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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2407021

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2407021

mercredi 7 août 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2407021
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Avocat requérantDEME

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Lyon, statuant en référé, a examiné la demande de suspension de la décision du 6 juin 2024 par laquelle la préfète du Rhône a refusé de délivrer un titre de séjour à Mme B, ressortissante congolaise. Le juge a admis l'urgence, présumée en raison du refus de renouvellement d'un titre de séjour, et a relevé un doute sérieux sur la légalité de la décision, la demande d'autorisation de travail étant en cours d'instruction à la date du refus, en méconnaissance de l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. En conséquence, il a ordonné la suspension de l'exécution de la décision de refus de titre de séjour et enjoint à la préfète de délivrer une autorisation provisoire de séjour à Mme B.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 16 juillet 2024, et un mémoire complémentaire enregistré le 6 août 2024, Mme C B, représentée par Me Deme, demande au juge des référés, dans le dernier état de ses écritures :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de la décision du 6 juin 2024 de la préfète du Rhône refusant de lui délivrer un titre de séjour, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de cette décision ;

3°) d'enjoindre à la préfète du Rhône de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai d'une semaine à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir sous astreinte de 300 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros en application combinée des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à charge pour ce dernier de renoncer au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Elle soutient que :

- la condition d'urgence doit être présumée ; en outre, elle est dans l'impossibilité de travailler et son employeur est susceptible de mettre fin à son contrat de travail ;

- sont propres à créer un doute sérieux quant à la légalité des décisions litigieuses, les moyens suivants :

* la décision portant refus de sa demande de titre de séjour est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;

* la décision portant refus de sa demande de titre de séjour méconnaît les dispositions de l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors que l'instruction de sa demande d'autorisation de travail était encore en cours à la date de la décision.

Par un mémoire en défense, enregistré le 5 août 2024, la préfète du Rhône conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé, dès lors notamment que Mme. B n'avait déposé aucune demande d'autorisation de travail au soutien de sa demande de titre de séjour, et qu'elle n'a pas correctement informé les services préfectoraux du dépôt, le 28 mai 2024, d'une demande d'autorisation de travail.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête enregistrée le 26 juin 2024 sous le n° 2406288 par laquelle Mme B demande l'annulation de la décision litigieuse.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991, modifiée, relative à l'aide juridique, ensemble le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. A pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique tenue en présence de Mme Lecas, greffière d'audience, M. A a lu son rapport et entendu Me Deme, avocat de Mme B, qui a repris ses conclusions et moyens.

La clôture de l'instruction a été fixée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président ". Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu d'admettre Mme B, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. () ".

3. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande de suspension d'une décision refusant la délivrance d'un titre de séjour, d'apprécier si la condition d'urgence est remplie compte tenu de l'incidence immédiate du refus de titre de séjour sur la situation concrète de l'intéressé. Cette condition d'urgence est en principe satisfaite dans le cas d'un refus de renouvellement ou d'un retrait du titre de séjour. Dans les autres cas, il appartient au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui de bénéficier à très bref délai d'une mesure provisoire dans l'attente d'une décision juridictionnelle statuant sur la légalité de la décision litigieuse.

4. Il résulte de l'instruction que Mme B, ressortissante de la République Démocratique du Congo née en 1993 bénéficiait d'une carte de séjour mention salarié valable jusqu'au 20 juin 2023 dont elle demandé le renouvellement. Le 27 mai 2024, a été déposée en sa faveur une demande d'autorisation de travail au sein d'une entreprise de restauration, à laquelle il a été fait droit par décision du 11 juillet 2024. Par décisions du 6 juin 2024, la préfète du Rhône a refusé de lui délivrer un titre de séjour et lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours. Mme B demande la suspension de l'exécution de la décision de refus de séjour.

5. D'une part, il résulte de l'instruction que Mme B a bénéficié d'un titre de séjour portant la mention " salarié " valable jusqu'au 20 juin 2023 dont elle a demandé le renouvellement en avril 2023. Elle se prévaut de la présomption d'urgence constatée dans le cas d'un refus de renouvellement de titre de séjour. Cette présomption n'étant pas contestée en défense, la condition d'urgence doit être regardée comme remplie.

6. D'autre part, en l'état de l'instruction, et alors que la demande d'autorisation de travail déposée en faveur de la requérante était en en cours d'instruction à la date du refus en litige, le moyen tiré de ce que la décision du 6 juin 2024 portant refus de titre de séjour méconnaît les dispositions de l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile est de nature à faire naître un doute sérieux quant à sa légalité.

7. Il résulte de ce qui précède que Mme B est fondée à demander la suspension de l'exécution de la décision du 6 juin 2024 portant refus de titre de séjour jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur sa légalité.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

8. Eu égard aux motifs de la présente ordonnance et dans l'attente du jugement de l'instance au fond, il y a lieu d'enjoindre à la préfète du Rhône de réexaminer la situation de Mme B dans le délai d'un mois à compter de la notification de la présente ordonnance et, dans cette attente et dans le délai de huit jours, de la munir d'une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, sans qu'il soit nécessaire d'assortir cette injonction de l'astreinte demandée.

Sur les frais liés au litige :

9. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions de la requérante tendant à l'application, au profit de son conseil, des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

O R D O N N E :

Article 1er : Mme B est admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : L'exécution de la décision du 6 juin 2024 de la préfète du Rhône portant refus de titre de séjour est suspendue jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de la décision.

Article 3 : Il est enjoint à la préfète du Rhône de procéder au réexamen de la situation de Mme B, dans un délai d'un mois à compter de de la notification de la présente ordonnance et, dans l'attente, de la munir, dans un délai de huit jours, d'une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme B est rejeté.

Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme C B, au ministre de l'intérieur et des outre-mer et à la préfète du Rhône.

Fait à Lyon, le 7 août 2024.

Le juge des référés,

T. A

La greffière,

S. LecasLa République mande et ordonne à la préfète du Rhône en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

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