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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2407083

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2407083

mercredi 30 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2407083
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5ème chambre
Avocat requérantSAIDI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 17 juillet 2024, M. B A, représenté par Me Saïdi, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler la décision du 25 juin 2024 par laquelle la préfète du Rhône a rejeté sa demande de délivrance d'un titre de séjour, a assorti ce refus d'une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi ;

3°) d'enjoindre à la préfète du Rhône de procéder au réexamen de sa situation, dans le délai de deux mois à compter de la date de notification du jugement et sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros, à verser à son conseil, au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- l'arrêté contesté est entaché d'incompétence ;

- la préfète a commis une erreur de fait en estimant qu'il ne justifiait pas du caractère réel et sérieux de ses études en France ;

- la préfète a méconnu les dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- les décisions contestées portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français méconnaissent les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision fixant le pays de renvoi est illégale par exception d'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français sur laquelle elle se fonde.

Par un mémoire en défense, enregistré le 11 octobre 2024, la préfète du Rhône conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

La demande d'aide juridictionnelle de M. A a été rejetée par une décision du bureau d'aide juridictionnelle du 4 octobre 2024.

Vu la décision attaquée et les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Bour, présidente ;

- et les observations de M. A, requérant.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant chinois né le 2 janvier 1999, est entré sur le territoire français le 18 février 2019 sous couvert d'un passeport revêtu d'un visa de long séjour portant la mention " étudiant " et a bénéficié d'un titre de séjour valable jusqu'au 30 novembre 2023. Il en a sollicité le renouvellement le 29 septembre 2023 et demande l'annulation de la décision du 25 juin 2024 par laquelle la préfète du Rhône a rejeté sa demande, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être reconduit d'office.

Sur les conclusions tendant à l'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :

2. La demande d'aide juridictionnelle formulée par M. A ayant été rejetée par une décision du bureau d'aide juridictionnelle du 4 octobre 2024, les conclusions tendant à l'admission de M. A à l'aide juridictionnelle provisoire ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les conclusions en annulation :

3. Aux termes de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui établit qu'il suit en France un enseignement ou qu'il y fait des études et qui justifie disposer de moyens d'existence suffisants se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " d'une durée inférieure ou égale à un an () ". Pour l'application de ces dispositions, il appartient à l'administration, saisie d'une demande de renouvellement d'un titre de séjour présentée en qualité d'étudiant, d'apprécier, sous le contrôle du juge, la réalité et le sérieux des études poursuivies. Le renouvellement du titre suppose que les études soient suffisamment sérieuses pour qu'elles puissent être regardées comme constituant l'objet principal du séjour, établissant une progression significative dans leur poursuite et leur caractère cohérent.

4. Pour refuser à M. A le renouvellement de son titre de séjour en qualité d'étudiant, la préfète du Rhône s'est fondée sur le constat que le requérant, inscrit en première année de Bachelor in business au titre de l'année 2020-2021, ne justifiait pas l'avoir réussie et qu'il avait, par la suite, échoué à trois reprises à valider sa deuxième année de licence " administration économique et sociale " vers laquelle il s'était réorienté pour les années universitaires 2021-2022, 2022-2023 et 2023-2024, ne justifiant à la date de la décision attaquée que d'un seul semestre validé après deux redoublements.

5. Il ressort toutefois des pièces du dossier, et contrairement à ce qu'a mentionné la préfète dans la décision contestée, que M. A a validé son année de Bachelor in business au titre de l'année scolaire 2020-2021, comme il ressort du bulletin de notes qu'il produit. Son inscription en deuxième année de licence, même après réorientation vers la filière " administration économique et sociale ", constituait donc bien une progression dans ses études. S'il a mis trois années à valider cette année de licence, il ressort des relevés de notes qu'il produit qu'il a totalement échoué la première année, a validé un semestre au terme de la deuxième année et a persévéré jusqu'à valider le deuxième semestre en juillet 2024. Si cette réussite n'a été connue qu'un mois après l'édiction de la décision contestée, ses relevés de notes à la date de la décision attaquée indiquaient qu'il était présent aux cours et aux examens et qu'il progressait, certes lentement, mais suffisamment pour pouvoir espérer cette réussite. Dans ces conditions, M. A est fondé à soutenir que la préfète a entaché sa décision d'une erreur de fait sur la validation de son année universitaire 2020-2021 et d'une erreur d'appréciation sur la réalité et la progression significative, bien que lente, de ses études sur les années universitaires suivantes, en méconnaissance des dispositions de l'article L. 422-1 précitées.

6. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de statuer sur les autres moyens de la requête, que M. A est fondé à demander l'annulation de la décision par laquelle la préfète du Rhône lui a refusé le renouvellement de son titre de séjour " étudiant " ainsi que, par voie de conséquence, l'annulation de l'obligation de quitter le territoire français et de la décision fixant le pays de destination qui l'accompagnent.

Sur les conclusions en injonction :

7. Le présent jugement, qui annule le refus de titre de séjour portant la mention " étudiant " pour un motif de légalité interne, implique nécessairement que le préfet réexamine la demande de M. A au regard de sa situation actuelle, dans un délai de deux mois suivant la notification du présent jugement. En revanche, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction de l'astreinte sollicitée.

Sur les frais de l'instance :

8. Il ressort des pièces du dossier que le bénéfice de l'aide juridictionnelle a été refusé à M. A. Son avocat ne peut donc se prévaloir des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Alors que le requérant ne demande le versement des frais de l'instance qu'à son conseil au titre de ces dispositions, et non à son propre bénéfice, ses conclusions en ce sens ne peuvent qu'être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté de la préfète du Rhône du 25 juin 2024 est annulé.

Article 2 : Il est enjoint à la préfète du Rhône de réexaminer la demande de M. A dans un délai de deux mois suivant la notification du présent jugement.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à la préfète du Rhône.

Délibéré après l'audience du 16 octobre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Bour, présidente,

Mme Jorda, conseillère,

Mme Le Roux, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 octobre 2024.

La présidente-rapporteure,

A-S. BourL'assesseure la plus ancienne,

V. Jorda

La greffière,

C. Touja

La République mande et ordonne à la préfète du Rhône en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

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