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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2407239

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2407239

vendredi 2 août 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2407239
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationELOIGNEMENT
Avocat requérantROMANET DUTEIL

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Lyon a rejeté la requête de M. E, ressortissant turc, qui contestait son transfert aux autorités croates et son assignation à résidence. Le tribunal a jugé que, conformément à l'article 13 du règlement (UE) n° 604/2013, la Croatie était responsable de l'examen de sa demande d'asile, ses empreintes ayant été relevées dans ce pays après un franchissement irrégulier de la frontière. Il a également estimé que la préfète du Rhône n'avait pas commis d'erreur manifeste d'appréciation en n'usant pas de la clause discrétionnaire prévue à l'article 17 du même règlement, malgré les attaches familiales et l'apprentissage du français en France.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 23 juillet 2024, M. B E, représenté par Me Romanet Duteil, demande au tribunal d'annuler les arrêtés du 19 juillet 2024 par lesquels la préfète du Rhône a ordonné son transfert aux autorités croates et l'a assigné à résidence dans le département du Rhône pour une durée de 45 jours dans l'attente de ce transfert.

Il soutient que :

- il a fait l'objet de menaces dans son pays d'origine ;

- il a appris la langue française et a de la famille en France, pays où il souhaite s'établir ;

- il ne souhaite pas se rendre en Croatie, Etat auprès duquel il n'a pas formulé de demande d'asile.

Par un mémoire en défense, enregistré le 31 juillet 2024, la préfète du Rhône conclut au rejet de la requête. Elle fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013,

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a délégué à Mme A D les pouvoirs qui lui sont attribués en application de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique du 2 août 2024, Mme D a présenté son rapport et entendu :

- les observations de Me Romanet Duteil, représentant M. E, qui a conclu aux mêmes conclusions que sa requête par les mêmes moyens et notamment indiqué que le requérant a quitté la Turquie après avoir fait l'objet, dans cet Etat, d'une interdiction de quitter le territoire ; qu'il est passé par la Croatie où ses empreintes ont été relevées, pays où il ne souhaite pas retourner ; qu'il ne comprend pas les raisons pour lesquels la France n'examinerait pas sa demande d'asile dans la mesure où sa sœur est en situation régulière sur le territoire national ;

- et les observations de M. E, assisté de Mme C, interprète en langue turque, indiquant qu'il serait en difficulté en Croatie car il n'y a pas d'attache et qu'il n'a fait qu'y transiter ; qu'il a sa sœur et des amis en France où il souhaite s'établir car il s'agit d'un pays laïc et républicain ; qu'il a subi d'importantes pression en Turquie où sa vie était très perturbée ; qu'il a fait des efforts pour apprendre le français.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. E, ressortissant turc né le 17 avril 1988, est entré irrégulièrement en France le 1er août 2023 selon ses déclarations. Il a sollicité le bénéfice de l'asile auprès des autorités françaises le 23 avril 2024. Lors de l'instruction de cette demande, la consultation du fichier Eurodac a révélé que M. E avait été identifié en Croatie, par ses empreintes digitales, le 27 juillet 2023. La préfète du Rhône a ainsi saisi les autorités croates d'une demande de prise en charge le 29 mai 2024, qui a été expressément acceptée le 12 juin 2024. Par arrêté du 19 juillet 2024, la préfète a ordonné son transfert aux autorités croates et l'a assigné à résidence. M. E demande l'annulation de ces arrêtés.

2. En premier lieu, aux termes de l'article 13 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013 : " 1. Lorsqu'il est établi, sur la base de preuves ou d'indices tels qu'ils figurent dans les deux listes mentionnées à l'article 22, paragraphe 3, du présent règlement, notamment des données visées au règlement (UE) n° 603/2013, que le demandeur a franchi irrégulièrement, par voie terrestre, maritime ou aérienne, la frontière d'un État membre dans lequel il est entré en venant d'un État tiers, cet État membre est responsable de l'examen de la demande de protection internationale. Cette responsabilité prend fin douze mois après la date du franchissement irrégulier de la frontière. / () ".

3. Il ressort des pièces du dossier que M. E, qui a demandé l'asile en France le 23 avril 2024, a vu ses empreintes digitales relevées en Croatie suite à un franchissement irrégulier de la frontière le 27 juillet 2023. En application des dispositions du règlement précité, les autorités croates sont responsables de l'examen de sa demande d'asile. Le requérant se trouve ainsi dans la situation de faire l'objet d'un arrêté de transfert vers la Croatie qui a en l'espèce accepté, le 12 juin 2024, de le reprendre en charge sur le fondement de ces dispositions.

4. En second lieu, aux termes de l'article 17 du règlement du 26 juin 2013 susvisé : " 1. Par dérogation à l'article 3, paragraphe 1, chaque État membre peut décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le présent règlement. / L'État membre qui décide d'examiner une demande de protection internationale en vertu du présent paragraphe devient l'État membre responsable et assume les obligations qui sont liées à cette responsabilité. () 2. L'État membre dans lequel une demande de protection internationale est présentée et qui procède à la détermination de l'État membre responsable, ou l'État membre responsable, peut à tout moment, avant qu'une première décision soit prise sur le fond, demander à un autre État membre de prendre un demandeur en charge pour rapprocher tout parent pour des raisons humanitaires fondées, notamment, sur des motifs familiaux ou culturels, même si cet autre État membre n'est pas responsable au titre des critères définis aux articles 8 à 11 et 16. Les personnes concernées doivent exprimer leur consentement par écrit. ". La faculté laissée à chaque État membre, par les dispositions précitées de l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013, de décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le présent règlement, est discrétionnaire et ne constitue nullement un droit pour les demandeurs d'asile.

5. M. E soutient qu'il fait l'objet de menaces dans son pays d'origine, qu'il a appris la langue française et a de la famille en France et qu'il ne souhaite pas se rendre en Croatie. Ces seules déclarations, non étayées, ne suffisent pas à démontrer que la préfète du Rhône aurait entaché sa décision de transfert de l'intéressé aux autorités croates d'une erreur manifeste d'appréciation.

6. Il résulte de ce qui précède que M. E n'est pas fondé à demander l'annulation des arrêtés du 19 juillet 2024 par lesquels la préfète du Rhône a ordonné son transfert aux autorités croates et l'a assigné à résidence dans le département du Rhône.

D E C I D E

Article 1er : La requête de M. E est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B E et à la préfète du Rhône.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 août 2024.

La magistrate désignée,

M. D Le greffier,

T. Clément

La République mande et ordonne à la préfète du Rhône en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

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