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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2407089

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2407089

mercredi 30 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2407089
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5ème chambre
Avocat requérantFRERY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 18 juillet 2024, M. B A, représenté par Me Fréry, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 18 juin 2024 par lequel le préfet de la Loire lui a refusé le renouvellement de son titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Loire de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale ", dans le délai d'un mois à compter de la date de notification du jugement à intervenir et, dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à lui verser au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté contesté est entaché d'incompétence.

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :

- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et le préfet s'est cru à tort lié par l'avis de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, alors qu'il présente toujours une maladie psychiatrique qui nécessite un traitement médicamenteux lourd et un accompagnement familial ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- elle est illégale en conséquence de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- la décision fixant le pays de destination est illégale en conséquence de l'illégalité de la mesure d'éloignement ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Des pièces produites par le préfet de la Loire ont été enregistrées le 3 octobre 2024.

Vu la décision attaquée et les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- l'arrêté du 27 décembre 2016 relatif aux conditions d'établissement et de transmission des certificats médicaux, rapports médicaux et avis mentionnés aux articles R. 313-22, R. 313-23 et R. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- l'arrêté du 5 janvier 2017 fixant les orientations générales pour l'exercice par les médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, de leurs missions, prévues à l'article L. 313-11 (11°) du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Bour, présidente ;

- et les observations de Me Fréry, représentant M. A.

Une note en délibéré présentée pour M. A a été enregistrée le 17 octobre 2024.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant albanais né le 23 mars 1960, est entré régulièrement sur le territoire français le 26 janvier 2019. Après le rejet définitif de sa demande d'asile en 2019, il a sollicité la délivrance d'un titre de séjour pour raisons de santé, qui lui a été refusé, mais a bénéficié en dernier lieu de la délivrance d'un titre de séjour mention " vie privée et familiale " d'une durée de six mois, sur le fondement de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, par une décision du préfet de la Loire du 12 juin 2023 valable jusqu'au 12 décembre 2023, son épouse bénéficiant dans le même temps d'une autorisation provisoire de séjour pour l'accompagner. Il en a demandé le renouvellement et conteste l'arrêté du 18 juin 2024 par lequel le préfet de la Loire a refusé de lui délivrer le titre de séjour sollicité, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être reconduit d'office.

Sur les conclusions en annulation :

2. Les décisions attaquées ont été signées par M. Dominique Schuffenecker, secrétaire général de la préfecture de la Loire, en vertu de la délégation consentie à cet effet par un arrêté du préfet de la Loire du 13 juillet 2023, publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture le 24 juillet suivant. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'autorité signataire de l'arrêté attaqué doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant refus d'admission au séjour :

3. En premier lieu, la décision attaquée mentionne explicitement les textes sur lesquels elle se fonde, précise le contenu de l'avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration rendu le 26 mars 2024 et rappelle les principaux éléments de fait relatifs à la situation personnelle de l'intéressé sur lesquels le préfet a fondé son appréciation pour prendre sa décision. Le préfet n'étant pas tenu de mentionner dans sa décision tous les éléments caractérisant la vie privée et familiale en France de l'intéressé, la circonstance que la décision ne mentionne pas que ses deux filles travaillent régulièrement en France, ni que sa fille C y a obtenu le bénéfice de la protection subsidiaire, ne révèle aucun défaut d'examen particulier. Le moyen tiré du défaut d'examen particulier de la situation du requérant doit, par conséquent, être écarté.

4. En deuxième lieu, la partie qui justifie de l'avis d'un collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) qui lui est favorable doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour. Dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tous éléments permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, l'existence ou l'absence d'un traitement approprié et effectivement accessible dans le pays de renvoi.

5. Pour refuser de délivrer à M. A le titre de séjour sollicité en raison de son état de santé, le préfet a estimé, comme l'avis du collège des médecins de l'OFII rendu le 26 mars 2024, que si l'état de santé du requérant nécessite une prise en charge médicale dont le défaut peut entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, l'offre de soins et les caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire et vers lequel il peut voyager sans risque médical lui permettent de bénéficier effectivement d'un traitement approprié. Il ressort des pièces médicales produites par le requérant que ce dernier souffre de troubles psychiatriques qui étaient stabilisés à la date de la décision attaquée, comme il ressort du certificat médical établi le 7 mars 2024 par le psychiatre assurant son suivi au centre médico-psychologique de jour du CHU de Saint-Etienne, son état nécessitant un traitement médicamenteux dont il ne soutient pas qu'il ne serait pas disponible en Albanie. La circonstance que, postérieurement à la décision attaquée, il ait décompensé en raison du stress causé par ladite décision, est dépourvue de toute incidence sur ce constat. Le certificat médical établi en ce sens par le même psychiatre le 5 juillet 2024, qui évoque pour la première fois la présence quotidienne de ses trois filles et le fait que cet étayage familial " semble indispensable à la santé psychique du patient parallèlement aux soins psychiatriques ", est insuffisant pour établir le caractère indispensable de la présence de ses filles dans son suivi médical. Il ne soutient pas non plus que les troubles dont il est affecté trouveraient leur origine dans des évènements subis personnellement dans son pays d'origine et qui feraient obstacle à ce que les soins s'y poursuivent, alors qu'il ressort des pièces du dossier que les évènements qui ont justifié que sa fille obtienne la protection subsidiaire en France en 2017 sont distincts de sa propre situation, se sont produits en 2014 lorsqu'elle était déjà mariée et qu'elle est d'ailleurs venue se réfugier en France séparément de ses parents, deux ans avant leur propre arrivée sur le territoire français. En se bornant à soutenir qu'il a besoin du soutien de son entourage familial dans son parcours de soins et que ses filles ne pourront pas l'accompagner en Albanie, alors que son épouse est à ses côtés et ne bénéficiait que d'une autorisation provisoire de séjour, il n'établit pas qu'il ne serait pas en mesure de bénéficier effectivement des soins nécessaires à son état de santé en Albanie. Le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit, par conséquent, être écarté.

6. En troisième lieu, il ne ressort d'aucune pièce du dossier que le préfet de la Loire se serait cru lié par l'avis du collège des médecins de l'OFII et aurait méconnu l'étendue de sa compétence. Au contraire, il ressort des termes mêmes des décisions attaquées qu'il s'est approprié l'avis émis par le collège des médecins le 26 mars 2024 après avoir constaté qu'aucune pièce du dossier de demande de titre de séjour ne venait utilement contredire cet avis médical. Il s'ensuit que le moyen tiré de l'erreur de droit doit être écarté.

7. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. () ". Pour l'application de ces stipulations, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.

8. Il ressort des pièces du dossier que M. A, âgé de soixante-quatre ans, est entré en France le 26 janvier 2019 et n'y a bénéficié que durant six mois d'un titre de séjour. La présence en France de trois de ses filles, dont deux en situation régulière, ne suffit pas à démontrer qu'il y aurait, ainsi qu'il le soutient, déplacé le centre de sa vie privée et familiale, dès lors que M. A a vécu l'essentiel de son existence en Albanie et n'est présent que depuis cinq ans en France, et que son épouse a vocation à l'accompagner. Dans ces circonstances, M. A n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée aurait porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels elle a été prise et aurait ainsi méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, il n'est pas davantage fondé à soutenir que le préfet de la Loire aurait entaché cette décision d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

9. En premier lieu, M. A n'ayant pas démontré l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour prise à son encontre, le moyen tiré de cette illégalité et soutenu, par la voie de l'exception, à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français, doit être écarté.

10. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier, et notamment des termes de la décision attaquée, que le préfet n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation personnelle de M. A avant de prendre à son encontre une obligation de quitter le territoire français. Dès lors, le moyen tiré du défaut d'examen particulier de sa situation doit être écarté.

11. En troisième lieu, en l'absence de tout élément particulier invoqué, le moyen tiré de la violation des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et celui tiré de l'erreur manifeste d'appréciation dont serait entachée la mesure d'éloignement doivent être écartés pour les motifs énoncés au point 8 s'agissant du refus d'admission au séjour.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

12. En premier lieu, M. A n'ayant pas démontré l'illégalité des décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français prises à son encontre, le moyen tiré de ces illégalités et soutenu, par la voie de l'exception, à l'encontre de la décision fixant le pays de destination, doit être écarté.

13. En second lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains et dégradants. ". Si M. A soutient encourir des risques pour sa personne eu égard aux violences dont il pourrait faire l'objet en Albanie en raison des violences subies par son épouse et par sa fille, il se borne à produire un document relatant l'agression que son épouse aurait subie le 15 février 2018, sans expliquer en quoi il aurait personnellement des craintes réelles et actuelles pour ce motif en cas de retour dans son pays plus de six ans après les faits allégués, alors qu'il ressort des pièces du dossier que sa propre demande d'asile a été antérieurement rejetée. La circonstance que sa fille se soit vue reconnaître le bénéfice de la protection subsidiaire en 2017, à raison de ses craintes propres comme il a été dit au point 5, est dépourvue d'incidence sur ce constat. Dans ces conditions, le requérant n'établissant pas qu'il serait personnellement et actuellement exposé à des risques réels et sérieux pour son intégrité physique en cas de retour dans son pays d'origine, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées doit être écarté.

14. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la requête doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions aux fins d'injonction.

Sur les frais liés au litige :

15. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas partie perdante dans la présente instance, la somme que M. A demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet de la Loire.

Délibéré après l'audience du 16 octobre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Bour, présidente,

Mme Jorda, conseillère,

Mme Le Roux, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 octobre 2024.

La présidente-rapporteure,

A-S. BourL'assesseure la plus ancienne,

V. Jorda

La greffière,

C. Touja

La République mande et ordonne au préfet de la Loire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

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