mercredi 14 août 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2407715 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | ELOIGNEMENT |
| Avocat requérant | MANZONI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 2 et 12 août 2024, M. B C A, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler la décision du 29 juillet 2024 par laquelle le directeur territorial de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) lui a refusé le bénéfice des conditions matérielles d'accueil ;
3°) d'enjoindre à l'OFII, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir :
- à titre principal, de lui accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil ;
- à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa demande ;
4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 000 euros à verser à son conseil en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, à charge pour celui-ci de renoncer à percevoir la part contributive de l'État versée au titre de l'aide juridictionnelle.
Il soutient que :
- sa requête est recevable, dès lors que sa demande d'asile a bien été enregistrée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) ;
- la décision contestée du 29 juillet 2024 est insuffisamment motivée au regard des dispositions de l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors qu'elle ne fait pas état de l'entretien de vulnérabilité dont il a bénéficié le 29 juillet 2024 ;
- elle méconnaît les dispositions des articles L. 551-15 et L. 531-27 du même code ; en effet :
• il dispose d'un motif légitime de nature à justifier le dépôt de sa demande de protection internationale plus de quatre-vingt-dix jours après son entrée sur le territoire français, dès lors qu'il y est entré sous couvert d'un visa de long séjour valant titre de séjour et portant la mention " étudiant " ;
• il souhaite obtenir le bénéfice des conditions matérielles d'accueil afin de bénéficier d'un hébergement et de ne pas être contraint de dormir à la rue suite à la demande de son bailleur tendant à ce qu'il libère le logement dont il était locataire sur le territoire de la commune de Vénissieux.
Par un mémoire en défense, enregistré le 5 août 2024, l'OFII conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- à titre principal, la requête de M. C A est irrecevable, dès lors qu'il n'était pas éligible au bénéfice des conditions matérielles d'accueil compte tenu de ce qu'il ne justifie pas que sa demande d'asile a été enregistré par l'OFPRA ;
- à titre subsidiaire, les moyens du requérant ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la directive 2013/33/UE du 26 juin 2013 du Parlement européen et du Conseil ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné M. Gueguen, conseiller, pour statuer sur les litiges relatifs aux décisions qui refusent, totalement ou partiellement, au demandeur d'asile le bénéfice des conditions matérielles d'accueil.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience, à laquelle l'OFII n'était ni présent, ni représenté.
Ont été entendus au cours de l'audience publique, tenue avec l'assistance de Mme Gaillard, greffière :
- le rapport de M. Gueguen ;
- les observations de Me Manzoni, avocate de permanence, représentant M. C A, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens ; elle précise que le requérant a toujours souhaité déposer une demande d'asile auprès des autorités françaises mais qu'il a d'abord poursuivi des études en France et y a obtenu une licence puis un mastère 1 de droit privé au sein de l'institut supérieur du droit (ISD) avant d'être contraint de mettre un terme à son parcours étudiant faute d'être en mesure de s'inscrire en mastère 2 en raison du coût de la formation ; elle insiste enfin, d'une part, sur le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors que M. C A dispose d'un motif légitime de nature à justifier le dépôt de sa demande de protection internationale plus de quatre-vingt-dix jours après son entrée sur le territoire français compte tenu de ce qu'il y est entré sous couvert d'un visa de long séjour valant titre de séjour et portant la mention " étudiant ", valide du mois d'octobre 2022 au mois d'octobre 2023, et, d'autre part, sur la circonstance tirée de ce que l'intéressé présente une situation de vulnérabilité alors qu'il craint d'être exposé à des traitements inhumains et dégradants en cas de retour dans son pays d'origine du fait de son orientation sexuelle ;
- et les observations de M. C A, qui déclare qu'il sera prochainement contraint de dormir à la rue en l'absence d'octroi des conditions matérielles d'accueil dès lors que le particulier qui l'héberge lui a demandé de libérer le logement dont il est locataire.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. C A, ressortissant nigérien né le 26 octobre 1988, est entré en France le 19 octobre 2022 muni de son passeport revêtu d'un visa de long séjour valant titre de séjour et portant la mention " étudiant ". Le 29 juillet 2024, l'intéressé s'est présenté au guichet unique des demandeurs d'asile (GUDA) de la préfecture du Rhône pour solliciter son admission au séjour au titre de l'asile. Après s'être vu remettre une attestation de demande d'asile en " procédure normale ", M. C A a sollicité le bénéfice des conditions matérielles d'accueil auprès des services de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII). Par une décision du 29 juillet 2024, dont le requérant demande au tribunal de prononcer l'annulation, le directeur territorial de l'OFII lui a refusé le bénéfice des conditions matérielles d'accueil.
Sur la demande d'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :
2. Selon les termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président. () ".
3. En raison de l'urgence résultant de l'application des dispositions de l'article L. 921-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il y a lieu d'admettre M. C A au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire sur le fondement des dispositions citées au point précédent.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
4. Selon les termes de l'article L. 551-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les conditions matérielles d'accueil du demandeur d'asile, au sens de la directive 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil, du 26 juin 2013, établissant des normes pour l'accueil des personnes demandant la protection internationale, comprennent les prestations et l'allocation prévues aux chapitres II et III. ". Toutefois, aux termes de l'article L. 551-15 du même code : " Les conditions matérielles d'accueil sont refusées, totalement ou partiellement, au demandeur, dans le respect de l'article 20 de la directive 2013/33/ UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant des normes pour l'accueil des personnes demandant la protection internationale, dans les cas suivants : / 4° Il n'a pas sollicité l'asile, sans motif légitime, dans le délai prévu au 3° de l'article L. 531-27. () ". À cet égard, l'article L. 531-27 de ce même code prévoit que : " L'Office français de protection des réfugiés et apatrides statue en procédure accélérée à la demande de l'autorité administrative chargée de l'enregistrement de la demande d'asile dans les cas suivants : / () 3° Sans motif légitime, le demandeur qui est entré irrégulièrement en France ou s'y est maintenu irrégulièrement n'a pas présenté sa demande d'asile dans le délai de quatre-vingt-dix jours à compter de son entrée en France ; () ". Par ailleurs, selon les termes de l'article D. 551-17 dudit code : " La décision de refus des conditions matérielles d'accueil prise en application de l'article L. 551-15 est écrite et motivée. Elle prend en compte la situation particulière et la vulnérabilité de la personne concernée. Elle prend effet à compter de sa signature. ". À cet égard, l'article L. 522-3 de ce même code prévoit que : " L'évaluation de la vulnérabilité vise, en particulier, à identifier les mineurs, les mineurs non accompagnés, les personnes en situation de handicap, les personnes âgées, les femmes enceintes, les parents isolés accompagnés d'enfants mineurs, les victimes de la traite des êtres humains, les personnes atteintes de maladies graves, les personnes souffrant de troubles mentaux et les personnes qui ont subi des tortures, des viols ou d'autres formes graves de violence psychologique, physique ou sexuelle, telles que des mutilations sexuelles féminines. "
5. Il résulte des dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que les conditions matérielles d'accueil sont proposées au demandeur d'asile par l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) après l'enregistrement de la demande d'asile. Dans le cas où elle envisage de refuser les conditions matérielles d'accueil sur le fondement de l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il appartient à l'autorité compétente de l'OFII d'apprécier la situation particulière du demandeur au regard notamment de sa vulnérabilité, de ses besoins en matière d'accueil ainsi que, le cas échéant, des raisons pour lesquelles il n'a pas respecté les obligations auxquelles il devait déférer pour bénéficier des conditions matérielles d'accueil.
6. En premier lieu, la décision contestée du 29 juillet 2024 vise les textes dont elle fait application, en particulier les dispositions des articles L. 551-15 et D. 551-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et expose les circonstances de fait propres à la situation personnelle de M. C A sur lesquelles le directeur territorial de l'OFII s'est fondé pour lui refuser le bénéfice des conditions matérielles d'accueil. Contrairement à ce que soutient le requérant, la circonstance que la décision attaquée ne vise pas l'entretien de vulnérabilité dont il a bénéficié le 29 juillet 2024 n'est pas de nature à établir l'insuffisance de motivation alléguée, alors au demeurant qu'il ressort des termes mêmes de cette décision qu'elle a été prise après examen de ses besoins et de sa situation personnelle et familiale. Par suite, la décision en litige, qui comporte les considérations de fait et de droit qui en constituent le fondement et ont ainsi permis à l'intéressé d'en contester utilement le bien-fondé est suffisamment motivée au regard des dispositions des articles L. 551-15 et D. 551-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
7. En second lieu, pour refuser à M. C A le bénéfice des conditions matérielles d'accueil après avoir examiné ses besoins et sa situation personnelle et familiale, le directeur territorial de l'OFII s'est fondé sur le motif tiré de ce que l'intéressé n'avait pas sollicité l'asile, sans motif légitime, dans un délai de quatre-vingt-dix jours à compter de son entrée en France. En l'espèce, le requérant ne peut utilement se prévaloir de la circonstance qu'il y est entré régulièrement muni de son passeport revêtu d'un visa de long séjour valant titre de séjour et portant la mention " étudiant ", valide du mois d'octobre 2022 à octobre 2023 selon les précisions apportées lors de l'audience publique, pour soutenir qu'il disposait d'un motif légitime au sens et pour l'application des dispositions de l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors que ces dispositions permettent le refus du bénéfice des conditions matérielles d'accueil en cas de dépôt d'une demande d'asile au-delà d'un délai de quatre-vingt-dix jours à compter de son entrée en France, sans que le séjour régulier de l'étranger ne puisse faire obstacle à un tel refus. En effet, les dispositions de l'article 20 de la directive 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant des normes pour l'accueil des personnes demandant la protection internationale, dont l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile assure la transposition, ne se réfèrent pas aux conditions d'entrée en France du demandeur d'asile mais fixent comme critère d'attribution des conditions matérielles d'accueil celui du délai raisonnable de présentation de la demande de protection internationale. En tout état de cause, dès lors qu'il ne ressort pas des pièces du dossier que M. C A se maintenait régulièrement sur le territoire français lors du dépôt de sa demande d'asile, le directeur territoire territorial de l'OFII pouvait légalement lui opposer le dépôt tardif de cette demande pour lui refuser le bénéfice des conditions matérielles d'accueil. Enfin, si le requérant, célibataire et sans charge de famille en France, fait état, d'une part, de son souhait d'obtenir le bénéfice des conditions matérielles d'accueil afin de bénéficier d'un hébergement et de ne pas être contraint de dormir à la rue suite à la demande de son bailleur tendant à ce qu'il libère le logement dont il était locataire sur le territoire de la commune de Vénissieux, et, d'autre part, de ses craintes en cas de retour dans son pays d'origine du fait de son orientation sexuelle, ces circonstances ne suffisent pas à caractériser une situation de vulnérabilité, alors qu'il ressort des pièces du dossier que l'évaluation dont il a fait l'objet le 29 juillet 2024, et au cours de laquelle il a précisé bénéficier d'un hébergement très précaire et avoir de la famille en France, n'avait pas fait apparaître des facteurs particuliers de vulnérabilité. Par suite, c'est sans méconnaitre les dispositions précitées des L. 551-15 et L. 531-27 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ni entacher sa décision d'une erreur manifeste dans l'appréciation de la vulnérabilité de M. C A que le directeur territorial de l'OFII lui a refusé le bénéfice des conditions matérielles d'accueil.
8. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la fin de non-recevoir opposée en défense, que M. C A n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision contestée du 29 juillet 2024. Par voie de conséquence, ses conclusions présentées au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ne peuvent qu'être rejetées.
D É C I D E :
Article 1er : M. C A est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : La requête de M. C A est rejetée.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B C A et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII).
Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 août 2024.
Le magistrat désigné,
C. Gueguen
La greffière,
F. Gaillard
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Un greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026