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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2407086

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2407086

mercredi 30 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2407086
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5ème chambre
Avocat requérantLEGRAND-CASTELLON

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 17 juillet 2024, M. D C, représenté par Me Legrand-Castellon, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 14 juin 2024 par lequel la préfète du Rhône a refusé de l'admettre au séjour, a assorti ce refus d'une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi ;

2°) d'enjoindre à la préfète du Rhône de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " ou, à tout le moins, de procéder au réexamen de sa situation, dans le délai de trente jours à compter de la date de notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 800 euros, à verser à son conseil, au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :

- elle est entachée d'incompétence ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de la progression dans ses études.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est illégale en conséquence de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour.

Les simples pièces communiquées par la préfète du Rhône après clôture de l'instruction le 15 octobre 2024, délégation de signature et accusé de réception de l'arrêté contesté, n'ont pas été communiquées.

M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 29 août 2024.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Bour, présidente ;

- et les observations de Me Legrand-Castellon, représentant Me C.

Considérant ce qui suit :

1. M. D C, ressortissant tunisien né le 22 juin 1993, est entré sur le territoire français le 13 septembre 2018 sous couvert d'un passeport revêtu d'un visa de long séjour portant la mention " étudiant " et a bénéficié d'un titre de séjour " étudiant " valable jusqu'au 26 février 2023. Il a sollicité le renouvellement de ce titre de séjour le 19 juillet 2023 avec une adresse parisienne puis, ayant déménagé sur Lyon, a repris ses démarches auprès de la préfecture du Rhône, l'instruction de sa demande étant prolongée sur cette période. Par la décision contestée du 14 juin 2024, la préfète du Rhône a rejeté cette demande et lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours en fixant le pays à destination.

Sur les conclusions en annulation et injonction :

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :

2. En premier lieu, la décision attaquée du 14 juin 2024 a été signée par Mme A B, directrice des migrations et de l'intégration, qui a reçu délégation à cet effet par un arrêté de la préfète du Rhône en date du 15 mai 2024, régulièrement publié le lendemain au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture, accessible tant au juge qu'aux parties. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision attaquée doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article 11 de l'accord entre le gouvernement de la République française et le gouvernement de la République de Tunisie en matière de séjour et de travail en date du 17 mars 1988 : " Les dispositions du présent accord ne font pas obstacle à l'application de la législation des deux Etats sur le séjour des étrangers sur tous les points non traités par l'accord ". Aux termes de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui établit qu'il suit en France un enseignement ou qu'il y fait des études et qui justifie disposer de moyens d'existence suffisants se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " d'une durée inférieure ou égale à un an " / En cas de nécessité liée au déroulement des études ou lorsque l'étranger a suivi sans interruption une scolarité en France depuis l'âge de seize ans et y poursuit des études supérieures, l'autorité administrative peut accorder cette carte de séjour sans que la condition prévue à l'article L. 311-7 soit exigée et sous réserve d'une entrée régulière en France. / La carte ainsi délivrée donne droit à l'exercice, à titre accessoire, d'une activité professionnelle salariée dans la limite de 60 % de la durée de travail annuelle ". Pour l'application de ces dispositions, il appartient à l'administration, saisie d'une demande de renouvellement d'un titre de séjour présentée en qualité d'étudiant, d'apprécier, sous le contrôle du juge, la réalité et le sérieux des études poursuivies. Le renouvellement du titre suppose que les études soient suffisamment sérieuses pour qu'elles puissent être regardées comme constituant l'objet principal du séjour, établissant une progression significative dans leur poursuite et leur caractère cohérent.

4. Pour refuser à M. C le renouvellement de son titre de séjour en qualité d'étudiant, la préfète du Rhône a relevé que le requérant s'est inscrit à son arrivée en France et a validé une année de bachelor niveau bac+3 " Administrateur systèmes, réseaux et bases de données ", au terme de l'année universitaire 2018-2019, puis qu'il n'a plus suivi d'études durant les années académiques 2019-2020, 2020-2021 et 2022-2023, ayant renoncé à suivre la formation en alternance " Administrateur Systèmes et Réseaux " à laquelle il était inscrit, et que, dans ces conditions, son inscription au titre de l'année scolaire 2023-2024 en première année de master " Management de projets informatiques " suivi en alternance ne constituait pas une progression dans ses études.

5. Il est constant que M. C a validé une année de bachelor 3 à l'issue de l'année académique 2018-2019. Toutefois, s'il fait état de difficultés pour trouver un emploi en alternance par la suite, notamment du fait de la crise sanitaire, et explique avoir dû renoncer de ce fait à son inscription en master 1 " Administrateur Systèmes et Réseaux " en septembre 2021, il ne justifie d'aucune réalisation effective d'études supérieures entre juin 2019 et septembre 2023, soit quatre années universitaires. Dans ces conditions, alors que ses études ne pouvaient être regardées sur cette période comme constituant l'objet principal de son séjour, s'il justifiait, à la date de la décision attaquée, s'être inscrit au titre de l'année universitaire 2023-2024 en master 1 " expert IT cybersécurité " dans une école privée située à Paris, en contrat d'alternance avec un employeur situé à Lyon, une telle inscription ne constituait pas une progression significative dans ses études au sens des dispositions précitées. Par suite, et quand bien même il possèderait les ressources financières suffisantes, le requérant n'est pas fondé à soutenir qu'en refusant de procéder au renouvellement de son titre de séjour en qualité d'étudiant, la préfète du Rhône aurait entaché sa décision d'une erreur de droit dans l'application des dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et aurait commis une erreur d'appréciation.

En ce qui concerne les décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de destination :

6. M. C n'ayant pas démontré l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour prise à son encontre, le moyen tiré de cette illégalité et soutenu, par la voie de l'exception, à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être écarté.

7. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la requête doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions aux fins d'injonction sous astreinte.

Sur les frais liés au litige :

8. Les dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1971 font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas partie perdante dans la présente instance, la somme que M. C demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D C, à Me Legrand-Castellon et à la préfète du Rhône.

Délibéré après l'audience du 16 octobre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Bour, présidente,

Mme Jorda, conseillère,

Mme Le Roux, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 octobre 2024.

La présidente-rapporteure,

A-S. BourL'assesseure la plus ancienne,

V. Jorda

La greffière,

C. Touja

La République mande et ordonne à la préfète du Rhône en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

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