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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2407080

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2407080

mercredi 16 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2407080
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5ème chambre
Avocat requérantDEME

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 17 juillet et 2 août 2024, M. A B, représenté par Me Deme, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler l'arrêté du 18 juin 2024, par lequel la préfète de l'Ain a refusé de l'admettre au séjour, a assorti ce refus d'une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de renvoi et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de douze mois ;

2°) d'enjoindre à la préfète de l'Ain de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, ou à tout le moins de procéder au réexamen de sa situation et, dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à exercer un emploi ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 800 euros à lui verser au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

En ce qui concerne la décision portant refus d'admission au séjour :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation individuelle au regard de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est illégale en conséquence de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- elle est illégale en conséquence de l'illégalité du refus de titre de séjour et de l'obligation de quitter le territoire français ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen personnalisé de sa situation ;

- elle est prise pour une durée disproportionnée.

Par un mémoire en défense enregistré le 27 septembre 2024, la préfète de l'Ain conclut au rejet de la requête. Elle soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu la décision attaquée et les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique, le rapport de Mme Bour, présidente.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ressortissant kosovare né le 26 novembre 1995, est entré irrégulièrement sur le territoire français le 15 octobre 2019, selon ses déclarations. Sa demande d'asile a été définitivement rejetée le 7 septembre 2022 par la Cour nationale du droit d'asile. Entretemps, par un arrêté du 12 août 2020, le préfet du Rhône lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a désigné le pays de renvoi. S'étant toutefois maintenu sur le territoire français, il a sollicité le 2 février 2024 son admission exceptionnelle au séjour, sur le fondement des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par l'arrêté contesté du 18 juin 2024, la préfète de l'Ain a refusé de lui délivrer le titre de séjour sollicité, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être reconduit d'office et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de douze mois.

Sur les conclusions en annulation et injonction :

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :

2. En premier lieu la décision attaquée vise les textes utiles sur lesquels il se fonde, notamment les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, et mentionne les principaux éléments de fait relatifs à la situation personnelle de M. B, notamment sa durée de présence en France, son maintien en situation irrégulière malgré une précédente mesure d'éloignement, la présentation d'un contrat de travail à durée indéterminée daté du 3 mars 2023 dans le secteur du photovoltaïque et l'absence de qualification particulière pour occuper un tel emploi, la situation irrégulière des autres membres de sa famille en France et l'absence d'impossibilité de poursuivre sa vie privée et familiale au Kosovo. Elle est par suite suffisamment motivée, en droit comme en fait. Le moyen tiré du défaut de motivation doit par conséquent être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. ". M. B soutient que la préfète de l'Ain a entaché sa décision d'un défaut d'examen particulier de sa situation au regard des possibilités d'admission exceptionnelle au séjour par le travail, en faisant valoir qu'il produit de nombreux bulletins de salaire justifiant d'une activité professionnelle de plus de douze mois consécutifs sous couvert d'un contrat à durée indéterminée et qu'il est présent depuis plus de cinq ans sur le territoire français. Toutefois, il ressort des pièces du dossier qu'il s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire français malgré une précédente mesure d'éloignement prononcée à son encontre en 2020, qu'il a ainsi travaillé sciemment en situation irrégulière, et qu'il ne soutient, ni que le métier de poseur de panneaux photovoltaïques qu'il exerce présenterait des caractéristiques particulières, ni qu'il justifierait de qualifications particulières pour exercer cet emploi. Il ne fait ainsi valoir aucun motif exceptionnel qui justifierait son admission exceptionnelle au séjour au titre de l'emploi, la présence en France depuis plus de cinq ans ne constituant pas non plus une circonstance humanitaire ou un motif exceptionnel à ce titre. Par suite, le moyen tiré du défaut d'examen au regard des dispositions de l'article L. 435-1 précité doit être écarté.

4. En dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. (). ". Il ressort des pièces du dossier que M. B est entré irrégulièrement sur le territoire français en 2019 à l'âge de vingt-trois ans, et s'y est maintenu depuis lors en situation irrégulière, malgré une précédente mesure d'éloignement prononcée à son encontre en 2020, qu'il est célibataire et sans enfant, et que les membres de sa famille présents en France sont également en situation irrégulière. S'il fait valoir ses perspectives d'intégration professionnelle, à travers l'exercice d'un emploi à durée indéterminée de poseur de panneaux photovoltaïques depuis mars 2023, et se prévaut du soutien de son employeur en vue de la régularisation de sa situation administrative, ces seuls éléments ne suffisent pas à démontrer qu'il y aurait développé des liens sociaux d'une intensité telle que la décision contestée porterait atteinte à son droit au respect de sa vie privée et familiale. Les moyens tirés de la violation des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent par conséquent être écartés.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

5. En premier lieu, M. B n'ayant pas démontré l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour prise à son encontre, le moyen tiré de cette illégalité et soutenu, par la voie de l'exception, à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être écarté.

6. En second lieu, en l'absence de tout élément particulier invoqué, les moyens tirés de la violation des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 4.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

7. En premier lieu, M. B n'ayant pas démontré l'illégalité des décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français prises à son encontre, le moyen tiré de ces illégalités et soutenu, par la voie de l'exception, à l'encontre de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français doit être écarté.

8. En second lieu, aux termes de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder deux ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ", et aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 (). ".

9. Il incombe ainsi à l'autorité compétente qui prend une décision d'interdiction de retour d'indiquer dans quel cas susceptible de justifier une telle mesure se trouve l'étranger. Elle doit par ailleurs faire état des éléments de la situation de l'intéressé au vu desquels elle a arrêté, dans son principe et dans sa durée, sa décision, eu égard notamment à la durée de la présence de l'étranger sur le territoire français, à la nature et à l'ancienneté de ses liens avec la France et, le cas échéant, aux précédentes mesures d'éloignement dont il a fait l'objet.

10. D'une part, et comme il a été dit aux points précédents, il ressort des pièces du dossier que M. B n'est présent que depuis cinq ans sur le territoire français, sur lequel il s'est maintenu en situation irrégulière en dépit d'une précédente mesure d'éloignement, qu'il a vécu l'essentiel de sa vie au Kosovo, qu'il est célibataire et sans enfants et qu'il ne fait valoir aucune circonstance humanitaire particulière ni ne soutient qu'il serait dans d'impossibilité de reconstituer sa vie privée et familiale au Kosovo, alors que les membres de sa famille présents en France sont également en situation irrégulière. Par suite, la décision attaquée visant les dispositions précitées ainsi que les éléments précités relatifs à la situation personnelle du requérant, le moyen tiré du défaut d'examen doit être écarté.

11. D'autre part, et pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point précédent, alors même que M. B fait valoir qu'il bénéficie du soutien de son employeur dans les démarches visant à sa régularisation, la préfète de l'Ain n'a pas commis d'erreur d'appréciation en fixant à un an la durée de l'interdiction de retour sur le territoire français qu'elle a prononcée à son encontre, qui ne présente pas de caractère disproportionné.

12. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la requête doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions aux fins d'injonction.

Sur les frais liés au litige :

13. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas partie perdante dans la présente instance, la somme que M. B demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à la préfète de l'Ain.

Délibéré après l'audience du 1er octobre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Bour, présidente,

Mme Jorda, conseillère,

Mme Le Roux, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 16 octobre 2024.

La présidente-rapporteure,

A-S. BourL'assesseure la plus ancienne,

V. Jorda

La greffière,

C. Touja

La République mande et ordonne à la préfète de l'Ain en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

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