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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2407821

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2407821

lundi 19 août 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2407821
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationELOIGNEMENT
Avocat requérantGUILLAUME

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Lyon a rejeté la requête de M. C, ressortissant angolais, qui contestait son transfert aux autorités portugaises (responsables de sa demande d'asile selon le règlement Dublin III) et son assignation à résidence. Le tribunal a écarté le moyen tiré du défaut d'entretien individuel, estimant que la procédure prévue à l'article 5 du règlement (UE) n° 604/2013 avait été respectée. Il a également jugé que la décision de remise ne méconnaissait pas l'article 17 du même règlement (clause discrétionnaire) ni l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme. En conséquence, l'exception d'illégalité soulevée contre l'assignation à résidence a été rejetée, et l'ensemble des conclusions de M. C a été rejeté.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés respectivement les 1er et 13 août 2024, M. B D C, représenté par Me Guillaume, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) de prononcer son admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 26 juillet 2024 par lequel la préfète du Rhône a décidé sa remise aux autorités portugaises responsables de l'examen de sa demande d'asile ainsi que l'arrêté du même jour l'assignant à résidence ;

3°) d'enjoindre à la préfète du Rhône de procéder au réexamen de sa situation, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de cent euros par jour de retard et, dans cette attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ;

4°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1200 euros à verser à son conseil sur le fondement des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à charge pour celui-ci de renoncer à percevoir la part contributive versée par l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

- la décision de remise est entachée d'un vice de procédure dès lors qu'il n'est pas justifié qu'il a bénéficié d'un entretien individuel ainsi que le prévoient les dispositions de l'article 5 du règlement européen du 26 juin 2013 ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'application des dispositions de l'article 17 du règlement européen du 26 juin 2013 et méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision portant assignation à résidence a été prise par une autorité incompétente ;

- elle est illégale, par voie d'exception, du fait de l'illégalité de la décision de remise ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 13 et 14 août 2024 ainsi que des pièces complémentaires enregistrées le 8 août 2024, la préfète du Rhône conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.

Vu les décisions attaquées et les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Collomb pour statuer sur les litiges relatifs aux décisions portant mesure d'éloignement ou remise des ressortissants étrangers en application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties, dûment convoquées, ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Collomb, magistrate désignée ;

- les observations de Me Guillaume, représentant M. C qui se désiste du moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision portant assignation à résidence et, pour le reste, conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens ;

- et les déclarations de M. C, assisté par M. A, interprète en langue portugaise.

La préfète du Rhône n'était ni présente, ni représentée.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience conformément aux dispositions de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant angolais né le 17 février 1989, est entré irrégulièrement en France le 13 décembre 2023 selon ses déclarations. L'intéressé a sollicité l'enregistrement de sa demande d'asile et ses empreintes ont été relevées le 28 décembre 2023. La consultation du fichier VIS a mis en évidence que l'intéressé était entré sur le territoire des États membres au moyen d'un visa délivré par les autorités portugaises, et il a par suite été informé que sa demande relevait de la procédure Dublin. Le Portugal a fait connaître son accord explicite pour la réadmission de l'intéressé le 6 mars 2024. Par deux décisions du 26 juillet, dont le requérant demande l'annulation la préfète du Rhône a ordonné son transfert aux autorités portugaises, responsables de l'examen de sa demande d'asile, et l'a assigné à résidence dans le département du Rhône pour une durée de quarante-cinq jours.

Sur l'admission provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle :

2. En raison de l'urgence résultant de l'application des dispositions de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il y a lieu d'admettre M. C au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire, sur le fondement de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la décision portant transfert aux autorités portugaises :

3. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que, contrairement à ce qu'il prétend, M. C a bénéficié, le 28 février 2023 de l'entretien individuel confidentiel prévu par les dispositions de l'article 5 du règlement européen du 26 juin 2013 dont le compte-rendu lui a été délivrée le jour même contre signature. Par suite, son moyen ne peut qu'être écarté comme manquant en fait.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article 17 du règlement du 26 juin 2013 susvisé : " 1. Par dérogation à l'article 3, paragraphe 1, chaque État membre peut décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le présent règlement. / L'État membre qui décide d'examiner une demande de protection internationale en vertu du présent paragraphe devient l'État membre responsable et assume les obligations qui sont liées à cette responsabilité. () 2. L'État membre dans lequel une demande de protection internationale est présentée et qui procède à la détermination de l'État membre responsable, ou l'État membre responsable, peut à tout moment, avant qu'une première décision soit prise sur le fond, demander à un autre État membre de prendre un demandeur en charge pour rapprocher tout parent pour des raisons humanitaires fondées, notamment, sur des motifs familiaux ou culturels, même si cet autre État membre n'est pas responsable au titre des critères définis aux articles 8 à 11 et 16. Les personnes concernées doivent exprimer leur consentement par écrit. ". La faculté laissée, par l'article 17 du règlement 604/2013 précité, à chaque Etat membre de décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans ce règlement, est discrétionnaire et ne constitue nullement un droit pour les demandeurs d'asile.

5. Si M. C soutient souffrir de diabète de type 2 et bénéficier d'un suivi médical en France, le compte-rendu de ses consultations médicale établi le 28 mai 2024 par un médecin de l'hôpital Edouard Herriot et destiné à un assurer un suivi en médecine générale de ville ne permet pas d'établir l'impossibilité pour l'intéresser de bénéficier d'un tel suivi au Portugal. En outre, si le requérant se prévaut de la présence en France de son beau-frère, de sa cousine et de sa tante, il ne justifie pas entretenir avec eux des liens particuliers. Dans ces circonstances, la préfète du Rhône n'a pas entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation en refusant de faire application de la cause discrétionnaire.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1- Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ". Pour les motifs exposés au point précédent, et compte tenu du caractère très récent du séjour en France du requérant qui n'y est entré qu'en décembre 2023 et de la circonstance qu'il n'est pas en mesure de justifier de l'ancienneté de ses liens avec les membres de sa famille qui résident régulièrement sur le territoire national, la décision en litige ne porte pas à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise et ne méconnaît pas les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

En ce qui concerne la décision portant assignation à résidence :

7. En premier lieu, le requérant n'ayant pas démontré l'illégalité de la décision portant remise aux autorités portugaises responsables de l'examen de sa demande d'asile compte-tenu de ce qui a été dit ci-dessus, le moyen tiré de l'exception d'illégalité de la décision portant assignation à résidence en raison de l'illégalité de cette décision de remise doit être écarté.

8. En second lieu, l'article L. 751-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose que : " L'étranger qui fait l'objet d'une requête aux fins de prise en charge ou de reprise en charge peut être assigné à résidence par l'autorité administrative pour le temps strictement nécessaire à la détermination de l'Etat responsable de l'examen de sa demande d'asile. () En cas de notification d'une décision de transfert, l'assignation à résidence peut se poursuivre si l'étranger ne peut quitter immédiatement le territoire français mais que l'exécution de la décision de transfert demeure une perspective raisonnable. / L'étranger faisant l'objet d'une décision de transfert peut également être assigné à résidence en application du présent article, même s'il n'était pas assigné à résidence lorsque la décision de transfert lui a été notifiée. () ".

9. Le requérant fait l'objet d'une décision de transfert dont l'exécution demeurait une perspective raisonnable au jour de la décision en litige. Il ne prétend pas qu'il aurait pu quitter immédiatement le territoire français, et la seule circonstance qu'il " a scrupuleusement respecté ses obligations de pointage " ne permet pas d'établir que cette assignation serait inadaptée à sa situation. Par suite, le moyen tiré de ce que cette décision serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.

10. Il résulte de tout ce qui précède que M. C n'est pas fondé à soutenir que les arrêtés du 26 juillet 2024 sont entachés d'illégalité et à en demander l'annulation. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction sous astreinte ainsi que celles tendant à l'application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 doivent également être rejetées.

D E C I D E:

Article 1er : M. C est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. C est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B D C et à la préfète du Rhône.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 août 2024.

La magistrate désignée,

C. COLLOMB

Le greffier,

T. CLEMENT

La République mande et ordonne à la préfète du Rhône en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour exécution conforme,

Un greffier

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