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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2407166

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2407166

mardi 5 novembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2407166
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationJU 6ème chambre
Avocat requérantSIMON

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrées le 19 juillet 2024 et le 10 octobre 2024, M. C D A, représenté par Me Simon, demande au tribunal dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler l'arrêté du préfet des Hauts-de-Seine du 4 juillet 2024 lui faisant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, fixant le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office et portant interdiction de retour pendant un an ;

2°) d'enjoindre au préfet territorialement compétent de lui délivrer une autorisation de séjour avec autorisation de travail et de réexaminer sa situation dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté est entaché d'incompétence de l'auteur de l'acte ;

- les décisions sont insuffisamment motivées et entachées d'un défaut d'examen particulier ;

- il appartient au préfet d'établir que la décision de la Cour nationale du droit d'asile lui a été notifiée préalablement à l'édiction de l'obligation de quitter le territoire français, à défaut de quoi il ne pouvait légalement édicter à son encontre cette décision litigieuse ;

- l'obligation de quitter le territoire méconnait les dispositions de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration, dès lors qu'il n'a pas pu faire valoir ses observations préalables et se faire assister par un mandataire de son choix ;

- cette décision méconnait les dispositions de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- cette décision est entachée d'erreurs de fait quant à sa situation maritale et à ses attaches en France ;

- elle méconnait l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

- la décision fixant le pays de destination méconnaît les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision portant interdiction de retour pendant un an est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation, méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article L. 612-6 4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

Par un mémoire en défense enregistré le 9 octobre 2024, le préfet des Hauts-de-Seine conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. B pour statuer sur les litiges relatifs aux décisions portant mesure d'éloignement ou remise des ressortissants étrangers en application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. B a été entendu au cours de l'audience publique.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant congolais né en 1999, est entré en France le 10 octobre 2022. Il a présenté une demande d'asile le 4 novembre 2022, rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides par une décision du 17 mars 2023, confirmée par la Cour nationale du droit d'asile par une décision du 2 mai 2024. Par un arrêté du 4 juillet 2024, le préfet des Hauts-de-Seine l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office et lui a interdit de retourner sur le territoire français pendant un an.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. Il ressort des pièces du dossier que M. A est marié depuis le 9 mars 2024 à une ressortissante française et que cette dernière, résidant en France, était enceinte à la date de l'arrêté contesté, d'un enfant né le 12 octobre 2024. Il ressort également des pièces du dossier que, par un courriel en date du 6 mai 2024, le requérant avait informé la préfecture des Hauts-de-Seine qu'il avait épousé une ressortissante française, que celle-ci était enceinte de leur enfant et fournissait des éléments relatifs à leur nouvelle adresse commune à Saint-Etienne (Loire). A cette occasion, il produisait notamment leur acte de mariage, la carte d'identité française de son épouse, leur contrat de location ainsi que des documents témoignant de la grossesse de son épouse. Ainsi, comme le soutient le requérant, en retenant, pour prononcer la mesure d'éloignement litigieuse, que l'intéressé était célibataire et sans enfant, le préfet des Hauts-de-Seine a commis une erreur de fait concernant la situation familiale du requérant susceptible d'avoir une incidence sur le sens de cette décision, et n'a pas procédé en l'espèce à un examen complet, réel et sérieux de la situation de l'intéressé. Dès lors, la décision faisant obligation à M. A de quitter le territoire est entachée d'illégalité et doit être, par suite, annulée. Par voie de conséquence, la décision fixant un délai de départ de trente jours, celle fixant le pays de sa destination et celle portant interdiction de retour pendant un an doivent également être annulées.

3. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que M. A est fondé à demander l'annulation de l'arrêté litigieux du préfet des Hauts-de-Seine du 4 juillet 2024.

Sur les conclusions aux fins d'injonction sous astreinte :

4. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. / La juridiction peut également prescrire d'office cette mesure. ". Aux termes de l'article L. 911-3 de ce code : " La juridiction peut assortir, dans la même décision, l'injonction prescrite en application des articles L. 911-1 et L. 911-2 d'une astreinte qu'elle prononce dans les conditions prévues au présent livre et dont elle fixe la date d'effet. ". Aux termes de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Si la décision portant obligation de quitter le territoire français est annulée, () l'étranger est muni d'une autorisation provisoire de séjour jusqu'à ce que l'autorité administrative ait à nouveau statué sur son cas. ". Il appartient au juge, saisi de conclusions sur le fondement des dispositions précitées, de statuer sur ces conclusions, en tenant compte, le cas échéant après une mesure d'instruction, de la situation de droit et de fait existant à la date de sa décision.

5. L'exécution du présent jugement qui annule l'arrêté du 4 juillet 2024 faisant obligation à M. A de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, fixant le pays de renvoi et portant interdiction de retour pendant un an, implique qu'il soit enjoint au préfet des Hauts-de-Seine ou à tout préfet territorialement compétent au regard du lieu de résidence de M. A de délivrer à ce dernier, en application de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, une autorisation provisoire de séjour dans un délai de quinze jours à compter de la notification du présent jugement, et de réexaminer la situation de M. A dans un délai de deux mois. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

6. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu, en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, de mettre à la charge de l'État une somme de 1 000 euros au titre des frais exposés par M. A et non compris dans les dépens.

D E C I D E:

Article 1er : L'arrêté du 4 juillet 2024 du préfet des Hauts-de-Seine est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet des Hauts-de-Seine ou à tout préfet territorialement compétent au regard du lieu de résidence de M. A, de délivrer à ce dernier, en application de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, une autorisation provisoire de séjour dans un délai de quinze jours à compter de la notification du présent jugement, et de réexaminer la situation de M. A dans un délai de deux mois.

Article 3 : L'État versera la somme de 1 000 euros à M. A en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et au préfet des Hauts-de-Seine.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 novembre 2024.

Le magistrat désigné,

Juan BLa greffière,

Fatoumia Abdillah

La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

2407166

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