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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2407815

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2407815

mardi 22 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2407815
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème chambre
Avocat requérantSCP COUDERC ZOUINE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 2 août 2024, Mme A de los Angeles B D, représentée par la SCP Couderc-Zouine, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 14 mars 2024 par lequel la préfète du Rhône a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être éloignée d'office ;

2°) d'enjoindre à la préfète du Rhône de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " ou " étudiant " dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir et de la munir sans délai d'une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que ce dernier renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.

Elle soutient que :

En ce qui concerne l'ensemble des décisions attaquées :

- elles ont été signées par une autorité incompétente ;

En ce qui concerne la décision de refus de titre de séjour :

- elle n'est pas suffisamment motivée ;

- elle est entachée d'erreur de faits ;

- elle est entachée d'une erreur de droit, faute pour la préfète du Rhône d'avoir procédé à un examen particulier de sa situation personnelle ;

- elle est entachée d'une erreur de droit, la préfète du Rhône n'ayant pas examiné l'existence d'une nécessité liée au déroulement des études ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dans l'application du deuxième alinéa de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur de droit, faute pour la préfète du Rhône d'avoir examiné sa situation au regard des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle ;

En ce qui concerne la décision l'obligeant à quitter le territoire français :

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- elle est illégale en raison de l'illégalité des décisions refusant de lui délivrer un titre de séjour et l'obligeant à quitter le territoire français.

La procédure a été communiquée à la préfète du Rhône, qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Mme B D a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 28 juin 2024.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative ;

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Gros, première conseillère, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A de los Angeles B D, ressortissante équatorienne née le 25 juillet 1999, est entrée en France le 21 novembre 2019. Le 5 février 2024, elle a sollicité la délivrance d'un titre de séjour. Par un arrêté du 14 mars 2024, dont la requérante demande l'annulation, la préfète du Rhône a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être éloignée d'office.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne le moyen commun aux décisions attaquées :

2. Les décisions attaquées ont été signées par Mme C E, directrice adjointe des migrations et de l'intégration, en vertu d'une délégation consentie à cet effet par un arrêté du 30 janvier 2024 de la préfète du Rhône, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture et accessible tant au juge qu'aux parties. Le moyen tiré de l'incompétence du signataire de ces décisions doit, dès lors, être écarté.

En ce qui concerne la décision de refus de titre de séjour :

3. Aux termes de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui établit qu'il suit un enseignement en France ou qu'il y fait des études et qui justifie disposer de moyens d'existence suffisants se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " d'une durée inférieure ou égale à un an. / En cas de nécessité liée au déroulement des études ou lorsque l'étranger a suivi sans interruption une scolarité en France depuis l'âge de seize ans et y poursuit des études supérieures, l'autorité administrative peut accorder cette carte de séjour sous réserve d'une entrée régulière en France et sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Cette carte donne droit à l'exercice, à titre accessoire, d'une activité professionnelle salariée dans la limite de 60 % de la durée de travail annuelle. ". Il résulte de ces dispositions qu'en principe, pour obtenir une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant ", l'étranger doit justifier être entré en France avec un visa long séjour, établir la réalité des études ou des enseignements suivis en France et disposer de moyens d'existence suffisants. Ce n'est qu'en cas de nécessité liée au déroulement des études ou lorsque l'étranger poursuit des études supérieures après une scolarité interrompue depuis l'âge de seize ans qu'il est dispensé de produire un visa long séjour, à la condition toutefois d'être entré régulièrement sur le territoire français.

4. En premier lieu, la décision attaquée vise notamment les dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et expose les raisons pour lesquelles Mme B D ne peut obtenir la délivrance d'un titre de séjour sur ce fondement. Elle comporte, ainsi, l'énoncé des considérations de droit et de fait qui la fondent et est, par suite, suffisamment motivée.

5. En deuxième lieu, si la décision attaquée indique, à tort, que Mme B D ne justifie pas de son entrée régulière sur le territoire français, il résulte de l'instruction que la préfète du Rhône, qui a en tout état de cause examiné la possibilité de délivrer à l'intéressée une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " au bénéfice des dispositions du deuxième alinéa de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, aurait pris la même décision si elle n'avait pas commis une telle erreur de fait.

6. En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que la préfète du Rhône n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation personnelle de Mme B D avant d'édicter le refus de titre de séjour litigieux et aurait, ainsi, entaché sa décision d'une erreur de droit.

7. En quatrième lieu, en relevant que Mme B D, outre qu'elle n'avait pas suivi sans interruption une scolarité en France depuis l'âge de 16 ans, " n'[avait] débuté ses études supérieures que très récemment, en septembre 2023 ", la préfète du Rhône doit être regardée comme ayant vérifié l'existence d'une nécessité de délivrance du titre liée au déroulement des études. Ces mentions ne sont, par ailleurs, entachées d'aucune erreur de fait, les cours de français suivis par la requérante, qui lui ont permis d'obtenir deux diplômes universitaires d'études françaises, ne pouvant être assimilés à des études supérieures.

8. En cinquième lieu, il ressort des pièces du dossier que Mme B D est entrée en France le 21 novembre 2019 munie d'un visa de court séjour, alors qu'elle était âgée de 20 ans. Après avoir obtenu un diplôme universitaire d'études françaises B2 au second semestre de l'année universitaire 2021-2022 et un diplôme universitaire d'études françaises C1 au premier semestre de l'année universitaire 2022-2023, elle s'est inscrite, au titre de l'année universitaire 2023-2024, en première année de BUT Techniques de commercialisation. Au vu de ces éléments, la requérante n'est pas fondée à soutenir que la préfète du Rhône aurait commis une erreur manifeste d'appréciation dans l'application du deuxième alinéa de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

9. En sixième lieu, lorsqu'il est saisi d'une demande de délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'une des dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet n'est pas tenu, en l'absence de dispositions expresses en ce sens, d'examiner d'office si l'intéressé peut prétendre à une autorisation de séjour sur le fondement d'une autre disposition de ce code, même s'il lui est toujours loisible de le faire à titre gracieux, notamment en vue de régulariser la situation de l'intéressé.

10. Alors que la décision attaquée indique qu'elle " a sollicité la régularisation de sa situation administrative par la délivrance d'un premier titre de séjour portant la mention " étudiant " ", Mme B D n'établit pas avoir également présenté sa demande de titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dès lors, elle ne saurait faire grief à la préfète du Rhône de n'avoir pas examiné sa situation au regard de ces dispositions.

11. En septième lieu, les éléments caractérisant la vie privée et familiale du demandeur sont par eux-mêmes sans incidence sur l'appréciation portée par l'administration lors de l'instruction d'une demande de titre de séjour en qualité d'étudiant. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales est inopérant à l'encontre de la décision refusant à Mme B D la délivrance d'un tel titre de séjour.

12. En huitième lieu, compte-tenu de ce qui précède, en refusant de délivrer à Mme B D un titre de séjour portant la mention " étudiant ", la préfète du Rhône n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences d'une telle décision sur la situation personnelle de l'intéressée.

En ce qui concerne la décision obligeant Mme B D à quitter le territoire français :

13. En premier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

14. Il ressort des pièces du dossier que Mme B D est entrée en France le 21 novembre 2019. Si elle se prévaut de sa relation avec M. F, ressortissant français, les pièces versées aux débats ne suffisent à établir l'existence d'une communauté de vie avant la conclusion par les intéressés d'un pacte civil de solidarité le 22 mai 2023, moins d'un an avant la décision attaquée. Par ailleurs, la requérante conserve des attaches privées et familiales en Equateur, où elle a vécu l'essentiel de son existence et où réside notamment sa mère. Dans ces conditions, en dépit des efforts d'insertion qu'elle a déployés, Mme B D n'est pas fondée à soutenir que la décision l'obligeant à quitter le territoire français porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels cette décision a été prise et méconnaîtrait, ainsi, les stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

15. En second lieu, compte-tenu de ce qui a été dit au point 14, en obligeant Mme B D à quitter le territoire français, la préfète du Rhône n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences d'une telle décision sur la situation personnelle de l'intéressée.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

16. Il résulte de ce qui précède que Mme B D n'est pas fondée à exciper de l'illégalité de la décision l'obligeant à quitter le territoire français ni, en tout état de cause, de celle lui refusant la délivrance d'un titre de séjour à l'appui de ses conclusions dirigées contre la décision fixant le pays de destination.

17. Il résulte de tout ce qui précède que Mme B D n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 14 mars 2024 par lequel la préfète du Rhône a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être éloignée d'office.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

18. Le présent jugement, qui rejette les conclusions tendant à l'annulation de l'arrêté attaqué, n'implique aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions à fin d'injonction présentées par Mme B D doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

19. En vertu des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, le tribunal ne peut pas faire bénéficier la partie perdante du remboursement par l'autre partie des frais d'instance. Par suite, les conclusions présentées à ce titre par Mme B D doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A de los Angeles B D et à la préfète du Rhône.

Délibéré après l'audience du 8 octobre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Clément, président,

Mme Duca, première conseillère,

Mme Gros, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 octobre 2024.

La rapporteure,

R. Gros

Le président,

M. ClémentLa greffière,

A. Calmès

La République mande et ordonne à la préfète du Rhône en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

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