mercredi 24 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2407039 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | ELOIGNEMENT |
| Avocat requérant | LEBEAUX |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés les 17 juillet 2024 et 22 juillet 2024, M. B A, représenté par Me Lefevre, demande au tribunal :
1°) d'annuler les arrêtés du 17 juillet 2024 par lesquels la préfète du Rhône a décidé son transfert aux autorités allemandes et l'a assigné à résidence dans ce département ;
2°) d'enjoindre à la préfète du Rhône d'enregistrer sa demande d'asile dans un délai de quinze jours ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans le même délai ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement, à son conseil, d'une somme de 1 000 euros en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, à charge pour ce dernier de renoncer au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Il soutient que :
- l'arrêté de transfert en litige est insuffisamment motivé et est entaché d'un défaut d'examen sérieux ;
- l'arrêté de transfert contesté a été pris au terme d'une procédure irrégulière, dès lors qu'il n'a pas fait l'objet d'un entretien individuel par une personne qualifiée et dans des conditions garantissant la confidentialité des échanges, comme le prévoient les dispositions de l'article 5 du règlement européen du 26 juin 2013 ;
- l'arrêté de transfert attaqué est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article 17 du règlement européen du 26 juin 2013 ;
- l'arrêté d'assignation à résidence en litige est illégal du fait de l'illégalité de l'arrêté de transfert ;
- l'arrêté d'assignation à résidence contesté est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense enregistré le 22 juillet 2024, la préfète du Rhône conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
La présidente du tribunal a désigné Mme de Mecquenem pour statuer sur les litiges relatifs aux décisions portant mesure d'éloignement ou remise des ressortissants étrangers en application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus, au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme de Mecquenem ;
- les observations de Me Lefevre, avocate, pour M. A, qui conclut aux mêmes fins que la requête, par les mêmes moyens, sollicite l'aide juridictionnelle à titre provisoire, et indique que le requérant, qui souffre de crises de panique et d'anxiété, est vulnérable, et qu'il craint que les nouveaux éléments qu'il a à présenter à l'appui de sa demande d'asile ne soient pas pris en compte en Allemagne, où il a fait l'objet d'une mesure d'éloignement, laquelle n'est d'ailleurs pas mentionnée dans l'arrêté de transfert, ce qui traduit un défaut d'examen ;
- et les observations de M. A, requérant, assisté de M. C, interprète en langue anglaise.
La préfète du Rhône, régulièrement convoquée, n'était ni présente ni représentée.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Ressortissant nigérian né en 2001, M. A demande au tribunal d'annuler les arrêtés du 17 juillet 2024 par lesquels la préfète du Rhône a décidé son transfert aux autorités allemandes et l'a assigné à résidence dans ce département.
Sur la demande d'admission à l'aide juridictionnelle :
2. En raison de l'urgence, il y a lieu d'admettre M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire, sur le fondement de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne l'arrêté de transfert :
3. L'arrêté de transfert en litige comporte l'exposé des considérations de droit et de fait qui le fondent et, en particulier, celles qui ont permis de déterminer l'Etat responsable de l'examen de la demande d'asile de l'intéressé. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.
4. Il ressort des termes de l'arrêté de transfert contesté que la préfète du Rhône a procédé à un examen de la situation personnelle de M. A. Si, ainsi qu'il a été soutenu à l'audience, l'obligation de quitter le territoire allemand dont l'intéressé a fait l'objet n'est pas mentionnée dans l'arrêté en litige, il ne ressort toutefois pas des pièces du dossier que la préfète aurait eu connaissance de cette mesure d'éloignement avant d'édicter son arrêté. Par suite, le moyen tiré du défaut d'examen dont serait entaché cet arrêté doit être écarté.
5. Aux termes de l'article 5 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 visé ci-dessus : " 1. Afin de faciliter le processus de détermination de l'État membre responsable, l'État membre procédant à cette détermination mène un entretien individuel avec le demandeur. Cet entretien permet également de veiller à ce que le demandeur comprenne correctement les informations qui lui sont fournies conformément à l'article 4. / () 4. L'entretien individuel est mené dans une langue que le demandeur comprend ou dont on peut raisonnablement supposer qu'il la comprend et dans laquelle il est capable de communiquer. Si nécessaire, les États membres ont recours à un interprète capable d'assurer une bonne communication entre le demandeur et la personne qui mène l'entretien individuel. / 5. L'entretien individuel a lieu dans des conditions garantissant dûment la confidentialité. Il est mené par une personne qualifiée en vertu du droit national. / 6. L'État membre qui mène l'entretien individuel rédige un résumé qui contient au moins les principales informations fournies par le demandeur lors de l'entretien. Ce résumé peut prendre la forme d'un rapport ou d'un formulaire type. L'État membre veille à ce que le demandeur et/ou le conseil juridique ou un autre conseiller qui représente le demandeur ait accès en temps utile au résumé ".
6. S'il ne résulte ni de l'article 5 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 ni d'aucun principe que devrait figurer sur le compte-rendu de l'entretien individuel la mention de l'identité de l'agent qui a mené l'entretien, il appartient à l'autorité administrative, en cas de contestation sur ce point, d'établir par tous moyens que l'entretien a bien, en application des dispositions en cause, été " mené par une personne qualifiée en vertu du droit national ".
7. Il ressort des pièces du dossier que M. A a bénéficié d'un entretien individuel au sein des locaux de la préfecture du Rhône le 18 juin 2024. Le résumé de cet entretien, produit en défense, a été signé par l'intéressé. Il comporte notamment la mention selon laquelle l'entretien a été réalisé, avec l'assistance d'un interprète agréé en langue anglaise, par " un agent qualifié de la préfecture du Rhône ", les initiales de cet agent, et le cachet du bureau de l'asile et de l'hébergement de la préfecture. Dans ces conditions, et alors que le requérant ne conteste pas ces éléments, la préfète du Rhône doit être regardée comme apportant la preuve, qui lui incombe en cas de contestation, que l'entretien individuel du 18 juin 2024 a bien été mené par une personne qualifiée en vertu du droit national. Par ailleurs, aucun élément du dossier ne permet de tenir pour établi que cet entretien n'aurait pas été mené dans des conditions en garantissant la confidentialité. Dès lors, le moyen tiré du vice de procédure au regard des dispositions de l'article 5 du règlement européen du 26 juin 2013 doit être écarté dans toutes ses branches.
8. Aux termes de l'article 17 du règlement européen du 26 juin 2013 susvisé : " 1. Par dérogation à l'article 3, paragraphe 1, chaque État membre peut décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le présent règlement. / () ". La faculté laissée, par ces dispositions, à chaque Etat membre de décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans ce règlement, est discrétionnaire et ne constitue nullement un droit pour les demandeurs d'asile.
9. Le requérant fait valoir que les autorités allemandes ont rejeté sa demande d'asile et pris une mesure d'éloignement à son encontre et qu'en cas de transfert vers l'Allemagne, il sera reconduit au Nigéria, où il encourt des risques pour sa vie. Toutefois, il ne ressort d'aucune des pièces du dossier qu'il ne serait pas en mesure de faire valoir, le cas échéant, devant les autorités allemandes, responsables de l'examen de sa demande d'asile et qui ont accepté sa reprise en charge, tout élément nouveau relatif à l'évolution de sa situation personnelle ni que ces autorités, en conséquence de leur acceptation de la reprise en charge de M. A, n'évalueront pas de nouveau les risques auxquels il serait exposé en cas de retour dans son pays d'origine. Par ailleurs, si le requérant, qui déclare être entré en mai 2024 en France, où il n'a pas d'attaches, se prévaut de son état de santé, il ne produit toutefois aucune pièce permettant de justifier d'une situation de vulnérabilité particulière. Dans ces conditions, le moyen tiré de ce que la préfète du Rhône a commis une erreur manifeste d'appréciation en décidant de ne pas faire application de la clause discrétionnaire doit être écarté.
En ce qui concerne l'arrêté d'assignation à résidence :
10. Il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à exciper de l'illégalité de l'arrêté de transfert à l'appui de ses conclusions dirigées contre l'arrêté d'assignation à résidence en litige.
11. Le requérant, qui est domicilié à Lyon et n'a aucune attache en France, où il est entré très récemment, n'apporte aucun élément permettant d'établir que l'arrêté portant assignation à résidence dans le département du Rhône, qui l'oblige à se présenter une fois par semaine à la direction zonale de la police aux frontières à Lyon, serait entaché d'une erreur manifeste d'appréciation. Ce moyen doit, dès lors, être écarté.
12. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. A doivent être rejetées.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
13. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation de la requête, n'implique aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions à fin d'injonction présentées par le requérant doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
14. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, une somme quelconque au titre des frais exposés par le requérant et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : M. A est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : La requête de M. A est rejetée.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à la préfète du Rhône.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 juillet 2024.
La magistrate désignée,
S. de Mecquenem
La greffière,
F. Gaillard
La République mande et ordonne à la préfète du Rhône en ce qui la concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
Un greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026