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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2407070

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2407070

jeudi 7 novembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2407070
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationJU 5ème chambre
Avocat requérantLAWSON BODY

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I) Par une requête et un mémoire, enregistrés respectivement les 17 et 23 juillet 2024, Mme B C, représentée par Me Lawson Body, demande au tribunal :

1°) de l'admettre à l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 24 juin 2024 par lequel le préfet de la Loire lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel elle pourra être reconduite d'office à l'expiration de ce délai et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de six mois ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Loire de réexaminer sa demande dans un délai de deux mois et de lui délivrer dans l'attente une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail sous huit jours et sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros, à verser à son conseil, au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à charge pour ce dernier de renoncer au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Elle soutient que :

- l'arrêté contesté est entaché d'incompétence de son signataire.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 17 octobre 2024, le préfet de la Loire conclut au rejet de la requête.

Il soutient que Mme D et Mme C ont obtenu, le 2 octobre 2024, la reconnaissance de la qualité de réfugié devant la Cour nationale du droit d'asile, et qu'il leur appartient désormais de formuler une demande de titre de séjour en leur qualité de réfugiées.

Par un courrier du tribunal du 21 octobre 2024, les parties ont été informées qu'eu égard au caractère recognitif de la qualité de réfugié, et alors que le préfet aurait dû abroger l'arrêté contesté en application de l'article L. 613-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le tribunal est susceptible de soulever d'office le défaut de base légale de l'arrêté contesté.

II) Par une requête et un mémoire, enregistrés respectivement les 17 et 23 juillet 2024, Mme A D, représentée par Me Lawson Body, demande au tribunal :

1°) de l'admettre à l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 24 juin 2024 par lequel le préfet de la Loire lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel elle pourra être reconduite d'office à l'expiration de ce délai et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de six mois ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Loire de réexaminer sa demande dans un délai de deux mois et de lui délivrer dans l'attente une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail sous huit jours et sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros, à verser à son conseil, au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à charge pour ce dernier de renoncer au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Elle soutient que :

- l'arrêté contesté est entaché d'incompétence de son signataire.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 17 octobre 2024, le préfet de la Loire conclut au rejet de la requête.

Il soutient que Mme D et Mme C ont obtenu, le 2 octobre 2024, la reconnaissance de la qualité de réfugié devant la Cour nationale du droit d'asile et qu'il leur appartient désormais de formuler une demande de titre de séjour en leur qualité de réfugiées.

Par un courrier du tribunal, les parties ont été informées qu'eu égard au caractère recognitif de la qualité de réfugié, et alors que le préfet aurait dû abroger l'arrêté contesté en application de l'article L. 613-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le tribunal est susceptible de soulever d'office le défaut de base légale de l'arrêté contesté.

Mme D et Mme C ont été admises au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par deux décisions du 20 septembre 2024.

La présidente du tribunal a désigné Mme Bour pour statuer sur les litiges relatifs aux décisions portant mesure d'éloignement ou remise des ressortissants étrangers en application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Vu les autres pièces des dossiers ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de Mme Bour, magistrate désignée.

La clôture de l'instruction a été fixée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B C, née le 31 août 1970, et Mme D, née le 8 mai 1971, toutes deux ressortissantes géorgiennes, sont entrées irrégulièrement en France en avril 2023 et ont sollicité l'asile. Leur demande ayant été rejetée par deux décisions de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides du 30 août 2023 et les intéressées provenant d'un pays d'origine sûr, le préfet de la Loire a pris à leur encontre, le 24 juin 2024, les deux arrêtés contestés par lesquels il leur a fait obligation de quitter le territoire français sur le fondement du 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors en vigueur, dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel elles pourraient être reconduites d'office à l'expiration de ce délai et leur a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de six mois.

Sur la jonction :

2. Les recours de Mme C et Mme D, qui composent un couple comme il a été reconnu par une décision postérieure de la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) du 2 octobre 2024, présentent des questions similaires à juger et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour qu'il y soit statué par un unique jugement.

Sur la demande d'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :

3. Par deux décisions du bureau d'aide juridictionnelle du 20 septembre 2024, Mmes C et D ont obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, il n'y a plus lieu de statuer sur leur demande d'aide juridictionnelle provisoire.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

4. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2 () ". Aux termes de l'article L. 613-6 du même code : " Lorsque la qualité de réfugié ou d'apatride est reconnue () à un étranger ayant antérieurement fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, l'autorité administrative abroge cette décision. Elle délivre au réfugié la carte de résident prévue à l'article L. 424-1 () ".

5. Eu égard au caractère recognitif de la qualité de réfugié, et alors qu'il ressort des pièces des dossiers que la CNDA a reconnu cette qualité à Mmes C et D par ses décisions liées du 2 octobre 2024, les mesures d'éloignement prononcées à leur encontre se trouvent rétroactivement dépourvues de toute base légale. Par suite, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de leurs requêtes, les requérantes sont fondées à en demander l'annulation, ainsi que, par voie de conséquence, les décisions fixant le pays de destination et leur faisant interdiction de retour sur le territoire français qui se fondent sur ces mesures d'éloignement illégales.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

6. Le présent jugement n'implique, en lui-même, aucune mesure d'exécution, alors que le préfet de la Loire est par ailleurs tenu de prendre les mesures qui s'imposent suite à la reconnaissance de la qualité de réfugié de Mmes C et D par la CNDA. Les conclusions à fin d'injonction doivent, par conséquent, être rejetées.

Sur les conclusions relatives aux frais de l'instance :

7. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat les sommes que Mmes D et C demandent au bénéfice de leur conseil au titre des frais de l'instance.

.

D E C I D E :

Article 1er : Les décisions du préfet de la Loire du 24 juin 2024 sont annulées.

Article 2 : Le surplus des conclusions des requêtes est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B C, à Mme A D, à Me Lawson Body et au préfet de la Loire.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 novembre 2024.

La magistrate désignée,

A-S. BourLa greffière,

C. Touja

La République mande et ordonne au préfet de la Loire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

N°s 2407070 - 2407071

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