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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2407204

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2407204

mercredi 30 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2407204
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation7ème chambre
Avocat requérantMAUGEZ

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 19 juillet 2024, Mme A B, représentée par Me Maugez, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 27 mai 2024 par lequel la préfète de l'Ain a rejeté sa demande tendant à la délivrance d'un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel elle pourra être reconduite d'office et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de 6 mois ;

2°) d'enjoindre à la préfète de l'Ain de lui délivrer un certificat de résidence algérien portant la mention " vie privée et familiale " en raison de son état de santé ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil d'une somme de 1 500 euros au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- les décisions attaquées méconnaissent les stipulations de l'article 6-7 de l'accord franco-algérien et sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elles méconnaissent les stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de 6 mois méconnaît les dispositions de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense, enregistré le 23 septembre 2024, la préfète de l'Ain conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 20 septembre 2024.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968, modifié ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu, au cours de l'audience publique, le rapport de Mme Vaccaro-Planchet, présidente.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, ressortissante algérienne née le 22 février 1982, entrée en France le 2 février 2023 munie d'un passeport revêtu d'un visa de court séjour, demande l'annulation de l'arrêté du 27 mai 2024 par lequel la préfète de l'Ain a rejeté sa demande tendant à la délivrance d'un titre de séjour au regard de son état de santé, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de 30 jours, a fixé le pays à destination duquel elle pourra être reconduite d'office et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de 6 mois.

Sur les conclusions aux fins d'annulation et d'injonction :

En ce qui concerne l'arrêté pris dans son ensemble :

2. En premier lieu, aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " Les dispositions du présent article, ainsi que celles des deux articles suivants, fixent les conditions de délivrance et de renouvellement du certificat de résidence aux ressortissants algériens établis en France ainsi qu'à ceux qui s'y établissent, sous réserve que leur situation matrimoniale soit conforme à la législation française. Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : () 7) au ressortissant algérien, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité, sous réserve qu'il ne puisse pas effectivement bénéficier d'un traitement approprié dans son pays. () ".

3. Pour refuser de délivrer à Mme B un titre de séjour en raison de son état de santé, la préfète s'est appropriée l'avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration du 22 mai 2024 selon lequel si l'état de santé de la requérante nécessite une prise en charge médicale dont le défaut peut entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, toutefois, elle peut bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans son pays d'origine. Il ressort des pièces du dossier que Mme B souffre d'insuffisance rénale chronique en lien avec une polykystose rénale. Si Mme B soutient, d'une part, que sa pathologie, qui nécessite un suivi régulier, ne peut être prise en charge en Algérie et, d'autre part, qu'elle est potentiellement candidate à une greffe rénale, et verse aux débats plusieurs attestations médicales faisant état de sa prise en charge en France et d'une possible inscription sur la liste des candidats à une greffe rénale, ainsi que divers articles de presse, ces éléments, qui sont peu circonstanciés sur la disponibilité effective de soins ou de traitements adaptés en Algérie, ne permettent pas de remettre en cause l'avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration quant à la disponibilité d'un traitement approprié à son état de santé dans son pays d'origine, alors qu'il fait état de l'existence d'un traitement par dialyse ou par greffe en Algérie. Dès lors, les moyens tirés de la méconnaissance des dispositions précitées de l'article 6, 7° de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. () ".

5. Il ressort des pièces du dossier que Mme B ne résidait en France, où elle est entrée le 2 février 2023 à l'âge de 40 ans, que depuis moins de 2 ans à la date de l'arrêté attaqué et ne démontre pas qu'elle aurait sur le territoire national une vie privée et familiale intense, ancienne et stable alors qu'elle a vécu l'essentiel de son existence en Algérie où demeurent son époux et son enfant. Par ailleurs, ainsi qu'il a été dit précédemment, elle pourra bénéficier d'une prise en charge appropriée de sa pathologie dans son pays d'origine. Dans ces circonstances, Mme B n'est pas fondée à soutenir que l'arrêté attaqué porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels il a été pris. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

6. En dernier lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou des traitements inhumains ou dégradants. ".

7. Ainsi qu'il a été dit précédemment, il ne ressort pas des pièces du dossier que Mme B risquerait d'être privée de toute prise en charge médicale adaptée à son état de santé en cas de retour dans son pays d'origine, vers lequel elle peut voyager sans risque. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de 6 mois :

8. Aux termes de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de quitter le territoire français. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de la présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français ".

9. Contrairement à ce que soutient l'intéressée, l'interdiction de retour sur le territoire français a été édictée sur le fondement de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, concomitamment à l'obligation de quitter le territoire français. En outre, bien que n'ayant pas fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement et ne représentant pas une menace pour l'ordre public, Mme B, entrée récemment en France au mois de février 2023 après avoir passé l'essentiel de son existence en Algérie, est dépourvue d'attaches sur le territoire français alors que son mari et leur enfant résident dans son pays d'origine. Dans ces conditions, la préfète de l'Ain a pu, sans méconnaître les dispositions précitées de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, prononcer à l'encontre de Mme B une interdiction de retour sur le territoire national pour une durée de 6 mois.

10. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la requête de Mme B doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction.

Sur les frais liés au litige :

11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'il en soit fait application à l'encontre de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et à la préfète de l'Ain.

Délibéré après l'audience du 11 octobre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Vaccaro-Planchet, présidente,

Mme Leravat, première conseillère,

Mme de Tonnac, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 octobre 2024.

La présidente - rapporteure,

V. Vaccaro-Planchet

L'assesseure la plus ancienne,

C. Leravat La présidente,

V. Vaccaro-Planchet

La greffière,

E. Gros

La République mande et ordonne à la préfète de l'Ain en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

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