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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2407336

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2407336

vendredi 6 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2407336
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation8ème chambre
Avocat requérantKADRI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 24 juillet 2024, M. D B, représenté par Me Kadri, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 8 juillet 2024 par lequel le préfet de la Loire a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Loire de procéder au réexamen de sa situation personnelle à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 800 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

S'agissant de la décision portant refus de titre de séjour :

- elle a été prise par une autorité incompétente ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors que sa présence ne constitue pas une menace à l'ordre public ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa vie personnelle ;

- elle méconnaît les stipulations du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors que sa présence ne constitue pas une menace à l'ordre public ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa vie personnelle ;

- elle méconnaît les stipulations du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

S'agissant de la décision fixant le délai de départ volontaire :

- elle est illégale du fait de l'illégalité des décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français ;

S'agissant de la décision fixant le pays de renvoi :

- elle est illégale du fait de l'illégalité des décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français.

La requête a été communiquée au préfet de la Loire qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant signée à New-York le 26 janvier 1990 ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Dèche, présidente-rapporteure a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant albanais, né le 29 novembre 1993, déclare être entré sur le territoire français en septembre 2019. Il a obtenu un titre de séjour en qualité de parent d'enfant français sur le fondement des dispositions de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, valable du 22 septembre 2022 au 21 septembre 2023. Le 17 janvier 2024, il a sollicité le renouvellement du titre de séjour dont il était titulaire. Par des décisions du 8 juillet 2024, le préfet de la Loire a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, et a fixé le pays de renvoi. M. B demande l'annulation de ces décisions.

Sur la décision portant refus de titre de séjour :

2. En premier lieu, la décision en litige a été signée par M. F G, sous-préfet de St-Etienne et secrétaire général de la préfecture de la Loire, qui disposait d'une délégation consentie à cet effet par un arrêté du 2 mai 2023, publié le 3 mai 2023 au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture librement accessible tant au juge qu'aux parties. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision attaquée doit être écarté.

3. En deuxième lieu, d'une part, aux termes de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France et qui établit contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil, depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. " Aux termes de l'article L. 423-8 de ce code : " Pour la délivrance de la carte de séjour prévue à l'article L. 423-7, lorsque la filiation est établie à l'égard d'un parent en application de l'article 316 du code civil, le demandeur, s'il n'est pas l'auteur de la reconnaissance de paternité ou de maternité, doit justifier que celui-ci contribue effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant, dans les conditions prévues à l'article 371-2 du code civil, ou produire une décision de justice relative à la contribution à l'éducation et à l'entretien de l'enfant. () ". Aux termes de l'article L. 423-10 du même code : " L'étranger qui est père ou mère d'un enfant français résidant en France et titulaire depuis au moins trois années de la carte de séjour temporaire prévue à l'article L. 423-7 ou d'une carte de séjour pluriannuelle délivrée aux étrangers mentionnés aux articles L. 423-1, L. 423-7 et L. 423-23, sous réserve qu'il continue de remplir les conditions prévues pour l'obtention de cette carte de séjour, se voit délivrer une carte de résident d'une durée de dix ans. / () ".

4. D'autre part, aux termes de l'article L. 412-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La circonstance que la présence d'un étranger en France constitue une menace pour l'ordre public fait obstacle à la délivrance et au renouvellement de la carte de séjour temporaire, de la carte de séjour pluriannuelle et de l'autorisation provisoire de séjour prévue aux articles L. 425-4 ou L. 425-10 ainsi qu'à la délivrance de la carte de séjour de résident et de la carte de résident portant la mention " résident de longue durée - UE ". Aux termes de l'article L. 432-1 du même code : " La délivrance d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle ou d'une carte de résident peut, par une décision motivée, être refusée à tout étranger dont la présence en France constitue une menace pour l'ordre public ". Lorsque l'administration expose un motif lié à la menace à l'ordre public pour refuser de faire droit à la demande de l'intéressé, il appartient au juge de l'excès de pouvoir, saisi d'un moyen en ce sens, de rechercher si les faits qu'elle invoque à cet égard sont de nature à justifier légalement sa décision.

5. Pour refuser à M. B le renouvellement de son titre de séjour en qualité de parent d'un enfant français, le préfet de la Loire s'est fondé sur deux motifs tirés, d'une part, de la circonstance que ce dernier ne contribue pas à l'entretien et à l'éducation de ses enfants et, d'autre part, de ce que sa présence en France constitue une menace pour l'ordre public.

6. S'agissant des liens entre le requérant et ses filles, M. B soutient qu'il contribue effectivement à l'éducation et à l'entretien de ses enfants dès lors qu'il reverse à leur mère et concubine, Mme E C, l'argent qu'il gagne en détention par un emploi pénitentiaire au service général en qualité de commis de cuisine afin qu'elle puisse régler les achats quotidiens, et qu'il participe à l'éducation de ses filles dans la mesure du possible par le biais d'un lien constant entretenu lors de visites au parloir à de multiples reprises. Il allègue également être plus présent auprès de ses enfants depuis qu'il bénéficie d'un régime de semi-liberté, notamment en emmenant ses filles chez le pédiatre. Toutefois, M. B se borne à produire à l'instance des factures pour la plupart non nominatives pour des achats divers relatifs aux enfants, une attestation d'hébergement chez Mme C, les historiques des visites au parloir et des versements effectués au Trésor public, qui ne sont pas suffisants pour établir sa contribution effective à l'entretien et à l'éducation de ses enfants, dans les conditions prévues à l'article 371-2 du code civil. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne peut qu'être écarté.

7. S'agissant de la menace à l'ordre public que constituerait le requérant, il ressort des énonciations de la décision en litige que le préfet de la Loire a relevé que M. B avait fait l'objet d'une condamnation pénale de trois ans d'emprisonnement sans sursis et 5 000 euros d'amende avec confiscation du produit de l'infraction par un jugement du tribunal correctionnel de Saint-Etienne le 22 février 2023 pour transport, détention, offre, cession, et acquisition non autorisés de stupéfiants, en l'espèce de l'héroïne et de la cocaïne. M. B ne conteste pas l'exactitude de ces mentions et soutient qu'il ne s'agit que de la seule condamnation le concernant, que son emploi pénitentiaire en qualité de commis de cuisine a donné entière satisfaction, qu'il maitrise la langue française, et qu'il a préparé sa réinsertion en suivant une formation en soudure, chaudronnerie, et en occupant un emploi d'ouvrier polyvalent au sein de l'entreprise Amave. S'il ressort des pièces du dossier que le requérant a effectivement bénéficié d'une réduction de 165 jours de sa peine sur la période du 13 janvier 2023 au 13 janvier 2024 établissant sa nouvelle date de fin de peine au 1er août 2025, et d'un régime de semi-liberté, ces faits, eu égard à leur caractère récent et à leur gravité, sont de nature à caractériser une menace pour l'ordre public. Le préfet de la Loire n'a, dans ces conditions, pas fait une inexacte application des dispositions précitées des articles L. 412-5 et L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en refusant de faire droit à la demande de titre de séjour de M. B. Le moyen doit donc être écarté.

8. En dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ". Aux termes du 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".

9. Il ressort des pièces du dossier que M. B déclare être présent en France depuis cinq ans et allègue vivre en concubinage avec Mme E C, ressortissante française, et être le père des deux filles nées de cette union, Mme A B C et Mme H B C, de nationalité française, nées en 2020 et 2022. Il soutient également qu'il a maintenu des liens avec sa concubine et ses enfants malgré la détention grâce à des multiples visites au parloir de Mme C et de ses filles, aussi par le biais du régime de semi-liberté, et en lui reversant l'argent qu'il a gagné par son emploi pénitentiaire pour qu'elle puisse acheter des biens nécessaires à l'entretien de leurs enfants au quotidien. Toutefois, ces éléments sont insuffisants pour établir l'intégration dans la société française dont il fait état. Par ailleurs, le requérant, qui ne démontre pas être dépourvu de tout lien dans son pays d'origine, ne fait état d'aucun autre élément susceptible de démontrer qu'il serait dans l'impossibilité, de mener avec ses enfants, une vie familiale normale en Albanie. Dans ces conditions, M. B n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée aurait porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale, ou aurait porté atteinte à l'intérêt supérieur de ses enfants. Par suite, les moyens tirés de la violation des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de celles du 1 de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant doivent être écartés. Pour les mêmes motifs, la décision n'est pas davantage entachée d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences sur sa situation personnelle.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

10. En premier lieu, compte tenu de ce qui a été dit précédemment, l'exception d'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour soulevée à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être écartée.

11. En deuxième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 7 du présent jugement, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'est pas entachée d'une erreur d'appréciation de la menace à l'ordre public que constituerait le requérant. Par suite, le moyen doit être écarté.

12. En dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 9 du présent jugement, la décision portant obligation de quitter le territoire français ne méconnaît pas l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ni le 1 de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant et n'est pas entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle de l'intéressé.

Sur la décision fixant le délai de départ volontaire :

13. Il résulte de ce qui précède que l'exception d'illégalité des décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français soulevée à l'encontre de la décision fixant le délai de départ volontaire doit être écartée.

Sur la décision fixant le pays de renvoi :

14. Il résulte de ce qui précède que l'exception d'illégalité des décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français soulevée à l'encontre de la décision fixant le pays de renvoi doit être écartée.

15. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que les conclusions de la requête aux fins d'annulation et d'injonction doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D B et au préfet de la Loire.

Délibéré après l'audience du 22 novembre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Dèche, présidente,

Mme Journoud, conseillère,

Mme Pouyet, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 décembre 2024.

La présidente-rapporteure,

P. DècheL'assesseure la plus ancienne

dans l'ordre du tableau,

L. Journoud

La greffière,

S. Hosni

La République mande et ordonne au préfet de la Loire, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Une greffière,

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