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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2407223

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2407223

jeudi 1 août 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2407223
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationELOIGNEMENT
Avocat requérantMANTIONE

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Lyon a rejeté la requête de Mme B, ressortissante angolaise, qui contestait l'arrêté du 15 juillet 2024 ordonnant son transfert aux autorités portugaises. La juridiction a appliqué l'article 12 du règlement (UE) n° 604/2013, retenant la responsabilité du Portugal en raison d'un visa délivré par cet État, et a écarté la clause discrétionnaire de l'article 17 du même règlement. Les moyens tirés de l'insécurité en Angola, des liens du Portugal avec ce pays, de l'état de santé de la requérante (VIH) et de son entrée en France via un passeur n'ont pas été jugés suffisants pour déroger aux critères de détermination de l'État responsable.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 23 juillet 2024, Mme E B, représentée par Me Mantione, demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 15 juillet 2024 par lequel la préfète du Rhône a ordonné son transfert aux autorités portugaises.

Elle soutient ne pas être en sécurité dans son pays d'origine en raison des activités politiques de son époux et ne pas souhaiter vivre au Portugal.

Par un mémoire en défense, enregistré le 30 juillet 2024, la préfète du Rhône conclut au rejet de la requête. Elle fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013,

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a délégué à Mme A C les pouvoirs qui lui sont attribués en application de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique du 31 juillet 2024, Mme C a présenté son rapport et entendu :

- les observations de Me Mantione, représentant Mme B, qui a indiqué que, d'une part, la requérante contestait la compétence des autorités portugaises pour examiner sa demande d'asile puisqu'elle est entrée sur le territoire européen par la France, via un passeur et un passeport d'emprunt, le visa délivré par le Portugal figurant sur son passeport ayant été sollicité pour mener à bien des échanges commerciaux avant son arrivée en France ; et d'autre part, qui a indiqué que la requérante soulève un moyen tiré de la méconnaissance de l'article 17 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013 en raison des liens forts que le Portugal entretient avec l'Angola et des activités politiques de son mari, justifiant mais également en raison de son état de santé puisqu'elle est suivie à l'hôpital de la Croix-Rousse car atteinte du virus de l'immunodéficience humaine, ces éléments justifiant que sa demande d'asile soit examinée par la France ;

- les observations de Mme B, assistée de M. D, interprète en lingala, indiquant qu'elle est inquiète de l'évolution de sa maladie qu'elle a contractée il y a 10 ans, qu'elle est entrée en France le 9 avril 2024 pour y être soignée et pour assurer sa sécurité et qu'elle n'a pas de famille sur le territoire français, sa fille vivant en Belgique.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, ressortissante angolaise née le 17 octobre 1977, est entrée en France le 9 avril 2024 selon ses déclarations. Elle a sollicité le bénéfice de l'asile auprès des autorités françaises le 15 avril 2024. Lors de l'instruction de cette demande, la consultation du système européen d'information sur les visas (VIS) a révélé que Mme B s'est vue délivrer un visa portugais valide du 13 septembre 2023 au 27 octobre 2023. La préfète du Rhône a ainsi saisi les autorités portugaises d'une demande de prise en charge le 25 avril 2024, qui a été expressément acceptée le 28 mai 2024. Par arrêté du 15 juillet 2024, la préfète a ordonné son transfert aux autorités portugaise. Mme B demande l'annulation de cet arrêté.

2. En premier lieu, aux termes de l'article 12 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013 : " () 4. Si le demandeur est seulement titulaire d'un ou de plusieurs titres de séjour périmés depuis moins de deux ans ou d'un ou de plusieurs visas périmés depuis moins de six

mois lui ayant effectivement permis d'entrer sur le territoire d'un État membre, les paragraphes 1, 2 et 3 sont applicables aussi longtemps que le demandeur n'a pas quitté le territoire des États membres. / ()". Aux termes du 2 de ce même article : " Si le demandeur est titulaire d'un visa en cours de validité, l'État membre qui l'a délivré est responsable de l'examen de la demande de protection internationale, sauf si ce visa a été délivré au nom d'un autre État membre en vertu d'un accord de représentation prévu à l'article 8 du règlement (CE) no 810/2009 du Parlement européen et du Conseil du 13 juillet 2009 établissant un code communautaire des visas (1). Dans ce cas, l'État membre représenté est responsable de l'examen de la demande de protection internationale ".

3. Il ressort des pièces du dossier que Mme B, qui a demandé l'asile en France le 15 avril 2024, avait auparavant obtenu des autorités portugaises un visa valable du 13 septembre 2023 au 27 octobre 2023. En application des dispositions du règlement précité, le Portugal est responsable de l'examen de sa demande d'asile. La requérante se trouve ainsi dans la situation de faire l'objet d'un arrêté de transfert vers les autorités portugaises qui ont en l'espèce accepté, le 28 mai 2024, de la reprendre en charge sur le fondement de ces dispositions.

4. Aux termes de l'article 17 du règlement du 26 juin 2013 susvisé : " 1. Par dérogation à l'article 3, paragraphe 1, chaque État membre peut décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le présent règlement. / L'État membre qui décide d'examiner une demande de protection internationale en vertu du présent paragraphe devient l'État membre responsable et assume les obligations qui sont liées à cette responsabilité. () 2. L'État membre dans lequel une demande de protection internationale est présentée et qui procède à la détermination de l'État membre responsable, ou l'État membre responsable, peut à tout moment, avant qu'une première décision soit prise sur le fond, demander à un autre État membre de prendre un demandeur en charge pour rapprocher tout parent pour des raisons humanitaires fondées, notamment, sur des motifs familiaux ou culturels, même si cet autre État membre n'est pas responsable au titre des critères définis aux articles 8 à 11 et 16. Les personnes concernées doivent exprimer leur consentement par écrit. ". La faculté laissée à chaque État membre, par les dispositions précitées de l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013, de décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le présent règlement, est discrétionnaire et ne constitue nullement un droit pour les demandeurs d'asile.

5. Le Portugal étant membre de l'Union européenne et partie tant à la convention de Genève du 28 juillet 1951 sur le statut des réfugiés qu'à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, il est présumé que le traitement réservé aux demandeurs d'asile dans cet État est conforme aux exigences de la convention de Genève ainsi qu'à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et à la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne. Cette présomption n'est toutefois pas irréfragable lorsqu'il y a lieu de craindre qu'il existe des défaillances systémiques de la procédure d'asile et des conditions d'accueil des demandeurs d'asile dans l'État membre responsable, impliquant un traitement inhumain ou dégradant. Dans cette hypothèse, il appartient à l'administration d'apprécier dans chaque cas, au vu des pièces qui lui sont soumises et sous le contrôle du juge, si les conditions dans lesquelles un dossier particulier est traité par les autorités portugaises répondent à l'ensemble des garanties exigées par le respect du droit d'asile.

6. Mme B soutient que la prise en charge des demandeurs d'asile angolais au Portugal n'est pas impartiale en raison du passé colonial de cet Etat et des liens qui l'unissent à l'Angola et que sa sécurité n'y serait pas assurée. Ces seules déclarations, non étayées, ne suffisent pas à démontrer que les autorités portugaises ne seraient pas en capacité d'examiner sa demande d'asile dans des conditions conformes à l'ensemble des garanties exigées par le droit d'asile. En outre, la requérante n'a aucune attache sur le territoire français. Enfin, à supposer même que l'état de santé de l'intéressée nécessite une prise en charge médicale, la requérante ne produisant aucune pièce à l'appui de ses allégations, il n'est pas démontré qu'elle ne pourrait pas bénéficier des soins nécessaires au Portugal et qu'ainsi une remise à ses autorités entraînerait une rupture d'un traitement ou des conséquences d'une exceptionnelle gravité. Par suite, doit être écarté le moyen tiré de ce que la préfète du Rhône aurait entaché la décision attaquée d'erreur manifeste d'appréciation.

7. Il résulte de ce qui précède que Mme B n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté de la préfète du Rhône du 15 juillet 2024.

D E C I D E

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme E B et à la préfète du Rhône.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er août 2024.

La magistrate désignée,

M. C La greffière,

A. Senoussi

La République mande et ordonne à la préfète du Rhône en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

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