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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2407138

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2407138

mardi 5 novembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2407138
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationJU 6ème chambre
Avocat requérantVRAY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire enregistrés respectivement le 17 juillet 2024 et le 23 septembre 2024, Mme E F, représentée par Me Vray, demande au tribunal :

1°) d'annuler les décisions du 2 juillet 2024 de la préfète de l'Ain portant refus d'enregistrement de sa demande de titre de séjour et lui faisant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixant le pays de destination ;

2°) d'enjoindre à la préfète de l'Ain de procéder sans délai à l'effacement de son inscription au fichier Système d'Information Schengen ;

3°) d'enjoindre à la préfète de l'Ain de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai de huit jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à charge pour son conseil de renoncer au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Elle soutient que :

- les décisions attaquées sont entachées d'incompétence de leur signataire ;

- elles sont entachées d'un défaut de motivation et d'examen particulier de sa situation ;

- la décision portant refus d'enregistrement de sa demande de titre de séjour méconnait l'article L. 431-2 et D. 431-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la préfète de l'Ain a commis une erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences sur sa situation personnelle et a méconnu l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

Par un mémoire en défense enregistré le 26 septembre 2024, la préfète de l'Ain conclut au rejet de la requête.

Elle soutient qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

La préfète de l'Ain a produit des pièces complémentaires le 16 octobre 2024 en réponse au courrier du tribunal du 10 octobre 2024 lui demandant de produire ses observations suite au moyen soulevé par l'avocate de la requérante au cours de la précédente audience du 1er octobre 2024 tiré de ce qu'il n'est pas établi que, comme en dispose l'article L. 431-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'intéressée a été informée de ce qu'elle devait déposer sa demande de titre étranger malade dans le délai de trois mois suivant l'enregistrement de sa demande d'asile.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. A pour statuer sur les litiges relatifs aux décisions portant mesure d'éloignement ou remise des ressortissants étrangers en application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. A,

- les observations de Me Vray, représentant la requérante, qui se réfère à ses écritures concernant les conclusions et moyens exposés dans ses écritures en développant particulièrement son moyen tiré de ce que la décision portant refus d'enregistrement de sa demande de titre de séjour méconnait l'article L. 431-2 et D. 431-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, concernant la date de dépôt de la demande de titre de séjour et le fait que documents produits par la préfecture en défense ne comportent pas la date de remise de la notice d'information.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Mme F, ressortissante arménienne née en 1960, déclare être entrée en France le 22 juillet 2022. Elle a déposé une demande d'asile, définitivement rejetée par la Cour nationale du droit d'asile le 13 mai 2024, notifiée le 30 mai 2024. Mme F a sollicité la délivrance d'un titre de séjour en application de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile . Par un acte, dont elle demande l'annulation, du 2 juillet 2024, la préfète de l'Ain a refusé d'enregistrer sa demande de titre de séjour et a prononcé à son encontre une décision portant obligation de quitter le territoire français dans un délai de 30 jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être reconduite d'office, en application de l'article L. 611-1 4°.

2. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans l'un des cas suivants : () / 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3° ;

(). Lorsque, dans le cas prévu à l'article L. 431-2, un refus de séjour a été opposé à l'étranger, la décision portant obligation de quitter le territoire français peut être prise sur le fondement du seul 4°. ".

3. En premier lieu, l'acte attaqué a été signé par M. B D, chef du bureau de l'accueil et du séjour des étrangers de la préfecture de l'Ain, titulaire d'une délégation de signature à cet effet par arrêté de la préfète de l'Ain du 15 février 2024, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture le 19 février 2024. Le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte ne peut donc qu'être écarté.

4. En deuxième lieu, les décisions litigieuses comportent l'énoncé des éléments de droit et de fait qui en constituent leur fondement. Dans ces conditions, elles sont suffisamment motivées. Par ailleurs, il ne ressort pas des pièces du dossier et notamment des termes de ces décisions que, compte tenu des éléments dont il disposait, le préfet n'aurait pas procédé un examen réel et sérieux examen de la situation de la requérante.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 431-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'un étranger a présenté une demande d'asile qui relève de la compétence de la France, l'autorité administrative, après l'avoir informé des motifs pour lesquels une autorisation de séjour peut être délivrée et des conséquences de l'absence de demande sur d'autres fondements à ce stade, l'invite à indiquer s'il estime pouvoir prétendre à une admission au séjour à un autre titre et, dans l'affirmative, à déposer sa demande dans un délai fixé par décret. Il est informé que, sous réserve de circonstances nouvelles, notamment pour des raisons de santé, et sans préjudice de l'article L. 611-3, il ne pourra, à l'expiration de ce délai, solliciter son admission au séjour. Les conditions d'application du présent article sont précisées par décret en Conseil d'Etat. ". Aux termes de l'article D. 431-7 dudit code : " Pour l'application de l'article L. 431-2, les demandes de titres de séjour sont déposées par le demandeur d'asile dans un délai de deux mois. Toutefois, lorsqu'est sollicitée la délivrance du titre de séjour mentionné à l'article L. 425-9, ce délai est porté à trois mois. ".

6. D'une part, il ressort des pièces du dossier que Mme F a été informée par la remise d'une notice d'information rédigée dans sa langue maternelle qu'elle a signée, de la possibilité de solliciter son admission au séjour sur un autre fondement que l'asile, notamment des motifs pour lesquels une autorisation de séjour peut être délivrée et des conséquences de l'absence de demande sur d'autres fondements à ce stade. Elle a également été informée que, sous réserve de circonstances nouvelles, elle ne pourra, à l'expiration d'un délai de deux ou trois mois, solliciter son admission au séjour. Ce document comporte en effet la signature de l'intéressée attestant de la remise de ce document. Par ailleurs, alors que la décision attaquée mentionne la signature de cette notice le 20 juillet 2023, cette notice d'information est remise lorsque le demandeur d'asile présente une demande d'asile et il ressort des pièces du dossier que l'intéressée a sollicité l'asile le 20 juillet 2023, date à laquelle lui a été aussi remis ses identifiants de connexion au portail OFPRA, comme l'atteste le document de remise de ces identifiants daté du 20 juillet 2023 et signé par l'intéressée. La requérante se borne à faire valoir que la notice d'information qui lui a été notifiée produite par la préfète de l'Ain ne comporte aucune date sans faire état d'aucun élément concernant la date de remise de ce document qu'elle a signé. Enfin, il ressort des documents produits en défense qu'elle a déposé le 19 juin 2024, soit près d'un an après, sa demande de titre portant le n° 0101202406190712675 sur la plateforme ANEF, la décision litigieuse mentionnant d'ailleurs qu'elle a sollicité auprès des services de la préfecture la délivrance d'un titre de séjour en application de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile . Dès lors, la requérante n'est pas fondée à soutenir que le délai prescrit par l'article L. 431-1 du code précité ne lui est pas opposable.

7. D'autre part, la requérante, bien qu'elle soutienne que son état de santé, notamment psychologique, s'est dégradé à la suite du rejet de sa demande d'asile, indique elle-même être atteinte de sa pathologie depuis plusieurs années et n'apporte aucun élément permettant de faire état de circonstances de fait ou de droit nouvelles, c'est-à-dire d'un motif de délivrance d'un titre de séjour apparu postérieurement à l'expiration de ce délai qui justifierait que sa demande de titre de séjour soit enregistrée.

8. Par suite, la préfète de l'Ain a pu, sans méconnaître les dispositions des articles L. 431-2 et D. 431-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, refuser d'enregistrer la demande de titre de séjour que Mme F a présentée au regard de son état de santé.

9. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () ".

10. Mme F indique être irrégulièrement entrée en France en juillet 2022 à l'âge de 62 ans. Si elle fait valoir que ses deux filles résident en France et que l'époux de sa fille C bénéficie d'un titre vie privée et familiale, il ressort des pièces du dossier que cette dernière y réside irrégulièrement, sa demande de titre de séjour ayant été rejetée par une décision en date du 2 juillet 2024 de la préfète de l'Ain. En outre, la requérante est veuve et il ne ressort pas des pièces du dossier qu'elle serait dépourvue d'attaches familiales dans son pays d'origine, pays qu'elle a quitté depuis deux ans et dans lequel elle a vécu l'essentiel de sa vie. Par ailleurs, Mme F, sans emploi et sans ressources et hébergée dans un centre d'accueil pour demandeurs d'asile, ne justifie pas d'une insertion professionnelle et sociale particulière. Si la requérante expose avoir des difficultés de déplacement en raison d'un problème de cécité nécessitant la présence quotidienne d'un tiers et se prévaut de son état de santé, il n'est pas établi que son état de santé rendrait nécessaire sa présence en France. Dans ces conditions, la décision l'obligeant à quitter le territoire français ne porte pas à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise et ne méconnaît pas l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, elle n'est pas non plus entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle.

11. En dernier lieu, la requérante ne démontre pas que son état de santé nécessiterait une prise en charge médicale telle que son absence pourrait entrainer des conséquences d'une exceptionnelle gravité ni être dans l'impossibilité de bénéficier de l'aide d'une tierce personne dans son pays d'origine. Il n'est pas en l'espèce établi qu'elle encourt des risques, en raison de son état de santé, en cas de retour dans pays. Par ailleurs, elle se borne à alléguer qu'elle craint pour sa sécurité en Arménie sans produire d'éléments de nature à établir ses allégations. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'articles 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des risques encourus, seulement opérant à l'encontre de cette décision fixant le pays de destination, doivent être écartés.

12. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que les conclusions présentées par Mme F doivent être rejetées.

D E C I D E:

Article 1er : La requête de Mme F est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme E F et à la préfète de l'Ain.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 novembre 2024.

Le magistrat désigné,

Juan ALa greffière,

Fatoumia Abdillah

La République mande et ordonne à la préfète de l'Ain en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

N°2407138

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