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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2407822

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2407822

jeudi 12 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2407822
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation3ème chambre
Avocat requérantSCP ROBIN VERNET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 31 juillet 2024, Mme D épouse C, représentée par la SCP Robin-Vernet, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 15 mars 2024 par lequel la préfète de l'Ain a rejeté sa demande de titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours, a fixé le pays vers lequel elle pourrait être éloignée d'office et lui a opposé une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de six mois ;

2°) d'enjoindre à la préfète de l'Ain de lui délivrer dans le délai de quinze jours un certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale ", sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de 1 200 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Elle soutient que :

- le refus opposé à sa demande de titre de séjour résulte d'une inexacte application des stipulations de l'article 6.2 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968, aucune fraude au mariage n'étant caractérisée ;

- le rejet de sa demande de titre de séjour porte une atteinte disproportionnée à sa vie privée et familiale en violation des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le refus de lui délivrer un titre de séjour, l'obligation qui lui est faite de quitter le territoire français et la décision fixant son délai de départ volontaire résultent d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de leurs conséquences sur sa situation personnelle ;

- l'illégalité du refus de titre de séjour qui lui est opposé entache d'illégalité l'obligation qui lui est faite de quitter le territoire français dans le délai qui est fixé ;

- l'illégalité du refus de titre de séjour et de l'obligation de quitter le territoire français critiqués entache d'illégalité les décisions fixant son pays de destination et lui opposant une interdiction de retour ;

- la décision portant interdiction de retour résulte d'une inexacte application des dispositions des articles L. 612-8 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense enregistré le 28 novembre 2024, la préfète de l'Ain conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que sa décision est fondée au regard des stipulations de l'article 7 bis de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968.

Mme C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle du 28 juin 2024 délivrée le 5 juillet 2024.

Vu l'arrêté attaqué et les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord du 27 décembre 1968 entre le gouvernement de la République française et le gouvernement de la République algérienne démocratique et populaire relatif à la circulation, à l'emploi et au séjour en France des ressortissants algériens et de leurs familles ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Après avoir entendu, au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Gille ;

- et les observations de Me Beligon pour Mme C.

Considérant ce qui suit :

1. Ressortissante algérienne née en 1994, Mme C a épousé un ressortissant français le 30 septembre 2021 et a rejoint le territoire français en vue de s'y établir au mois de novembre 2022. Ayant sollicité un certificat de résidence d'une validité d'un an en sa qualité de conjointe de Français le 28 mars 2023, Mme C demande l'annulation de l'arrêté du 15 mars 2024 par lequel la préfète de l'Ain a rejeté sa demande de titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours, a fixé le pays vers lequel elle pourrait être éloignée d'office et lui a opposé une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de six mois.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 visé ci-dessus : " Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : / () / 2) au ressortissant algérien, marié avec un ressortissant de nationalité française, à condition que son entrée sur le territoire français ait été régulière, que le conjoint ait conservé la nationalité française et, lorsque le mariage a été célébré à l'étranger, qu'il ait été transcrit préalablement sur les registres de l'état civil français ; / () Le premier renouvellement du certificat de résidence délivré au titre du 2) ci-dessus est subordonné à une communauté de vie effective entre les époux ". Aux termes de l'article 7 bis de ce même accord : " () Le certificat de résidence valable dix ans est délivré de plein droit sous réserve de la régularité du séjour () : / a) Au ressortissant algérien, marié depuis au moins un an avec un ressortissant de nationalité française, dans les mêmes conditions que celles prévues à l'article 6 nouveau 2) et au dernier alinéa de ce même article ; () ".

3. Pour rejeter la demande de Mme C tendant à la délivrance d'un certificat de résidence d'une durée d'un an et présentée sur le fondement du 2) de l'article 6 précité de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968, la préfète de l'Ain, statuant explicitement au regard de ces stipulations, s'est fondée sur l'absence de communauté de vie entre la requérante et son mari et sur la circonstance, selon les termes de sa décision, qu' " il existe des indices graves et concordants permettant de présumer que la pétitionnaire a contracté un mariage avec un ressortissant français aux seules fins de s'établir en France dans un but étranger à la poursuite d'une vie matrimoniale avec ce dernier ".

4. D'une part et eu égard aux termes mêmes de sa décision, la préfète de l'Ain ne saurait soutenir en défense que le refus de titre de séjour critiqué ne se fonde pas sur le caractère frauduleux du mariage de la requérante et que, compte tenu de l'ancienneté du mariage en cause, ce refus doit être considéré comme trouvant sa base légale dans les stipulations précitées de l'article 7 bis de l'accord franco-algérien de 1968 relatives à la délivrance d'un certificat de résidence de 10 ans. D'autre part et dès lors que l'obtention d'un premier certificat de résidence d'une validité d'un an en application des stipulations du 2) de l'article 6 de l'accord franco-algérien de 1968 n'est pas subordonnée à une communauté de vie effective entre les époux, la circonstance que la communauté de vie des époux C avait cessé avant même le dépôt de la demande de titre de séjour en litige ne pouvait justifier à elle seule le refus critiqué et la seule brièveté de la vie commune des intéressés, qui a cessé quelques semaines après l'entrée en France de la requérante, ne permet pas de considérer en l'espèce comme établi que Mme C se serait mariée dans le but exclusif d'obtenir un titre de séjour. Dans ces conditions, Mme C est fondée à soutenir que le refus de lui délivrer le certificat de résidence en litige est entaché d'illégalité et doit être annulé ainsi que, par voie de conséquence, les décisions prises sur son fondement et relatives à son éloignement.

5. Il résulte de ce qui précède que l'arrêté de la préfète de l'Ain du 15 mars 2024 doit être annulé.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

6. Dans les circonstances de l'espèce et eu égard à la situation de la requérante, le présent jugement implique seulement que la préfète de l'Ain procède au réexamen de la situation de Mme C et statue sur celle-ci. Il y a lieu de lui adresser une injonction en ce sens et de lui impartir un délai de deux mois pour s'y conformer. Il n'y a en revanche pas lieu en l'espèce d'assortir cette injonction de l'astreinte qui est demandée.

Sur les frais liés au litige :

7. Dans les circonstances de l'espèce et en l'application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 visée ci-dessus et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 1 000 euros au titre des frais d'instance à la SCP Robin-Vernet, sous réserve de sa renonciation à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État à la mission d'aide juridictionnelle.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté de la préfète de l'Ain du 15 mars 2024 est annulé.

Article 2 : Il est enjoint à la préfète de l'Ain de procéder au réexamen de la situation de Mme C et de statuer sur celle-ci dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera la somme de 1 000 euros au titre des frais d'instance à la SCP Robin-Vernet, sous réserve de sa renonciation à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat à la mission d'aide juridictionnelle.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme C est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A épouse C et à la préfète de l'Ain.

Délibéré après l'audience du 2 décembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Gille, président,

Mme Lacroix, première conseillère,

Mme Reniez, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe du tribunal le 12 décembre 2024.

Le président, rapporteur,

A. Gille

L'assesseure la plus ancienne,

A. Lacroix

La greffière,

K. Schult

La République mande et ordonne au préfet de l'Ain en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier

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