'il a dû remettre à l'autorité administrative lui soient restitués. Il y a lieu, par suite, d'enjoindre à la préfète de l'Ardèche de procéder à cette restitution et de statuer sur la situation du requérant dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et de lui délivrer dans l'attente et sans délai une autorisation provisoire de séjour. Il n'y a en revanche pas lieu d'assortir cette injonction de l'astreinte qui est demandée.

Sur les frais liés au litige :

6. Dans les circonstances de l'espèce et en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme totale de 1 000 euros à Me Guerault, sous réserve de la renonciation de celui-ci à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat à la mission d'aide juridictionnelle.

D E C I D E :

Article 1er : Les décisions de la préfète de l'Ardèche du 11 juin 2024 sont annulées.

Article 2 : Il est enjoint à la préfète de l'Ardèche de procéder au réexamen de la situation et de la demande de titre de séjour de M. B dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et, dans l'attente, de munir celui-ci sans délai d'une autorisation provisoire de séjour.

Article 3 : Il est enjoint à la préfète de l'Ardèche de restituer sans délai à M. B son passeport ou tout document d'identité qu'il lui aurait remis.

Article 4 : L'Etat versera à Me Guerault la somme de 1 000 euros au titre des frais liés au litige, sous réserve de sa renonciation à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat à la mission d'aide juridictionnelle.

Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Me Guerault et à la préfète de l'Ardèche.

Délibéré après l'audience du 24 octobre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Gille, président,

Mme Lacroix, première conseillère,

Mme Reniez, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 décembre 2024.

La rapporteure,Le président,

E. ReniezA. Gille

La greffière,

K. Schult

La République mande et ordonne au préfet de l'Ardèche en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier