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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2407246

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2407246

jeudi 25 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2407246
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationELOIGNEMENT
Avocat requérantTOMASI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 23 juillet 2024, M. F B A, représenté par Me Bouchet, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler les décisions du 22 juillet 2024 par lesquelles la préfète de l'Ain l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a déterminé le pays de destination en cas de reconduite et l'a interdit de retour sur le territoire national avant l'écoulement d'une période de trois ans ;

3°) de mettre à la charge de l'État le versement d'une somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

Sur l'ensemble des décisions :

- ces décisions sont entachées d'incompétence ;

- elles sont insuffisamment motivées, révélant en cela un défaut d'examen de sa situation particulière ;

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire :

- cette décision méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

Sur la décision l'interdisant de retour sur le territoire français :

- cette décision méconnaît les dispositions des articles L. 612-6 et L. 612-10 du code précité ; le quantum retenu revêt un caractère disproportionné.

Par un mémoire, enregistré le 24 juillet 2024, la préfète de l'Ain conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

La présidente du tribunal a délégué les pouvoirs qui lui sont attribués par l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile à M. Gilbertas.

Vu la prestation de serment de Mme D, interprète en langue espagnole.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendu, au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Gilbertas, magistrat désigné,

- les observations de Me Bouchet, pour M. B A, qui conclut aux mêmes fins que la requête et par les mêmes moyens,

- celles de M. B A, assisté de Mme D, interprète en langue espagnole,

- et celles de Me Iririra Nganga, substituant Me Tomasi, pour la préfete de l'Ain.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. F B A, ressortissant colombien né le 26 mars 1988, demande au tribunal l'annulation des décisions du 22 juillet 2024 par lesquelles la préfète de l'Ain l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a déterminé le pays de destination en cas de reconduite et l'a interdit de retour sur le territoire national avant l'écoulement d'une période de trois ans.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. En raison de l'urgence résultant de l'application des dispositions de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il y a lieu de faire droit à la demande de M. B A tendant à son admission provisoire à l'aide juridictionnelle, sur le fondement du premier alinéa de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne l'ensemble des décisions :

3. D'une part, les décisions attaquées ont été signées par M. E C, directeur de la citoyenneté et de l'intégration en vertu d'une délégation de signature consentie par un arrêté du 11 décembre 2023 de la préfète de l'Ain publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture de l'Ain le 13 décembre 2023. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur des décisions en litige doit être écarté.

4. D'autre part, l'arrêté attaqué vise les dispositions et stipulations dont il fait application et relève les éléments biographiques du requérant pertinents pour cette application. Si B A conteste la caractérisation faite par l'autorité compétente de certains de ces éléments, notamment le risque que pose sa présence en France pour l'ordre public, un tel grief relève du bienfondé des décisions attaquées et non de leur motivation. Il ne résulte ni de cette motivation, suffisante en l'espèce, ni des autres pièces du dossier que la préfète de l'Ain aurait édicté l'arrêté en litige à l'issue d'un examen incomplet de la situation personnelle du requérant. Les moyens afférents doivent ainsi être écartés.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

5. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ". Selon l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. ".

6. M. B A, qui déclare être présent sur le territoire national, à la date de la décision attaquée, depuis deux mois et demi, fait valoir la présence de son fils en Suisse et d'un droit de visite hebdomadaire le concernant ainsi que de la présence, en France, de sa compagne actuelle. Toutefois, la décision en litige n'a ni pour objet ni pour effet de séparer le requérant de son enfant, qui ne réside pas en France, et il ressort des pièces du dossier que M. B A a été interpellé pour des violences à l'encontre de sa compagne actuelle, sans que son invocation d'une alcoolisation conjointe ne caractérise l'innocuité de tels faits. Dans ces conditions, compte tenu de la consistance des liens ainsi caractérisés et de la durée brève de son séjour en France, la décision en litige ne peut être regardée comme portant atteinte à son droit à une vie privée et familiale normale ou à l'intérêt supérieur de son enfant en méconnaissance des stipulations précitées. Les moyens afférents doivent ainsi être écartés.

En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :

7. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. ".

8. Pour interdire de retour M. B A sur le territoire français pour une durée de trois ans, la préfète de l'Ain, au visa des dispositions précitées, a relevé les conditions du séjour de l'intéressé en France, ainsi qu'analysées au point 6 du présent jugement, constaté que celui-ci n'avait pas fait l'objet de mesures d'éloignement antérieures et indiqué que sa présence en France constituait une menace pour l'ordre public. Si M. B A soutient que sa condamnation à six mois de réclusion pour des faits, notamment, de violences et vols répétés entre 2021 et 2024, ne saurait être prise en compte, ayant été commis en Suisse, il ne remet pas en cause la matérialité et l'imputabilité personnelle de tels faits reprochés qui sont à même de caractériser l'actualité de la menace pour l'ordre public que constitue sa présence sur le territoire français, de même que sa récente interpellation en France, alors qu'il déclare n'être entré dans ce pays que seulement deux mois et demi plus tôt, pour des faits de violences sur sa compagne actuelle pour lesquels il fait l'objet d'une convocation devant un officier de police judiciaire. La gravité, l'actualité et la réalité d'une telle menace apparaissant établie, et alors que les liens que le requérant fait valoir avec la France apparaissent exempt de caractère durable et que son enfant n'est pas présent sur le territoire national, c'est sans méconnaissance des dispositions précitées et des stipulations citées au point 5 du présent jugement ni disproportion que la préfète de l'Ain a pu interdire de retour sur le territoire français M. B A pour une durée de trois ans.

9. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la requête doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions présentées au titre des frais du litige.

D E C I D E :

Article 1er : M. B A est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus de conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. F B A, à Me Bouchet et à la préfète de l'Ain.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 juillet 2024.

Le magistrat désigné,

M. Gilbertas

La greffière,

L. Bon-Mardion

La République mande et ordonne à la préfète de l'Ain, en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour exécution conforme,

Un greffier

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