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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2407011

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2407011

vendredi 2 août 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2407011
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Avocat requérantFIRMIN

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Lyon, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a rejeté la demande de la préfète de l'Ain visant à expulser une famille avec trois enfants d'un logement d'hébergement d'urgence géré par l'association Tremplin. Le juge a considéré que, malgré la compétence de la juridiction administrative pour assurer la continuité du service public d'hébergement d'urgence, l'expulsion sollicitée porterait une atteinte disproportionnée à l'intérêt supérieur des enfants et au droit au respect de la vie privée et familiale, en l'absence de solution de relogement proposée. La décision s'appuie notamment sur l'article L. 345-2-2 du code de l'action sociale et des familles, qui garantit l'accès à l'hébergement d'urgence pour toute personne en détresse.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 16 juillet et 1er août 2024, la préfète de l'Ain demande au juge des référés du tribunal d'ordonner, sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, l'expulsion sans délai de M. H et Mme F D du logement qu'ils occupent avec leur trois enfants au B d'hébergement hivernal A situé 27 rue du Docteur A à Bourg-en-Bresse et géré par l'association Tremplin et de l'autoriser à recourir à la force publique en l'absence de départ volontaire dans un délai de cinq jours.

Elle soutient que :

- la juridiction administrative est compétente pour connaître de la requête ;

- le refus de M. E et de Mme G de libérer le logement qu'ils occupent porte atteinte au fonctionnement normal et à la continuité du service public de l'hébergement d'urgence ;

- la situation des intéressés ne revêt aucune circonstance exceptionnelle.

Par un mémoire en défense, enregistré le 31 juillet 2024, M. H et Mme F D, représentés par Me Firmin, avocat, concluent :

1°) à ce qu'ils soient admis à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) à titre principal, au rejet de la requête ;

3°) à titre subsidiaire, à ce qu'il leur soit accordé un délai de six mois pour libérer les lieux ;

4°) à ce que soit mise à la charge de l'État au profit de leur conseil la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Ils font valoir que :

- la juridiction administrative est incompétente pour connaître de cette requête ;

- la requête n'est pas fondée, dès lors que l'expulsion sollicitée porte atteinte une atteinte disproportionnée à l'intérêt supérieur de leurs enfants, au droit de leur famille au logement et à l'hébergement, à leur droit au respect de la vie privée et familiale, au respect de la dignité humaine, au droit à la protection contre les traitements inhumains et dégradants, au droit à un recours effectif et au droit à l'éducation de ses enfants ;

- l'urgence n'est pas démontrée ; aucune solution ne leur a été proposée pour les mettre à l'abri ;

- un délai de six mois leur est nécessaire pour quitter les lieux compte tenu de l'absence de proposition de solutions d'hébergements et de la durée des procédures qu'ils ont engagées.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'action sociale et des familles ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendue au cours de l'audience publique du 1er août 2024 à 15 h 30 :

- Me Firmin, avocate, pour M. E et Mme C D, qui a rappelé les termes de leur mémoire en défense.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative. " Saisi sur le fondement de ces dispositions d'une demande qui n'est manifestement pas insusceptible de se rattacher à un litige relevant de sa compétence, le juge des référés peut prescrire toutes mesures que l'urgence justifie à la condition que ces mesures soient utiles et ne se heurtent à aucune contestation sérieuse.

2. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 345-2-2 du code de l'action sociale et des familles : " Toute personne sans abri en situation de détresse médicale, psychique ou sociale a accès, à tout moment, à un dispositif d'hébergement d'urgence. "

3. Si la juridiction administrative est compétente pour statuer sur les demandes tendant à l'expulsion des occupants sans titre des dépendances du domaine public, elle peut l'être également, même dans le cas où les locaux occupés ne peuvent être regardés comme une dépendance du domaine public, si l'expulsion demandée par une personne publique responsable d'un service public administratif vise à assurer le fonctionnement normal et la continuité de ce service public administratif.

4. Il résulte de l'instruction que l'association Tremplin est liée à l'État par une convention au terme de laquelle elle participe à l'aide sociale et, compte tenu de son fonctionnement de son financement, destine les logements dont elle dispose au service public administratif d'hébergement d'urgence. Alors même que le logement en cause de l'association Tremplin mis à disposition dans le cadre de l'hébergement d'urgence ne peut être regardé comme une dépendance du domaine public, la présente requête de la préfète de l'Ain tendant à l'expulsion d'occupants de ce logement vise à assurer le fonctionnement normal et la continuité du service public administratif d'hébergement d'urgence dont l'État a la charge. Par suite, la juridiction administrative est compétente pour connaître de cette requête.

5. Il est constant que le département de l'Ain dispose d'un nombre de places en lieux d'accueil insuffisant pour accueillir les personnes pouvant avoir accès à un dispositif d'hébergement d'urgence en application des dispositions précitées du premier alinéa de l'article L. 345-2-2 du code de l'action sociale et des familles. La préfète de l'Ain soutient que M. E et Mme C D et leurs enfants ne se trouvent pas en situation de détresse médicale, psychique ou sociale, au sens des mêmes dispositions, justifiant leur maintien dans un dispositif d'hébergement d'urgence. Si les défendeurs font valoir la présence avec eux de leurs trois enfants mineurs, rien ne permet de dire qu'à titre exceptionnel, le maintien en centre d'hébergement des intéressés serait justifié, M. E et Mme C D ne justifiant d'aucune circonstance particulière liée à l'intérêt supérieur de leurs enfants, au droit de leur famille au logement et à l'hébergement, à leur droit au respect de la vie privée et familiale, au respect de la dignité humaine, au droit à la protection contre les traitements inhumains et dégradants, au droit à un recours effectif et au droit à l'éducation de leurs enfants qui ferait obstacle à la mesure d'expulsion demandée. Dès lors, cette mesure, qui ne se heurte à aucune contestation sérieuse, présente un caractère d'utilité. Eu égard à la situation de saturation du système d'hébergement d'urgence, la mesure d'expulsion sollicitée présente un caractère d'urgence.

6. Toutefois, compte tenu de la présence de jeunes enfants et de l'absence de solution immédiate de relogement, il y a lieu d'enjoindre à M. E et Mme C D de quitter le logement qu'ils occupent au sein du B d'hébergement hivernal A situé 27 rue du Docteur A à Bourg-en-Bresse dans un délai d'un mois à compter de la notification de la présente ordonnance.

7. En l'absence de départ volontaire à l'expiration de ce délai, il y a lieu d'autoriser la préfète de l'Ain à faire procéder d'office à l'expulsion des intéressés, au besoin avec le concours de la force publique.

8. Aux termes de l'article 20 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président. / () ".

9. Eu égard aux circonstances de l'espèce, il y a lieu de prononcer, en application des dispositions précitées, l'admission provisoire de M. H et de Mme F D au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique font obstacle à ce que l'État, qui n'a pas la qualité de partie perdante, verse à M. H et à Mme F D une somme que ceux-ci réclament au titre des frais exposés par eux et non compris dans les dépens.

ORDONNE :

Article 1er : Il est enjoint à M. H et à Mme F D de libérer, dans un délai d'un mois à compter de la notification de la présente ordonnance, le logement qu'ils occupent avec leurs enfants au B d'hébergement hivernal A situé 27 rue du Docteur A à Bourg-en-Bresse et géré par l'association Tremplin. La préfète de l'Ain est autorisée, à l'expiration de ce délai, à faire procéder d'office à l'expulsion des intéressés, au besoin avec le concours de la force publique.

Article 2 : M. H et Mme F D sont admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 3 : Le surplus des conclusions de M. H et de Mme F D est rejeté.

Article 4 : La présente ordonnance sera à notifiée au ministre de l'intérieur et des outre-mer, à M. H et à Mme F D.

Copie en sera adressée à la préfète de l'Ain.

Fait à Lyon, le 2 août 2024.

Le juge des référés,

H. Drouet

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Une greffière,

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