vendredi 2 août 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2407618 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | ELOIGNEMENT |
| Avocat requérant | ROMANET DUTEIL |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 31 juillet 2024, M. B C, actuellement retenu au centre de rétention administrative de Lyon Saint-Exupéry et représenté par Me Romanet Duteil, demande au tribunal :
1°) de l'admettre à l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) de faire mettre à disposition son dossier par la préfecture ;
3°) d'annuler l'arrêté du 29 juillet 2024 par lequel le préfet de l'Isère lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de circulation sur le territoire pour une durée de deux ans ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros à verser à son conseil au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- le préfet doit justifier de la délégation du signataire de l'arrêté attaqué ;
- l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé et n'a pas été précédé d'un examen particulier de sa situation ;
- la décision portant obligation de quitter le territoire français est dépourvue de base légale, sa présence sur le territoire français n'étant pas constitutive d'une menace pour l'ordre public au sens de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle viole les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la décision refusant de lui octroyer un délai de départ volontaire méconnaît l'article L. 251-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, aucune urgence ne justifiant de ne pas lui octroyer le délai de départ d'un mois prévu par ces dispositions ;
- l'interdiction de circulation sur le territoire de deux ans dont il fait l'objet est disproportionnée au regard de la liberté de circulation dont bénéficient les citoyens européens.
Des pièces ont été produites par le préfet de l'Isère le 1er août 2024.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a délégué à Mme Marie Chapard les pouvoirs qui lui sont attribués en application de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique du 2 août 2024, Mme Marie Chapard a présenté son rapport et entendu :
- les observations de Me Romanet Duteil, pour M. C, présent, reprenant les conclusions et moyens de ses écritures et soulevant un moyen nouveau tiré d'une erreur de droit au regard de l'article L. 251-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qui exclu du champ des décisions portant obligation de quitter le territoire français les citoyens de l'Union européenne qui ont acquis un droit au séjour permanent en application de l'article L. 234-1 du même code, ce qui est le cas de M. C qui est entré en France en 2007 pour travailler, d'abord à Lyon jusqu'en 2009, puis à Grenoble, et qui a constamment exercé une activité professionnelle en France depuis cette date ; Me Romanet Duteil soutient également que le procès-verbal d'audition montre bien que la qualité de ressortissant européen du requérant n'a pas été prise en compte ; qu'il subvient totalement aux besoins de sa conjointe et de ses deux enfants par son salaire ; qu'il n'a plus de famille au Portugal et n'y est retourné qu'à l'occasion des vacances scolaires estivales de ses enfants ; que les faits de violences conjugales pour lesquels il a été condamné pénalement sont graves mais que le juge pénal n'a pris à son encontre aucune mesure d'éloignement et aucune interdiction d'entrer en contact avec sa conjointe et qu'il a de plus quitté le foyer conjugal suite à cette condamnation pour s'installer chez son frère ; que les mentions au fichier de police concernent des infractions liées à la consommation de stupéfiants qui ne caractérisent pas une menace pour un intérêt fondamental de la société et que son employeur souhaite maintenir son contrat de travail ;
- les observations de M. C indiquant qu'il a pris conscience de l'importance des faits pour lesquels il a été condamné ;
- les observations de Me Coquel, substituant Me Tomasi, pour le préfet de l'Isère faisant valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés et notamment que sa durée de présence sur le territoire français est insuffisamment documentée ; que si la peine du requérant a été aménagée il était précédemment connu des services de police pour d'autres infractions ; que le requérant a laisser entendre qu'il reviendrait en France ; qu'il n'est pas certain que la relation avec sa compagne se poursuive après sa condamnation pénale et qu'en tout état de cause la cellule familiale pourrait se reconstituer au Portugal.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. C, ressortissant portugais né le 12 octobre 1984, réside en France depuis 2007 selon ses déclarations. Il demande l'annulation de l'arrêté du 29 juillet 2024 par lequel le préfet de l'Isère lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de circulation sur le territoire pour une durée de deux ans.
Sur l'aide juridictionnelle à titre provisoire :
2. Le premier alinéa de l'article 20 de la loi susvisée du 10 juillet 1991 dispose que " dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente () ". Aux termes de l'article 61 du décret susvisé du 28 décembre 2020 : " L'admission provisoire peut être accordée dans une situation d'urgence (). / L'admission provisoire est accordée par () le président de la juridiction saisie, soit sur une demande présentée sans forme par l'intéressé, soit d'office si celui-ci a présenté une demande d'aide juridictionnelle () sur laquelle il n'a pas encore été statué ".
3. Au cas particulier, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur sa requête, il y a lieu d'admettre, à titre provisoire, M. C au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions tendant à la production, par le préfet, du dossier de M. C :
4. L'affaire est en état d'être jugée, le principe du contradictoire a été respecté et l'ensemble des pièces de procédure ont été produites sur audience par l'administration. Il n'apparaît donc pas nécessaire, dans les circonstances de l'espèce, d'ordonner la communication de l'entier dossier qu'elle détient.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
5. Aux termes des dispositions de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative compétente peut, par décision motivée, obliger les étrangers dont la situation est régie par le présent livre, à quitter le territoire français lorsqu'elle constate les situations suivantes : () ; 2° Leur comportement personnel constitue, du point de vue de l'ordre public ou de la sécurité publique, une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société. ". Aux termes de l'article L. 251-2 du même code : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français en application de l'article L. 251-1 les citoyens de l'Union européenne ainsi que les membres de leur famille qui bénéficient du droit au séjour permanent prévu par l'article L. 234-1. ". Aux termes de l'article L. 233-1 de ce code : " Les citoyens de l'Union européenne ont le droit de séjourner en France pour une durée supérieure à trois mois s'ils satisfont à l'une des conditions suivantes : 1° Ils exercent une activité professionnelle en France ; (). ". Enfin, aux termes de l'article L. 234-1 : " Les citoyens de l'Union européenne mentionnés à l'article L. 233-1 qui ont résidé de manière légale et ininterrompue en France pendant les cinq années précédentes acquièrent un droit au séjour permanent sur l'ensemble du territoire français. (). "
6. Il ressort des pièces du dossier, notamment de l'attestation rédigée par son employeur actuel pour le compte duquel il est salarié à temps complet depuis le 4 septembre 2019, de son contrat de travail, des avis d'imposition produits sur ses revenus de 2016 et de 2020 et des extraits d'actes de naissance de ses enfants, nés en France d'une mère de nationalité française en 2014 et 2017, que M. C, de nationalité portugaise et donc citoyen de l'Union européenne, réside en France tout en y exerçant une activité professionnelle depuis plus de cinq années. Il en ressort également qu'avant sa condamnation du 29 juillet 2024, il n'avait fait l'objet d'aucune condamnation pénale, les mentions au traitement d'antécédents judiciaires (TAJ) que fait valoir le préfet permettant seulement de constater que le requérant a été entendu par des services d'enquête. Ainsi, le requérant ayant acquis un droit au séjour permanent sur le territoire depuis plusieurs années à la date de la décision attaquée, ce dernier fait obstacle, en application des dispositions de l'article L. 251-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, au prononcé d'une obligation de quitter le territoire français à son encontre.
7. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que M. C est fondé à demander l'annulation de la décision du préfet de l'Isère portant obligation de quitter le territoire du 29 juillet 2024. Les décisions du même jour refusant de lui octroyer un délai de départ volontaire, fixant le pays de destination et prononçant à son encontre une interdiction de circulation sur le territoire pour une durée de deux ans sont annulées par voie de conséquence.
Sur les frais liés au litige :
8. M. C a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire. Par suite, son avocate peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, sous réserve de l'admission de définitive du requérant à l'aide juridictionnelle et que Me Romanet Duteil, avocate de M. C, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Romanet Duteil de la somme de 1 000 euros.
DÉCIDE :
Article 1er : M. C est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : L'arrêté du 29 juillet 2024 du préfet l'Isère est annulé.
Article 3 : L'Etat versera à Me Romanet Duteil la somme de 1 000 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que Me Romanet Duteil renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B C et au préfet de l'Isère.
Lu en audience publique le 2 août 2024.
La magistrate désignée,
M. A,
Le greffier,
T. Clément,
La République mande et ordonne au préfet de l'Isère en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
Un greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026