mercredi 7 août 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2407757 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | ELOIGNEMENT |
| Avocat requérant | TOMASI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 3 et 6 août 2024, M. D A, alors maintenu au centre de rétention de Lyon Saint Exupéry, représenté par Me Drine, demande au tribunal :
1°) d'annuler les décisions du 2 août 2024 par lesquelles le préfet de la Savoie lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il sera reconduit d'office, et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans ;
2°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
En ce qui concerne les décisions lui faisant obligation de quitter le territoire français sans délai et interdiction de retour sur le territoire français :
- l'auteur des décisions n'avait pas compétence pour édicter ces mesures ;
- elles sont insuffisamment motivées ;
- elles sont entachées d'un défaut d'examen sérieux et préalable de sa situation ;
- elles méconnaissent les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et celles de l'article 3-1 de la convention relative aux droits de l'enfant, ainsi que la circulaire du 28 novembre 2012 ;
- la décision lui refusant un délai de départ volontaire est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de sa vie privée et familiale ;
En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :
- elle est insuffisamment motivée et entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation.
Des pièces ont été enregistrées pour le préfet de la Savoie le 6 août 2024.
La présidente du tribunal a désigné M. Bertolo pour statuer sur les litiges relatifs aux décisions portant mesure d'éloignement ou remise des ressortissants étrangers en application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Vu la décision attaquée et les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention relative aux droits de l'enfant ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Après avoir entendu au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Bertolo,
- les observations de Me Drine, représentant M. A, qui conclut à l'annulation des décisions contestées par les mêmes moyens que ceux exposés dans la requête et le mémoire complémentaire ;
- les observations de M. A ;
- les observations de Me Morisson-Cardinaud, substituant Me Tomasi, représentant le préfet de la Savoie, qui conclut au rejet de la requête. Elle fait valoir que les moyens invoqués ne sont pas fondés.
La clôture de l'instruction a été fixée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. D A, ressortissant tunisien né le 21 mars 1990, demande au tribunal de prononcer l'annulation des décisions du 2 août 2024 par lesquelles le préfet de la Savoie lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il sera reconduit d'office, et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne les décisions portant obligation de quitter le territoire français sans délai et interdiction de retour sur le territoire français :
2. Les décisions litigieuses ont été signées par Mme C B directrice de la citoyenneté et de la légalité, qui disposait d'une délégation de signature à cet effet par arrêté du préfet de la Savoie du 19 décembre 2023, régulièrement publié le lendemain au recueil des actes administratifs. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence des décisions en litige doit être écarté.
3. L'arrêté attaqué, qui vise notamment la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, rappelle l'ensemble des éléments déterminants de la situation de M. A, notamment en ce qui concerne sa vie privée et familiale en France, et précise les motifs fondant les différentes décisions attaquées. Il ne ressort en outre pas des pièces du dossier que le préfet de la Savoie se serait abstenu d'examiner de manière sérieuse et préalable la situation personnelle du requérant. Par suite, cet arrêté, qui ne devait pas nécessairement faire état de tous les éléments relatifs à la situation personnelle de l'intéressé, satisfait aux exigences de motivation résultant des dispositions de l'article L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration. Les moyens tirés du défaut de motivation et de l'absence d'examen personnel ne peuvent, dès lors, qu'être écartés.
4. M. A se prévaut de sa durée de présence sur le territoire français, de ce qu'il y dispose d'attaches familiales, enfin qu'il est en concubinage avec une ressortissante tunisienne mère de ses deux enfants, dont il a la charge. Toutefois, s'il est constant que le requérant réside en France depuis décembre 2016, il n'apporte aucune pièce pour justifier de ses conditions d'entrée et d'existence sur le territoire. Il ne justifie aucunement de sa relation de concubinage, le préfet indiquant sans être contesté qu'il est séparé de sa compagne, et il n'établit pas par les pièces versées au dossier qu'il contribuerait effectivement à l'entretien et à l'éducation de ses deux enfants. En tout état de cause, il n'est pas contesté que sa compagne, ressortissante tunisienne, est également en situation irrégulière et rien ne s'oppose à la reconstitution de la cellule familiale dans le pays d'origine. Le requérant n'apporte en outre pas d'éléments suffisants pour justifier de ce qu'il aurait en France d'autres attaches intenses et stables et ne justifie pas qu'il en serait dépourvu dans son pays d'origine où il a vécu jusqu'à l'âge de 26 ans. M. A ne justifie pas davantage par les bulletins de salaires versés à l'instance d'une intégration sociale et professionnelle réussie, l'intéressé ne démontrant pas avoir suivi une formation professionnelle, ni disposer d'un emploi stable régulièrement déclaré. Le requérant est en outre défavorablement connu des services de police pour des faits de violence et a été placé en garde à vue le 31 juillet 2024 pour des faits de violation de domicile, usage de stupéfiants, refus d'obtempérer et dégradations volontaires. Dans ces conditions, eu égard aux conditions de séjour du requérant en France, le préfet de la Savoie, en l'obligeant à quitter le territoire français sans délai et en lui faisant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans, n'a pas, au regard des buts poursuivis par ces décisions, porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale et méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ni celles de l'article 3-1 de la convention relative aux droits de l'enfants.
En ce qui concerne la décision refusant un délai de départ volontaire :
5. M. A soutient que le préfet de la Savoie aurait commis une erreur manifeste d'appréciation en refusant de lui accorder un délai de départ volontaire eu égard à sa composition familiale, à l'existence de deux enfants scolarisés et à la circonstance que sa compagne devrait accoucher le 15 août 2024. Toutefois, il résulte de ce qui a été dit précédemment que M. A ne démontre ni la réalité de sa situation de concubinage ni qu'il contribuerait effectivement à l'entretien et à l'éducation de ses deux enfants. En tout état de cause, il ressort des pièces du dossier, et notamment du rapport d'échographie du 18 juillet 2024 et de la date de grossesse fixée au 19 décembre 2023, que l'accouchement prévisionnel de sa compagne devrait intervenir au 19 septembre 2024 et il n'est pas établi que cette dernière n'est pas en mesure de voyager pour suivre M. A. Il est en outre constant que la mesure d'éloignement a été prise le 2 août 2024 pendant les vacances scolaires de sorte que la mesure contestée est sans conséquences sur la scolarisation des enfants, qui sont au demeurant en bas âge. Par suite, et eu égard à ce qui a été dit précédemment, le préfet de la Savoie n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation en refusant d'accorder un délai de départ volontaire à M. A.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
6. La décision contestée, qui vise notamment la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, précise que M. A est entré en France à l'âge de 26 ans, qu'il ne justifie pas être dépourvu d'attaches dans son pays d'origine, et qu'il n'a pas fait état de risques en cas de retour. La décision attaquée comporte ainsi les considérations de droit et de fait qui la fondent et est, par suite, suffisamment motivée. En outre, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de la Savoie, qui n'était pas tenu de mentionner l'ensemble des éléments relatifs à la situation personnelle de M. A, n'aurait pas procédé à un examen particulier de sa situation préalablement à son édiction. Les moyens tirés du défaut de motivation et de l'absence d'examen personnel ne peuvent, dès lors, qu'être écartés.
7. Il résulte de ce qui précède que la requête de M. A doit être rejetée, en ce comprises ses conclusions au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. D A et au préfet de la Savoie.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 août 2024.
Le magistrat désigné,
C. BertoloLa greffière,
S. Lecas
La République mande et ordonne au préfet de la Savoie en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
Un greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026