vendredi 2 août 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2407226 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | ELOIGNEMENT |
| Avocat requérant | ROMANET DUTEIL |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 22 juillet 2024, M. C A, représenté par Me Romanet Duteil, demande au tribunal :
1°) de l'admettre à l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 8 juillet 2024 par lequel la préfète du Rhône a ordonné son transfert aux autorités portugaises.
Il soutient que :
- il n'a pas sollicité l'asile dans un autre pays de l'Union européenne ;
- sa famille proche est en France et il y bénéficie d'un soutient associatif justifiant son souhait que sa demande d'asile y soit examinée ;
- le Portugal entretient des liens forts avec l'Angola laissant craindre un examen partial de sa demande, alors même qu'il a subi des tortures dans son pays d'origine et qu'il y est menacé de mort ;
- sa santé fragile nécessite qu'il demeure en France ;
- l'arrêté attaqué méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense, enregistré le 31 juillet 2024, la préfète du Rhône conclut au rejet de la requête. Elle fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013,
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a délégué à Mme B E les pouvoirs qui lui sont attribués en application de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique du 2 août 2024, Mme E a présenté son rapport et entendu :
- les observations de Me Romanet Duteil, représentant M. A, qui a conclu aux mêmes conclusions que sa requête par les mêmes moyens et notamment indiqué que lors de son arrivée en France, le requérant venait d'effectuer 9 mois de détention arbitraire en Angola après avoir participé à des manifestations, détention dont il n'a pu sortir que grâce à une rétribution des autorités par son oncle ; que les chances de succès d'une demande d'asile d'un ressortissant angolais au Portugal sont particulièrement minces ; que la préfète aurait pu faire jouer la clause discrétionnaire de l'article 17 du règlement du 26 juin 2023 compte tenu de la présence en France de son oncle, des tortures subies lors de sa détention en Angola et du stress post-traumatique qui en découle ; qu'il souffre également d'autres problèmes de santé pour lesquels il est pris en charge par le centre hospitalier universitaire de Saint-Etienne ;
- les observations de M. A, assisté de M. D, interprète en langue portugaise, indiquant qu'il se sentirait plus serein si sa demande d'asile était examinée en France ; qu'il a des problèmes de santé qui sont pris en charge depuis son arrivée sur le territoire national et qu'il souhaite pouvoir poursuivre cette prise en charge, notamment pour des douleurs pelviennes dont il souffre depuis 2017 et qui ont des répercussions psychologiques importantes.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant angolais né le 22 novembre 1992, est entré en France le 7 novembre 2023 selon ses déclarations. Il a sollicité le bénéfice de l'asile auprès des autorités françaises le 7 février 2024. Lors de l'instruction de cette demande, la consultation du système européen d'information sur les visas (VIS) a révélé que M. A s'est vu délivrer un visa portugais valide du 31 octobre 2023 au 25 novembre 2023. La préfète du Rhône a ainsi saisi les autorités portugaises d'une demande de prise en charge le 26 février 2024, qui a été expressément acceptée le 15 avril 2024. Par arrêté du 8 juillet 2024, la préfète a ordonné son transfert aux autorités portugaises. M. A demande l'annulation de cet arrêté.
Sur l'aide juridictionnelle à titre provisoire :
2. Le premier alinéa de l'article 20 de la loi susvisée du 10 juillet 1991 dispose que " dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente () ". Aux termes de l'article 61 du décret susvisé du 28 décembre 2020 : " L'admission provisoire peut être accordée dans une situation d'urgence (). / L'admission provisoire est accordée par () le président de la juridiction saisie, soit sur une demande présentée sans forme par l'intéressé, soit d'office si celui-ci a présenté une demande d'aide juridictionnelle () sur laquelle il n'a pas encore été statué ".
3. Au cas particulier, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur sa requête, il y a lieu d'admettre, à titre provisoire, M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
4. En premier lieu, aux termes de l'article 12 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013 : " () 4. Si le demandeur est seulement titulaire d'un ou de plusieurs titres de séjour périmés depuis moins de deux ans ou d'un ou de plusieurs visas périmés depuis moins de six
mois lui ayant effectivement permis d'entrer sur le territoire d'un État membre, les paragraphes 1, 2 et 3 sont applicables aussi longtemps que le demandeur n'a pas quitté le territoire des États membres. / ()". Aux termes du 2 de ce même article : " Si le demandeur est titulaire d'un visa en cours de validité, l'État membre qui l'a délivré est responsable de l'examen de la demande de protection internationale, sauf si ce visa a été délivré au nom d'un autre État membre en vertu d'un accord de représentation prévu à l'article 8 du règlement (CE) no 810/2009 du Parlement européen et du Conseil du 13 juillet 2009 établissant un code communautaire des visas (1). Dans ce cas, l'État membre représenté est responsable de l'examen de la demande de protection internationale ".
5. Il ressort des pièces du dossier que M. A, qui a demandé l'asile en France le 7 février 2024, avait auparavant obtenu des autorités portugaises un visa valable du 31 octobre 2023 au 25 novembre 2023. En application des dispositions du règlement précité, le Portugal est responsable de l'examen de sa demande d'asile. Le requérant se trouve ainsi dans la situation de faire l'objet d'un arrêté de transfert vers les autorités portugaises qui ont en l'espèce accepté, le 15 avril 2024, de le reprendre en charge sur le fondement de ces dispositions.
6. Aux termes de l'article 17 du règlement du 26 juin 2013 susvisé : " 1. Par dérogation à l'article 3, paragraphe 1, chaque État membre peut décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le présent règlement. / L'État membre qui décide d'examiner une demande de protection internationale en vertu du présent paragraphe devient l'État membre responsable et assume les obligations qui sont liées à cette responsabilité. () 2. L'État membre dans lequel une demande de protection internationale est présentée et qui procède à la détermination de l'État membre responsable, ou l'État membre responsable, peut à tout moment, avant qu'une première décision soit prise sur le fond, demander à un autre État membre de prendre un demandeur en charge pour rapprocher tout parent pour des raisons humanitaires fondées, notamment, sur des motifs familiaux ou culturels, même si cet autre État membre n'est pas responsable au titre des critères définis aux articles 8 à 11 et 16. Les personnes concernées doivent exprimer leur consentement par écrit. ". La faculté laissée à chaque État membre, par les dispositions précitées de l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013, de décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le présent règlement, est discrétionnaire et ne constitue nullement un droit pour les demandeurs d'asile.
7. Le Portugal étant membre de l'Union européenne et partie tant à la convention de Genève du 28 juillet 1951 sur le statut des réfugiés qu'à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, il est présumé que le traitement réservé aux demandeurs d'asile dans cet État est conforme aux exigences de la convention de Genève ainsi qu'à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et à la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne. Cette présomption n'est toutefois pas irréfragable lorsqu'il y a lieu de craindre qu'il existe des défaillances systémiques de la procédure d'asile et des conditions d'accueil des demandeurs d'asile dans l'État membre responsable, impliquant un traitement inhumain ou dégradant. Dans cette hypothèse, il appartient à l'administration d'apprécier dans chaque cas, au vu des pièces qui lui sont soumises et sous le contrôle du juge, si les conditions dans lesquelles un dossier particulier est traité par les autorités portugaises répondent à l'ensemble des garanties exigées par le respect du droit d'asile.
8. M. A soutient que la prise en charge des demandeurs d'asile angolais au Portugal n'est pas impartiale en raison du passé colonial de cet Etat et des liens qui l'unissent à l'Angola. Ces seules déclarations, non étayées, ne suffisent pas à démontrer que les autorités portugaises ne seraient pas en capacité d'examiner sa demande d'asile dans des conditions conformes à l'ensemble des garanties exigées par le droit d'asile. En outre, si le requérant soutient que les liens qu'il a tissé sur le territoire français justifient que sa demande d'asile soit examinée en France, il n'assorti ses allégations d'aucun élément susceptible de les étayer. Enfin, bien qu'il ressorte des pièces du dossier que l'état de santé de l'intéressé nécessite un suivi en urologie ainsi qu'un suivi psychologique, il ne ressort pas des pièces que M. A ne pourrait pas bénéficier des soins nécessaires au Portugal et qu'ainsi une remise à ses autorités entraînerait une rupture d'un traitement ou des conséquences d'une exceptionnelle gravité. Par suite, ne peut qu'être écarté le moyen tiré de ce que la préfète du Rhône aurait entaché la décision attaquée d'erreur manifeste d'appréciation. De même, cette décision ne méconnaît pas les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
9. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 8 juillet 2024.
D E C I D E
Article 1er : M. A est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : La requête de Mme A est rejetée.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et à la préfète du Rhône.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 août 2024.
La magistrate désignée,
M. E Le greffier,
T. Clément
La République mande et ordonne à la préfète du Rhône en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
Un greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026