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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2407614

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2407614

mercredi 9 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2407614
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationJU 4ème chambre
Avocat requérantGODDET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 31 juillet 2024 et des pièces enregistrées le 26 septembre 2024, Mme A C B, représentée par Me Goddet, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 11 juillet 2024 par lequel la préfète du Rhône lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être reconduite d'office à l'expiration de ce délai ;

3°) d'enjoindre à la préfète du Rhône de réexaminer sa situation et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai de 8 jours à compter du jugement à intervenir sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- la requête est recevable ;

- l'arrêté a été pris par une autorité incompétente ;

- les décisions sont insuffisamment motivées ;

S'agissant de l'obligation de quitter le territoire :

- elle est entachée de défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle ;

- le préfet s'est estimé à tort en situation de compétence liée ;

- la requérante n'a pas pu présenter ses observations en méconnaissance du principe général du droit européen relatif au droit d'être entendu ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation et méconnait son droit à une vie privée et familiale ;

S'agissant de la décision fixant le pays de destination :

- elle est illégale du fait de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire ;

- elle est entachée de défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, des dispositions des articles 1, 4 et 19 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ainsi que les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

La préfète du Rhône a produit des pièces le 17 septembre 2024 qui ont été communiquées.

La présidente du tribunal a désigné M. Clément pour statuer sur les litiges relatifs aux décisions portant mesure d'éloignement ou remise des ressortissants étrangers en application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience, à laquelle elles n'étaient ni présentes ni représentées.

Le rapport de M. Clément, magistrat désigné, a été entendu au cours de l'audience publique.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A C B, ressortissante de Côte-d'Ivoire, est entrée en France en août 2021. Par un arrêté du 11 juillet 2024, la préfète du Rhône lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être reconduite d'office à l'expiration de ce délai. Mme A C B demande au tribunal l'annulation de ces décisions.

2. La demande d'aide juridictionnelle de Mme B ayant été admise par le bureau d'aide juridictionnelle, par une décision du 6 septembre 2024, il n'y a plus lieu de statuer sur sa demande d'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

3. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () / 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3° () ".

4. Mme A C B née le 1er mars 1993 a fait une demande de protection internationale rejetée par une décision du 13 décembre 2022 de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) confirmée par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) le 4 décembre 2023.

Sur les moyens communs à l'ensemble des décisions attaquées :

5. En premier lieu, l'arrêté en litige a été signé par Maud Besson, directrice adjointe des migrations et de l'intégration de la préfecture du Rhône, qui disposait à cet effet d'une délégation, en vertu d'un arrêté de la préfète du Rhône du 21 mars 2024, publié le lendemain au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué doit être écarté.

6. En deuxième lieu, les décisions énoncent les motifs de droit et de fait sur lesquelles la préfète du Rhône s'est fondée pour ordonner l'éloignement de Mme B. Elles sont donc suffisamment motivées.

S'agissant de la décision lui faisant obligation de quitter le territoire :

7. En premier lieu, il ne ressort pas des termes de la décision en litige, pas plus que des pièces des dossiers, que la préfète n'aurait pas procédé à un examen complet de la situation de la requérante, et pas davantage qu'elle se serait estimée liée par les décisions rendues par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides et la Cour nationale du droit d'asile.

8. En deuxième lieu, si Mme B soutient avoir été privée de la possibilité d'être entendue préalablement à l'édiction de la mesure d'éloignement, elle n'établit, et ne soutient d'ailleurs pas, avoir sollicité en vain l'administration afin de faire valoir des observations complémentaires alors qu'en outre, elle ne pouvait ignorer que le rejet de sa demande d'asile l'exposait à être éloignée du territoire. D'autre part, elle ne fait valoir, dans le cadre de la présente instance, aucun élément relatif à sa situation qui aurait été susceptible d'influer sur l'examen de sa situation par la préfète. Il s'ensuit qu'elle n'est pas fondée à soutenir que la décision a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière en violation du droit d'être entendu garanti par les principes fondamentaux du droit de l'Union européenne.

9. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () ".

10. Mme B, de nationalité ivoirienne, est entrée récemment en France le 18 août 2021. Mme B ne démontre pas avoir constitué des attaches particulièrement intenses sur le territoire national. Les certificats médicaux d'un médecin psychiatre attestant que son état de santé nécessite un suivi régulier ne permettent pas de conclure qu'il existerait un obstacle à l'éloignement de l'intéressée, celle-ci n'établissant pas, au demeurant, ne pas pouvoir bénéficier d'un tel suivi dans son pays d'origine. Il s'ensuit que le moyen tiré de la violation de l'article 8 de la convention européenne précitée doit être écarté, de même que le moyen tiré d'une erreur manifeste d'appréciation et le moyen tiré de la violation de l'article 5 de la directive 2008/115/CE.

11. Il résulte de tout ce qui précède que Mme B n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français

S'agissant de la décision fixant le pays de destination :

12. Aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950. ". Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

13. En premier lieu, la requérante n'ayant pas démontré l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français, elle n'est pas fondée à s'en prévaloir pour soutenir que la décision désignant le pays de renvoi serait elle-même illégale.

14. En second lieu, pour soutenir qu'elle est exposée à des risques de traitements inhumains ou dégradants en cas de retour en Côte-d'Ivoire, Mme B relate un mariage forcé ainsi que les violences subies durant la vie maritale et se réfère au récit produit devant les autorités de l'asile. Toutefois, son récit n'est assorti d'aucune pièce qui en accréditerait le bien-fondé, et a d'ailleurs été jugé peu convaincant par les autorités en charge de l'asile. Par suite, Mme B n'est pas fondée à soutenir que la décision fixant le pays de destination méconnaîtrait l'article 3 de la convention européenne précitée pas plus que l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que les stipulations similaires de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne.

15. Il résulte de tout ce qui précède que Mme B n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision désignant le pays à destination duquel elle est susceptible d'être éloignée d'office.

16. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de Mme A C B doit être rejetée en toute ces conclusions y compris celles à fin d'injonction et celles présentées au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de Mme B sollicitant le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : La requête de Mme A C B est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C B et à la préfète du Rhône.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 octobre 2024.

Le magistrat désigné,

M. ClémentLe greffier,

J. Billot

La République mande et ordonne à la préfète du Rhône en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

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