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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2407791

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2407791

mardi 12 novembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2407791
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème chambre
Avocat requérantSARL LACHENAUD AVOCAT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des pièces complémentaires enregistrées les 2 août 2024 et 12 septembre 2024, Mme A C épouse D, représentée par Me Lachenaud, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 16 juillet 2024 par lequel la préfète de l'Ain a refusé de l'admettre au séjour, l'a obligée à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel elle pourra être reconduite d'office et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de dix-huit mois ;

3°) d'enjoindre à la préfète de l'Ain :

- à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour sous astreinte de 100 euros par jour de retard à compter de l'expiration d'un délai de 7 jours suivant la notification du jugement à intervenir ;

- à titre subsidiaire, de lui délivrer un récépissé de demande de titre de séjour, sous astreinte de 100 euros par jour de retard à compter de l'expiration d'un délai de 7 jours suivant la notification du jugement à intervenir ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à verser à son conseil sous réserve qu'il renonce à percevoir la part contributive de l'Etat.

Elle soutient que :

- l'arrêté est entaché de l'incompétence de son auteur ;

- l'arrêté est insuffisamment motivé et les décisions n'ont pas été précédées d'un examen effectif et particulier de sa situation personnelle ;

s'agissant de la décision portant refus de titre de séjour :

- elle méconnait les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée à cet égard d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

s'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est illégale, par voie d'exception, du fait de l'illégalité de la décision portant refus de titre séjour ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle de l'intéressée et de sa famille.

s'agissant de la décision refusant d'accorder un délai de départ volontaire :

- elle est illégale par exception d'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

s'agissant de la décision fixant le pays de destination :

- elle est illégale par exception d'illégalité des décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle de l'intéressée et de sa famille.

s'agissant de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de dix-huit mois :

- elle est illégale par exception d'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle méconnait les dispositions des articles L. 612-7 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à l'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle des enfants et parents.

Par un mémoire en défense, enregistré au greffe le 15 octobre 2024, la préfète de l'Ain conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Mme A C épouse D a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 20 septembre 2024.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Duca été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A C épouse D, née le 6 janvier 1991 de nationalité kosovienne, déclare être entrée en France le 16 juin 2013. Sa demande d'asile a été rejetée tant par l'office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA), que par la cour nationale du droit d'asile (CNDA), le 21 mai 2015 Le 15 novembre 2023, Mme A C épouse D a sollicité son admission exceptionnelle au séjour. Par un arrêté en date du 16 juillet 2024 dont la requérante demande au tribunal de prononcer l'annulation, la préfète de l'Ain a refusé de l'admettre au séjour, l'a obligée à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel elle pourra être reconduite d'office et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de dix-huit mois.

Sur les conclusions relatives à l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Par une décision du 20 septembre 2024, le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale a été accordé à Mme A D, il n'y a dès lors plus lieu de statuer sur sa demande d'aide juridictionnelle provisoire.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

S'agissant de l'ensemble des décisions :

3. En premier lieu, l'arrêté du 16 juillet 2024 a été signé par M. E B, attaché d'administration, directeur de la citoyenneté et de l'intégration de la préfecture de l'Ain, qui a reçu délégation à cet effet par un arrêté de la préfète de l'Ain en date du 15 février 2024 régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture en date du 19 février 2024. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte qui manque en fait, doit être écarté.

4. En second lieu, la décision attaquée comporte les considérations de droit et de fait sur lesquelles elle se fonde. A cet égard, et alors que le préfet n'est pas tenu de mentionner tous les éléments caractérisant la vie personnelle du pétitionnaire, la décision attaquée rappelle la situation familiale et professionnelle de la requérante. Par suite, et sans que n'ait d'incidence à cet égard l'absence de visa des dispositions des articles L. 211-2 à L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration qui fondent l'obligation de motivation de la décision attaquée, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

S'agissant de la décision de refus de titre de séjour :

5. En premier lieu, il ne ressort ni des termes de la décision attaquée, ni d'aucune autre pièce du dossier, que la préfète de l'Ain n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation personnelle de Mme D. Il s'ensuit que le moyen tiré de l'erreur de droit en l'absence d'examen particulier doit être écarté.

6. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. () ".

7. En présence d'une demande de régularisation présentée sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il appartient à l'autorité administrative de vérifier, dans un premier temps, si l'admission exceptionnelle au séjour par la délivrance d'une carte portant la mention " vie privée et familiale " répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard de motifs exceptionnels, et à défaut, dans un second temps, s'il est fait état de motifs exceptionnels de nature à permettre la délivrance, dans ce cadre, d'une carte de séjour temporaire portant la mention "salarié" ou "travailleur temporaire". Dans cette hypothèse, il appartient à l'autorité administrative, sous le contrôle du juge, d'examiner, notamment, si la qualification, l'expérience et les diplômes de l'étranger ainsi que les caractéristiques de l'emploi auquel il postule, de même que tout élément de sa situation personnelle dont l'étranger ferait état à l'appui de sa demande, tel que par exemple, l'ancienneté de son séjour en France, peuvent constituer, en l'espèce, des motifs exceptionnels d'admission au séjour.

8. D'une part, il ressort des pièces du dossier que Mme D est mariée avec un compatriote avec lequel elle a eu deux enfants nés en France, que son fils ainé est scolarisé depuis 2016, que la famille vit dans un logement autonome et qu'elle est titulaire d'un contrat de travail à durée indéterminée à temps partiel conclu le 1er juillet 2024 pour un emploi d'assistante de vie. En invoquant ces éléments, la requérante ne fait état d'aucune considération humanitaire ou motif exceptionnel, au sens des dispositions précitées, de nature à justifier une admission exceptionnelle au séjour par la délivrance d'une carte portant la mention " vie privée et familiale" et, par suite, de nature à démontrer que la préfète de l'Ain aurait méconnu les dispositions précitées en lui refusant une telle admission exceptionnelle au séjour.

9. D'autre part, il ressort des pièces du dossier que Mme D, en invoquant au titre de son insertion professionnelle, seuls deux bulletins de salaire, l'un pour un emploi d'opérateur sur presse à temps partiel, et l'autre sous couvert d'un contrat à durée indéterminée à temps partiel dans le secteur de l'aide à la personne, ne fait état d'aucun motif exceptionnel, au regard de son expérience et de ses qualifications, de nature à justifier une admission exceptionnelle au séjour par la délivrance d'une carte portant la mention "salarié" ou "travailleur temporaire" et, par suite, de nature à démontrer que la préfète de l'Ain aurait méconnu les dispositions précitées en lui refusant une telle admission exceptionnelle au séjour.

10. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale ".

11. Mme D fait état, d'une part de sa présence sur le territoire français depuis plus de onze années, d'autre part de ce qu'elle a construit avec un compatriote avec lequel elle est mariée depuis plus de quinze ans, une relation stable, qu'ils ont donné naissance à deux enfants nés en France en 2014 et 2022 et actuellement scolarisés et que la famille vit dans un logement autonome en location, enfin de ce qu'elle a tissé des liens amicaux et professionnels en France et de ce qu'elle a toujours recherché activement du travail , mais également de ce que sa situation irrégulière a constitué un frein à son insertion professionnelle. Toutefois, en l'espèce, il n'est pas contesté que la requérante n'a quitté son pays d'origine qu'à l'âge de 22 ans, que son époux fait également l'objet d'un refus d'admission au séjour assorti d'une obligation de quitter le territoire français, que l'ensemble de la cellule familiale pourra vivre au Kosovo, pays dont tous les membres de la famille ont la nationalité. Par suite, dans les circonstances de l'espèce, eu égard notamment aux conditions de son séjour, Mme D n'est pas fondée à soutenir que la décision attaquée aurait porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels elle a été prise. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales pourra ainsi être écarté.

12. En quatrième lieu, Aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. ". Il résulte de ces stipulations que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant. Elles sont applicables non seulement aux décisions qui ont pour objet de régler la situation personnelle d'enfants mineurs mais aussi à celles qui ont pour effet d'affecter, de manière suffisamment directe et certaine, leur situation.

13. Si Mme D soutient que son fils aîné, né en France en 2014, est scolarisé en école primaire, elle n'établit cependant pas que celui-ci ne pourrait pas poursuivre sa vie familiale et sa scolarité dans son pays d'origine. Dès lors, la requérante n'est pas fondée à soutenir que la préfète de l'Ain aurait méconnu les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

14. Enfin, en l'absence d'argumentation spécifique, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation qu'aurait commise la préfète de l'Ain quant à l'appréciation des conséquences du refus de séjour sur la vie privée et familiale de Madame D pourra être écarté par les mêmes motifs que ceux qui viennent d'être exposés au point 11.

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

15. En l'absence d'illégalité de la décision portant refus de séjour, le moyen tiré de cette illégalité et soulevé, par voie d'exception, à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être écarté.

16. Les moyens tirés de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de la violation de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant, doivent, en l'absence de tout élément particulier invoqué tenant à cette obligation, être écartés par les mêmes motifs que ceux développés aux points 11 et 13.

17. Enfin, en l'absence d'argumentation spécifique, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation qu'aurait commise la préfète de l'Ain quant à l'appréciation des conséquences de la décision portant obligation de quitter le territoire français sur la vie privée et familiale de Mme D pourra être écarté par les mêmes motifs que ceux qui viennent d'être exposés au point 11.

S'agissant de la décision refusant d'accorder un délai de départ volontaire :

18. En premier lieu, en l'absence d'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français, le moyen tiré de l'illégalité de la décision refusant à Mme D tout délai de départ volontaire par voie de conséquence de la précédente, devra être écarté.

19. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; 2° L'étranger s'est vu refuser la délivrance ou le renouvellement de son titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de son autorisation provisoire de séjour au motif que sa demande était manifestement infondée ou frauduleuse ; 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ".

20. La décision attaquée vise l'article L. 612-2 précité et mentionne que Mme D se maintient sur le territoire français en méconnaissance de trois précédentes mesures d'éloignement prises à son encontre les 20 août 2015, 10 juillet 2017 et 29 juillet 2021, et qu'il existe dès lors un risque qu'elle se soustraie à nouveau à l'exécution de la décision contestée. Ainsi, la préfète de l'Ain a suffisamment justifié l'absence de délai de départ volontaire au regard des dispositions précitées.

21. Enfin, les moyens tirés de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de la violation de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant, au soutien desquels la requérante se borne à faire état de ce qu'elle est locataire d'un logement depuis plus de 8 ans et qu'elle devrait dès lors résilier son bail et tous les services associés au logement et de ce que l'absence de délai pour exécuter l'obligation de quitter le territoire français la placerait dans une situation délicate vis-à-vis de ses créanciers, doivent, par suite, être écartés.

S'agissant de la décision fixant le pays de destination :

22. En premier lieu, en l'absence d'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français, le moyen tiré de l'illégalité de la décision fixant le pays de renvoi devra par voie de conséquence, être écarté.

23. En deuxième lieu, les moyens tirés de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de la violation de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant, doivent, en l'absence de tout élément particulier invoqué tenant à cette obligation, être écartés par les mêmes motifs que ceux développés aux points 11 et 13.

24. Enfin, en l'absence d'argumentation spécifique, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation qu'aurait commise la préfète de l'Ain quant à l'appréciation des conséquences de la décision fixant le pays vers lequel elle pourra être éloignée sur la vie privée et familiale de Mme D, pourra être écarté par les mêmes motifs que ceux qui viennent d'être exposés aux points 11.

S'agissant de la décision d'interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de dix-huit mois :

25. En premier lieu, en l'absence d'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français, le moyen tiré de l'illégalité de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de dix-huit mois devra, par voie de conséquence, être écarté.

26. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, et dix ans en cas de menace grave pour l'ordre public. " et aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français.() ".

27. Il incombe ainsi à l'autorité compétente qui prend une décision d'interdiction de retour d'indiquer dans quel cas susceptible de justifier une telle mesure se trouve l'étranger. Elle doit par ailleurs faire état des éléments de la situation de l'intéressé au vu desquels elle a arrêté, dans son principe et dans sa durée, sa décision, eu égard notamment à la durée de la présence de l'étranger sur le territoire français, à la nature et à l'ancienneté de ses liens avec la France et, le cas échéant, aux précédentes mesures d'éloignement dont il a fait l'objet et, elle doit aussi, si elle estime que figure au nombre des motifs qui justifie sa décision une menace pour l'ordre public, indiquer les raisons pour lesquelles la présence de l'intéressé sur le territoire français doit, selon elle, être regardée comme une telle menace. En revanche, si, après prise en compte de ces deux derniers critères, elle ne les retient pas au nombre des motifs de sa décision, elle n'est pas tenue, à peine d'irrégularité, de le préciser expressément.

28. En l'espèce, la décision prononçant à l'encontre de Mme D une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de 18 mois, mentionne les dispositions des articles L. 612-6 et L. 612-10 précitées du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Elle fait état d'une part de l'absence de circonstances humanitaires particulières justifiées par Mme D, d'autre part, de son maintien sur le territoire français en dépit des décisions de 2015, 2017 et 2021 refusant de l'admettre au séjour et prononçant son éloignement, enfin, de ce que son époux ne dispose d'aucun droit au séjour et fait également l'objet d'une décision similaire. La décision fait également état de ce que l'intéressée, bien qu'entrée en France en 2013, ne démontre pas être sans attaches dans son pays d'origine, pays dans lequel résident son père, son frère et sa sœur et avec lesquels elle a conservé des liens. En conséquence, alors même que l'intéressée ne constitue pas une menace pour l'ordre public et dès lors que la durée de présence en France a été examinée par la préfète de l'Ain ainsi que cela ressort de la lecture de l'ensemble de l'arrêté en litige, c'est sans méconnaître les dispositions susmentionnées articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et sans davantage entacher ladite décision d'une erreur manifeste d'appréciation que la préfète de l'Ain a prononcé à l'encontre de la requérante la décision d'interdiction de retour contestée d'une durée de 18 mois.

29. Enfin, les moyens tirés de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de la violation de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant, doivent, en l'absence de tout élément particulier invoqué tenant à cette obligation, être écartés par les mêmes motifs que ceux développés aux points 11 et 13.

30. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que la requête de Mme D doit être rejetée y compris les conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C épouse D et à la préfète de l'Ain.

Délibéré après l'audience du 22 octobre 2024 à laquelle siégeaient :

M. Clément, président,

Mme Duca, première conseillère,

Mme Gros, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 novembre 2024

La rapporteure,

A. Duca Le président

M. Clément

Le greffier,

J. Billot

La République mande et ordonne à la préfète de l'Ain en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Un greffier,

N°2407791

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