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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2407436

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2407436

mardi 31 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2407436
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation7ème chambre
Avocat requérantADJA OKE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 24 juillet 2024, M. C A, représenté par Me Adja Oke, demande au tribunal :

1°) d'annuler les décisions du 20 mars 2024 par lesquelles la préfète du Rhône a refusé de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " étudiant " ou " visiteur ", l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office ;

2°) d'enjoindre à la préfète du Rhône de lui délivrer une carte de séjour temporaire dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement et, dans l'attente, de le munir d'un récépissé de carte de séjour l'autorisant à travailler, ou de réexaminer sa situation dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement et, dans l'attente, de le munir d'un récépissé de carte de séjour l'autorisant à travailler ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros, à verser à son conseil, en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- les décisions attaquées sont insuffisamment motivées ;

- la décision portant refus de séjour est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dans la mise en œuvre du pouvoir de régularisation dont dispose l'autorité préfectorale ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est illégale en conséquence de l'illégalité du refus de titre de séjour ;

- les décisions fixant à trente jours le délai de départ volontaire et le pays de destination sont illégales en conséquence de l'illégalité du refus de titre de séjour et de l'obligation de quitter le territoire français.

Par un mémoire en défense, enregistré le 22 octobre 2024, la préfète du Rhône conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 18 juin 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique, le rapport de Mme Vaccaro-Planchet, présidente.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant comorien né le 17 juin 1999, entré en France le 1er novembre 2020 muni d'un visa de long séjour portant la mention " étudiant ", demande l'annulation des décisions du 20 mars 2024 par lesquelles la préfète du Rhône a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office.

2. Les décisions attaquées visent les textes dont elles font application, notamment la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ainsi que les dispositions utiles du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par ailleurs, elles précisent les éléments déterminants qui ont notamment conduit la préfète du Rhône à refuser le titre de séjour sollicité par le requérant. Ainsi, elles comportent les circonstances de fait et de droit qui en constituent le fondement. Dès lors, le moyen tiré de ce que les décisions attaquées ne seraient pas suffisamment motivées doit être écarté.

3. Il ne ressort ni des termes de la décision attaquée, ni d'aucune autre pièce du dossier que la préfète du Rhône n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation du requérant avant de refuser de l'admettre au séjour. Si M. A soutient qu'il a également sollicité son admission au séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 426-20 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et produit à cet égard une copie des récépissés de carte de séjour portant la mention " a demandé la délivrance d'un premier titre de séjour portant la mention visiteur " qui lui ont été délivrés au cours de l'instruction de sa demande de titre de séjour, il ressort toutefois des pièces du dossier et, notamment, de la fiche de renseignements du 16 août 2022 ainsi que de celle du 7 février 2024 produites en défense, que l'intéressé a uniquement sollicité la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " étudiant ", la mention précitée ne procédant que d'une erreur de plume de l'administration. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit doit être écarté.

4. Aux termes de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui établit qu'il suit un enseignement en France ou qu'il y fait des études et qui justifie disposer de moyens d'existence suffisants se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " d'une durée inférieure ou égale à un an. / En cas de nécessité liée au déroulement des études ou lorsque l'étranger a suivi sans interruption une scolarité en France depuis l'âge de seize ans et y poursuit des études supérieures, l'autorité administrative peut accorder cette carte de séjour sous réserve d'une entrée régulière en France et sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / () ". Aux termes de l'article L. 412-1 de ce code: " Sous réserve des engagements internationaux de la France et des exceptions prévues aux articles L. 412-2 et L. 412-3, la première délivrance d'une carte de séjour temporaire ou d'une carte de séjour pluriannuelle est subordonnée à la production par l'étranger du visa de long séjour mentionné aux 1° ou 2° de l'article L. 411-1. ".

5. Il ressort des pièces du dossier que M. A est entré sur le territoire français le 1er novembre 2020 sous couvert d'un passeport revêtu d'un visa de long séjour valant titre de séjour, valable du 29 octobre 2020 au 29 octobre 2021 et que, en l'absence d'inscription universitaire pour l'année 2021-2022, il n'a sollicité un titre de séjour portant la mention " étudiant " que le 17 août 2022 sur présentation d'une inscription en brevet de technicien supérieur (BTS) comptabilité et gestion pour l'année 2022-2023. Si le requérant fait valoir qu'il était inscrit en deuxième année de BTS au cours de l'année 2023-2024 et que l'absence de document de séjour l'autorisant à travailler l'a empêché de poursuivre sa formation dès lors que celle-ci se déroulait en alternance, ces éléments ne permettent pas de regarder la décision attaquée portant refus de titre de séjour comme entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

6. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale. ".

7. Si M. A fait état de la présence en France de quatre de ses frères et sœurs dont deux sont de nationalité française, de ce que sa présence est nécessaire aux côtés de sa mère souffrant d'une maladie très invalidante, et de ce qu'il ne dispose plus d'attaches dans son pays d'origine, il ressort toutefois des pièces du dossier que le requérant n'a quitté son pays d'origine qu'à l'âge de vingt-et-un ans pour venir poursuivre des études en France, qu'il a été séparé de sa mère, entrée en France le 25 janvier 2013, et de ses frères et sœurs, durant près de huit années, alors qu'il a vécu l'essentiel de sa vie dans son pays d'origine, où il a nécessairement conservé des attaches, et où réside notamment son père. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté, ainsi que, pour les mêmes motifs, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation au regard du pouvoir de régularisation dont dispose l'autorité préfectorale.

8. En l'absence d'illégalité de la décision portant refus de renouvellement de titre de séjour, le requérant n'est pas fondé à soutenir que l'obligation de quitter le territoire français serait illégale du fait de l'illégalité de cette décision.

9. En l'absence d'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français, le requérant n'est pas fondé à soutenir que les décisions fixant le délai de départ volontaire et le pays de renvoi seraient illégales du fait de cette illégalité.

10. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la requête de M. A doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction sous astreinte.

11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, le versement d'une somme au titre des frais liés au litige.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à C A et à la préfète du Rhône.

Délibéré après l'audience du 13 décembre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Vaccaro-Planchet, présidente,

Mme Leravat, première conseillère,

Mme de Tonnac, conseillère.

Rendu public par mise à disposition du greffe le 31 décembre 2024.

La présidente-rapporteure,

V. Vaccaro-PlanchetL'assesseure la plus ancienne,

C. Leravat

La greffière,

E. Gros

La République mande et ordonne à la préfète du Rhône, en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

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