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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2407140

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2407140

lundi 22 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2407140
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationELOIGNEMENT
Avocat requérantCARRERAS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 19 juillet 2024, M. A B demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler les décisions du 17 juillet 2024 par lesquelles le préfet de l'Isère lui a fait obligation de quitter le territoire français, a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire, a fixé le pays de renvoi et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement, à son conseil, d'une somme de 1 000 euros en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, à charge pour ce dernier de renoncer au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

- il n'est pas justifié de la compétence de la signataire des décisions contestées ;

- les décisions en litige sont insuffisamment motivées et sont entachées d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- l'obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet méconnaît les dispositions de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- l'obligation de quitter le territoire français contestée porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale, en violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle ;

- le refus de délai de départ volontaire en litige méconnaît les articles L. 612-2 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- l'interdiction de retour sur le territoire français contestée méconnaît les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, présente un caractère disproportionné et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Le préfet de l'Isère a produit des pièces qui ont été enregistrées le 19 juillet 2024.

La présidente du tribunal a désigné Mme de Mecquenem pour statuer sur les litiges relatifs aux décisions portant mesure d'éloignement ou remise des ressortissants étrangers en application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus, au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme de Mecquenem ;

- les observations de Me Carreras, avocat, pour M. B, qui conclut aux mêmes fins que la requête, par les mêmes moyens, et indique que l'intéressé n'a pas bénéficié d'un interprète lors de son audition du 17 juillet 2024 et qu'il a, par ailleurs, exécuté la précédente obligation de quitter le territoire français dont il a fait l'objet en 2011 ;

- les observations de M. B, requérant, assisté de M. C, interprète en langue arabe ;

- les observations de Me Tomasi, avocat, pour le préfet de l'Isère, qui conclut au rejet de la requête au motif que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Ressortissant tunisien né en 1988, M. B conteste les décisions du 17 juillet 2024 par lesquelles le préfet de l'Isère lui a fait obligation de quitter le territoire français, a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire, a fixé le pays de renvoi et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans.

Sur la demande d'admission à l'aide juridictionnelle :

2. En raison de l'urgence, il y a lieu d'admettre M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire, sur le fondement de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne les moyens communs à l'ensemble des décisions attaquées :

3. L'arrêté contesté a été signé par Mme Charlène Duquesnay, secrétaire générale adjointe de la préfecture de l'Isère, en vertu de la délégation de signature que le préfet de l'Isère lui a donnée par un arrêté du 8 avril 2024 publié au recueil des actes administratifs le même jour. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'arrêté en litige doit être écarté.

4. Traduisant un examen particulier de la situation du requérant, l'arrêté en litige, qui fait état des éléments relatifs à sa situation personnelle et familiale, comporte l'ensemble des considérations de droit et de fait qui donnent leur fondement aux décisions qu'il contient. Dans ces conditions, les moyens tirés du défaut d'examen de la situation du requérant et de l'insuffisante motivation de l'arrêté contesté doivent être écartés. Par ailleurs, si M. B n'a pas bénéficié d'un interprète lors de son audition du 17 juillet 2024, il ne ressort pas des pièces du dossier et il n'est d'ailleurs pas allégué qu'il en aurait sollicité un ni qu'il aurait été empêché de faire valoir des éléments relatifs à sa situation personnelle.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

5. D'une part, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans l'un des cas suivants : / 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; (). ". Selon l'article L. 613-1 du même code : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. Elle est édictée après vérification du droit au séjour, en tenant notamment compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France et des considérations humanitaires pouvant justifier un tel droit. () ". Il résulte de ces dispositions que l'autorité administrative ne saurait légalement prendre une obligation de quitter le territoire français à l'encontre d'un étranger que si ce dernier se trouve en situation irrégulière au regard des règles relatives à l'entrée et au séjour. Lorsque la loi ou un accord international prescrit que l'intéressé doit se voir attribuer de plein droit un titre de séjour, cette circonstance fait obstacle à ce qu'il puisse légalement être l'objet d'une mesure d'éloignement.

6. D'autre part, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale (). ".

7. M. B, qui soutient être entré en France pour la dernière fois en 2021, ne justifie pas d'une durée de résidence significative. En outre, il n'établit pas l'ancienneté ni l'intensité de sa relation amoureuse avec une ressortissante française et n'allègue pas avoir d'autres attaches familiales en France qu'un oncle qui réside à Toulouse. Par ailleurs, il ne justifie pas, par la production d'une promesse d'embauche pour un emploi d'agent d'entretien polyvalent, d'une insertion socio-professionnelle particulière en France. Enfin, l'intéressé, qui avait été condamné en 2012 pour vol, extorsion et escroquerie au préjudice d'une personne vulnérable, a été interpellé pour des faits de vol le 17 juillet 2024. Dans ces conditions, l'obligation de quitter le territoire français en litige n'a pas porté une atteinte disproportionnée au droit au respect de la vie privée et familiale de M. B. Dès lors, le requérant, qui n'établit pas qu'il est éligible à la délivrance d'un titre de séjour de plein droit, n'est pas fondé à soutenir que le préfet de l'Isère a méconnu les dispositions de l'article L. 613-1 cité ci-dessus. Il n'est pas davantage fondé à soutenir que la mesure d'éloignement contestée a été prise en violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle.

En ce qui concerne la décision refusant d'accorder un délai de départ volontaire :

8. Aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / () / 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; / () / 4° L'étranger a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français ; / () / 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographie prévues au 3° de l'article L. 142-1, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ou qu'il s'est précédemment soustrait aux obligations prévues aux articles L. 721-6 à L. 721-8, L. 731-1, L. 731-3, L. 733-1 à L. 733-4, L. 733-6, L. 743-13 à L. 743-15 et L. 751-5. ".

9. Ainsi que l'a relevé le préfet dans l'arrêté contesté, M. B, qui ne peut justifier d'une entrée régulière en France, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour. En outre, il a déclaré qu'il resterait en France en dépit de l'obligation de quitter le territoire français prise à son encontre. Enfin, l'intéressé, qui n'a présenté aucun document d'identité ou de voyage et n'a pas été en mesure, lors de son audition, d'indiquer le nom de la rue dans laquelle serait situé son domicile, ne présente pas de garanties de représentation suffisantes. Dans ces conditions et en l'absence de circonstance particulière, le préfet a pu, sans méconnaître les dispositions citées au point précédent, regarder comme établi le risque que M. B se soustraie à l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français et refuser, pour ce motif, de lui accorder un délai de départ volontaire.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

10. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, et dix ans en cas de menace grave pour l'ordre public. ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / (). ".

11. M. B, qui fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français sans délai, ne fait état d'aucune circonstance humanitaire justifiant qu'une interdiction de retour sur le territoire français ne soit pas prononcée. Par ailleurs, il n'établit pas avoir des attaches stables et intenses en France, où il indique être entré pour la dernière fois en 2021. En outre, il ne justifie pas d'une insertion socio-professionnelle particulière et est défavorablement connu des services de police. Enfin, il n'a pas sollicité de titre de séjour et a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français en 2011 puis d'une interdiction judiciaire du territoire français en 2012. Dans ces conditions, le préfet de l'Isère n'a pas fait une inexacte application des dispositions des articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ni commis d'erreur manifeste d'appréciation en prononçant à l'encontre de M. B une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans, laquelle n'est pas disproportionnée.

12. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. B doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

13. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, une somme quelconque au titre des frais exposés par le requérant et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : M. B est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : La requête n° 2407140 de M. B est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet de l'Isère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 juillet 2024.

La magistrate désignée,

S. de Mecquenem

Le greffier,

T. Clément

La République mande et ordonne au préfet de l'Isère en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

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