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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2407106

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2407106

vendredi 2 août 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2407106
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation7ème chambre
Avocat requérantBOUAICHE-ZEKKOUTI

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Lyon a examiné la requête de M. A contestant un arrêté du ministre de l'intérieur du 18 juin 2024, pris sur le fondement des articles L. 228-1 et L. 228-2 du code de la sécurité intérieure. Cet arrêté lui imposait une interdiction de quitter la commune de Villefranche-sur-Saône, une obligation de présentation quotidienne au commissariat et une déclaration de domicile. Le requérant soutenait notamment que la mesure portait une atteinte disproportionnée à ses libertés et qu'il ne constituait pas une menace d'une particulière gravité pour l'ordre public. Le tribunal a rejeté la requête, considérant que les moyens soulevés n'étaient pas fondés et que l'administration avait justifié de l'existence de raisons sérieuses de penser que le comportement de M. A représentait une telle menace.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 18 juillet 2024, M. B A, représenté par Me Zekkouti, avocat, demande au tribunal :

1°) d'annuler pour excès de pouvoir, sur le fondement du dernier alinéa de l'article L. 228-2 du code de la sécurité intérieure, l'arrêté du 18 juin 2024 par lequel le ministre de l'intérieur et des outre-mer, en application des articles L. 228-1 et L. 228-2 du code de la sécurité intérieure, lui a interdit de se déplacer en dehors du territoire de la commune de Villefranche-sur-Saône (Rhône) sans avoir obtenu préalablement une autorisation écrite et l'a obligé à se présenter une fois par jour, à 14 h 30, au commissariat de police de Villefranche-sur-Saône et à déclarer et justifier de son lieu d'habitation ainsi que de tout changement de lieu d'habitation ;

2°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'exemplaire de l'arrêté contesté qui lui a été notifié ne comporte pas la signature de son auteur ;

- l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé ;

- il porte une atteinte grave et manifestement illégale à la présomption d'innocence, au droit de propriété et au respect de sa vie privée et familiale et est entaché d'erreur d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 228-1 du code de la sécurité intérieure, dès lors que M. A ne constitue pas une menace d'une particulière gravité pour l'ordre et la sécurité publics ; en effet :

- il n'a jamais été condamné pour violation de la législation relative au terrorisme ou pour apologie d'acte de terrorisme ;

-le fait de s'être converti à l'islam, d'afficher des attributs suggérant une approche rigoriste ou fréquenter une mosquée dite d'obédience salafiste - laquelle obédience n'est étayée par aucun élément de procédure - est parfaitement insuffisant à satisfaire les conditions édictées à l'article L. 228-1 du code de la sécurité intérieure.

Par un mémoire en défense, enregistré le 26 juillet 2024, le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens présentés par le requérant ne sont pas fondés.

Un mémoire en défense, enregistré le 30 juillet 2024 et présenté par le ministre de l'intérieur et des outre-mer, n'a pas été communiqué en application de l'article R. 613-3 du code de justice administrative.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la sécurité intérieure ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Drouet, président,

- et les conclusions de Mme Rizzato, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A demande l'annulation pour excès de pouvoir, sur le fondement du dernier alinéa de l'article L. 228-2 du code de la sécurité intérieure, de l'arrêté du 18 juin 2024 par lequel le ministre de l'intérieur et des outre-mer, en application des articles L. 228-1 et L. 228-2 du code de la sécurité intérieure, lui a interdit de se déplacer en dehors du territoire de la commune de Villefranche-sur-Saône (Rhône) sans avoir obtenu préalablement une autorisation écrite et l'a obligé à se présenter une fois par jour, à 14 h 30, au commissariat de police de Villefranche-sur-Saône et à déclarer et justifier de son lieu d'habitation ainsi que de tout changement de lieu d'habitation.

2. Aux termes de l'article L. 228-1 du code de la sécurité intérieure : " Aux seules fins de prévenir la commission d'actes de terrorisme, toute personne à l'égard de laquelle il existe des raisons sérieuses de penser que son comportement constitue une menace d'une particulière gravité pour la sécurité et l'ordre publics et qui soit entre en relation de manière habituelle avec des personnes ou des organisations incitant, facilitant ou participant à des actes de terrorisme, soit soutient, diffuse, lorsque cette diffusion s'accompagne d'une manifestation d'adhésion à l'idéologie exprimée, ou adhère à des thèses incitant à la commission d'actes de terrorisme ou faisant l'apologie de tels actes peut se voir prescrire par le ministre de l'intérieur les obligations prévues au présent chapitre. " Selon l'article L. 228-2 du même code : " Le ministre de l'intérieur peut, après en avoir informé le procureur de la République antiterroriste et le procureur de la République territorialement compétent, faire obligation à la personne mentionnée à l'article L. 228-1 de : / 1° Ne pas se déplacer à l'extérieur d'un périmètre géographique déterminé, qui ne peut être inférieur au territoire de la commune. La délimitation de ce périmètre permet à l'intéressé de poursuivre une vie familiale et professionnelle et s'étend, le cas échéant, aux territoires d'autres communes ou d'autres départements que ceux de son lieu habituel de résidence ; / 2° Se présenter périodiquement aux services de police ou aux unités de gendarmerie, dans la limite d'une fois par jour, en précisant si cette obligation s'applique les dimanches et jours fériés ou chômés ; / 3° Déclarer et justifier de son lieu d'habitation ainsi que de tout changement de lieu d'habitation. / L'obligation prévue au 1° du présent article peut être assortie d'une interdiction de paraître dans un ou plusieurs lieux déterminés se trouvant à l'intérieur du périmètre géographique mentionné au même 1° et dans lesquels se tient un événement exposé, par son ampleur ou ses circonstances particulières, à un risque de menace terroriste. Cette interdiction tient compte de la vie familiale et professionnelle de la personne concernée. Sa durée est strictement limitée à celle de l'événement, dans la limite de trente jours. Sauf urgence dûment justifiée, elle doit être notifiée à la personne concernée au moins quarante-huit heures avant son entrée en vigueur. / Les obligations prévues aux 1° à 3° du présent article sont prononcées pour une durée maximale de trois mois à compter de la notification de la décision du ministre. Elles peuvent être renouvelées par décision motivée, pour une durée maximale de trois mois, lorsque les conditions prévues à l'article L. 228-1 continuent d'être réunies. Au-delà d'une durée cumulée de six mois, chaque renouvellement est subordonné à l'existence d'éléments nouveaux ou complémentaires. La durée totale cumulée des obligations prévues aux 1° à 3° du présent article ne peut excéder douze mois. Les mesures sont levées dès que les conditions prévues à l'article L. 228-1 ne sont plus satisfaites. / () / La personne soumise aux obligations prévues aux 1° à 3° du présent article peut, dans un délai de deux mois à compter de la notification de la décision, ou à compter de la notification de chaque renouvellement lorsqu'il n'a pas été fait préalablement usage de la faculté prévue au huitième alinéa, demander au tribunal administratif l'annulation de cette décision. Le tribunal administratif statue dans un délai de quinze jours à compter de sa saisine. Ces recours, dont les modalités sont fixées au chapitre III ter du titre VII du livre VII du code de justice administrative, s'exercent sans préjudice des procédures prévues au huitième alinéa du présent article ainsi qu'aux articles L. 521-1 et L. 521-2 du même code. "

3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Toute décision prise par une administration comporte la signature de son auteur ainsi que la mention, en caractères lisibles, du prénom, du nom et de la qualité de celui-ci. / Toutefois, les décisions fondées sur des motifs en lien avec la prévention d'actes de terrorisme ou des actes d'ingérence sont prises dans des conditions qui préservent l'anonymat de leur signataire. Seule une ampliation de cette décision peut être notifiée à la personne concernée ou communiquée à des tiers, l'original signé, qui seul fait apparaître les nom, prénom et qualité du signataire, étant conservé par l'administration. "

4. L'arrêté attaqué du 18 juin 2024, qui a été pris sur le fondement des dispositions précitées de l'article L. 228-1 du code de la sécurité intérieure, constitue une décision fondée sur des motifs en lien avec la prévention d'actes de terrorisme au sens des dispositions précitées du second alinéa de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration. Par suite, M. A ne saurait utilement soutenir que lui a été notifié une ampliation de l'arrêté contesté ne comportant pas la signature de son auteur.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 228-6 du code de la sécurité intérieure : " Les décisions du ministre de l'intérieur prises en application des articles L. 228-2 à L. 228-5 sont écrites et motivées. "

6. L'arrêté attaqué pris à l'encontre de M. A énonce les considérations de droit et les éléments de fait propres à la situation personnelle de l'intéressé qui en constituent le fondement et satisfait ainsi à l'obligation de motivation résultant des dispositions des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de l'arrêté contesté doit être écarté.

7. En dernier lieu, il résulte des dispositions de l'article L. 228-1 du code de la sécurité intérieure que les mesures qu'il prévoit doivent être prises aux seules fins de prévenir la commission d'actes de terrorisme et sont subordonnées à deux conditions cumulatives, la première tenant à la menace d'une particulière gravité pour la sécurité et l'ordre publics résultant du comportement de l'intéressé, la seconde aux relations qu'il entretient avec des personnes ou des organisations incitant, facilitant ou participant à des actes de terrorisme ou, de façon alternative, au soutien, à la diffusion ou à l'adhésion à des thèses incitant à la commission d'actes de terrorisme ou faisant l'apologie de tels actes.

8. Il ressort des pièces du dossier, notamment de la notice individuelle concernant M. A établie par les services de sécurité intérieure, produite par le ministre de l'intérieur et des outre-mer et soumise au contradictoire à la demande du ministre, et n'est pas sérieusement contesté par le requérant, que celui-ci a attiré l'attention des services par sa proximité avec une personne condamnée en septembre 2018 pour faits d'apologie du terrorisme, cette personne étant sa compagne au moment de la commission de ces faits en 2017 et jusqu'en décembre 2020, après la libération de l'intéressée en juillet 2020, et qu'il fréquente régulièrement, depuis son installation à Villefranche-sur-Saône en 2022, la mosquée de la Quarantaine située sur le territoire de cette commune, dont l'obédience salafiste et, donc, le caractère fondamentaliste, mentionnés dans ladite notice, ne sont pas sérieusement contestés par le requérant. Dans ces conditions, alors même qu'il n'a pas été condamné pour violation de la législation relative au terrorisme ou pour apologie d'acte de terrorisme, M. A doit être regardé comme ayant entretenu des relations de manière habituelle avec une personne ayant incité à des actes de terrorisme et comme adhérant à des thèses faisant l'apologie d'actes de terrorisme. Eu égard à la menace terroriste d'origine djihadiste dont il est constant qu'elle demeure à un niveau élevé en France, spécialement à l'occasion du passage de la flamme olympique et du déroulement des jeux Olympiques et Paralympiques entre le 24 juillet et le 8 septembre 2024, le comportement précité de M. A constitue une menace d'une particulière gravité pour la sécurité et l'ordre publics. Il suit de là que l'arrêté litigieux du 18 juin 2024, qui a pour but de prévenir la commission d'actes de terrorisme en prononçant à l'encontre de M. A des mesures individuelles de contrôle administratif et de surveillance applicables du 19 juin 2024, date de sa notification, au 19 septembre 2024, n'est pas entaché d'erreur d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 228-1 du code de la sécurité intérieure. Pour les mêmes motifs, cet arrêté ne porte pas une atteinte grave et manifestement illégale à la présomption d'innocence, ni au droit de propriété ni au respect de la vie privée et familiale du requérant.

9. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 18 juin 2024 par lequel le ministre de l'intérieur et des outre-mer, en application des articles L. 228-1 et L. 228-2 du code de la sécurité intérieure, lui a interdit de se déplacer en dehors du territoire de la commune de Villefranche-sur-Saône (Rhône) sans avoir obtenu préalablement une autorisation écrite et l'a obligé à se présenter une fois par jour, à 14 h 30, au commissariat de police de Villefranche-sur-Saône et à déclarer et justifier de son lieu d'habitation ainsi que de tout changement de lieu d'habitation. Par voie de conséquence, doivent être rejetées les conclusions de sa requête à fin de mise à la charge de l'État des frais exposés et non compris dans les dépens.

DÉCIDE :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 1er août 2024, à laquelle siégeaient :

- Mme Jourdan, présidente,

- M. Drouet, président,

- Mme Chapard, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 août 2024.

Le rapporteur,

H. DrouetLa présidente,

D. Jourdan

Le greffier,

T. Clément

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Un greffier,

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