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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2407841

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2407841

lundi 19 août 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2407841
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationELOIGNEMENT
Avocat requérantGUILLAUME

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Lyon a rejeté la requête de M. B, ressortissant nigérian, qui contestait l'arrêté du 5 août 2024 ordonnant son transfert aux autorités allemandes, responsables de sa demande d'asile en application du règlement Dublin III. Le requérant invoquait une erreur manifeste d'appréciation de la clause discrétionnaire (article 17 du règlement UE n° 604/2013) et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme. Le tribunal a jugé que la préfète n'avait pas commis d'erreur en ne faisant pas usage de cette faculté discrétionnaire et que le moyen tiré de l'article 8 était infondé.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés respectivement les 5 et 13 août 2024 ainsi que des pièces complémentaires enregistrées le 14 août 2024, M. C B, représenté par Me Guillaume, demande au tribunal dans le dernier état de ses écritures :

1°) de prononcer son admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 5 août 2024 par lequel la préfète du Rhône a décidé sa remise aux autorités allemandes, responsables de l'examen de sa demande d'asile ;

3°) d'enjoindre à la préfète du Rhône de procéder au réexamen de sa situation, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de cent euros par jour de retard et, dans cette attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ;

4°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1200 euros à verser à son conseil sur le fondement des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à charge pour celui-ci de renoncer à percevoir la part contributive versée par l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

- la décision contestée est entachée d'une erreur manifeste dans l'application des dispositions de l'article 17 du règlement européen du 26 juin 2013 ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 13 août, la préfète du Rhône conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Vu les décisions attaquées et les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Collomb pour statuer sur les litiges relatifs aux décisions portant mesure d'éloignement ou remise des ressortissants étrangers en application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties, dûment convoquées, ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Collomb, magistrate désignée ;

- les observations de Me Guillaume, représentant M. B qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens ;

- et les déclarations de M. B assisté par M. D, interprète en langue anglaise.

La préfète du Rhône n'était ni présente, ni représentée.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant nigérian né le 1er janvier 1995, est entré irrégulièrement en France le 30 mai 2024 selon ses déclarations. L'intéressé a sollicité l'enregistrement de sa demande d'asile et ses empreintes ont été relevées le 7 juin 2024. La consultation du VIS a mis en évidence que l'intéressé était entré sur le territoire des États membres au moyen d'un visa délivré par les autorités allemandes et elle a, par suite, été informée que sa demande relevait de la procédure Dublin. L'Allemagne a fait connaître son accord explicite pour la réadmission de l'intéressée le 11 juillet 2024. Par une décision du 5 août 2024, dont le requérant demande l'annulation, la préfète du Rhône a ordonné son transfert aux autorités allemandes responsables de l'examen de sa demande d'asile.

Sur l'admission provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle :

2. En raison de l'urgence résultant de l'application des dispositions de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il y a lieu d'admettre M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire, sur le fondement de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

3. En premier lieu, aux termes de l'article 17 du règlement du 26 juin 2013 susvisé : " 1. Par dérogation à l'article 3, paragraphe 1, chaque État membre peut décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le présent règlement. / L'État membre qui décide d'examiner une demande de protection internationale en vertu du présent paragraphe devient l'État membre responsable et assume les obligations qui sont liées à cette responsabilité. () 2. L'État membre dans lequel une demande de protection internationale est présentée et qui procède à la détermination de l'État membre responsable, ou l'État membre responsable, peut à tout moment, avant qu'une première décision soit prise sur le fond, demander à un autre État membre de prendre un demandeur en charge pour rapprocher tout parent pour des raisons humanitaires fondées, notamment, sur des motifs familiaux ou culturels, même si cet autre État membre n'est pas responsable au titre des critères définis aux articles 8 à 11 et 16. Les personnes concernées doivent exprimer leur consentement par écrit. ". La faculté laissée, par l'article 17 du règlement 604/2013 précité, à chaque Etat membre de décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans ce règlement, est discrétionnaire et ne constitue nullement un droit pour les demandeurs d'asile.

4. Pour soutenir que la préfète du Rhône aurait dû faire application de la clause discrétionnaire, M. B soutient, d'une part, que sa compagne, Mme A, une compatriote, est menacée de mort par les membres d'un réseau de prostitution dont il l'a aidée à s'extraire. Ils ont d'abord séjourné en Italie où est née leur première fille avant de se rendre en Allemagne où il a déposé une demande de protection internationale et où sont nées deux autres enfants et avoir dû ensuite quitter l'Allemagne en raison d'une mesure d'éloignement prise à son encontre et se trouverait donc exposé, en cas de remise aux autorités allemandes, au risque d'être renvoyé " par ricochet " au Nigéria. Il n'établit toutefois pas, par la seule production d'un document intitulé " Ausstezung der Abschiebung (Duldung) " sur lequel figure la date 30 juillet 2024, faire l'objet, à la date de la décision contestée, d'une mesure d'éloignement devenue définitive par les autorités allemandes à destination du Nigéria. Dans ces conditions, le risque allégué par M. B ne peut être regardé comme étant réel et actuel à la date de la décision litigieuse. D'autre part, le requérant se prévaut de la présence en France de sa compagne et de leurs trois filles mineures. Il ressort cependant des pièces dossier que Mme A fait également l'objet d'un arrêté de transfert à destination de l'Allemagne et que la seule production d'une attestation établie par le la représentante du Comité Emmaüs de Roanne-Mably faisant état d'activités bénévoles de la part de l'intéressé ne permet pas de démontrer une insertion sociale ancrée et pérenne sur le territoire national. Enfin, si le requérant fait état de discriminations dont auraient été victimes sa compagne et leurs filles en Allemagne, il n'apporte aucun élément de preuve au soutien de cette allégation. Dans ces circonstances, la préfète du Rhône n'a pas entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation en refusant de faire application de la clause discrétionnaire.

5. En second lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1- Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ".

6. Pour les motifs exposés au point 4, et compte tenu du caractère très récent du séjour en France du requérant ainsi que de la circonstance que sa compagne fait également l'objet d'un arrêté de transfert à destination de l'Allemagne, mais également qu'il ne peut justifier d'une insertion sociale stable et pérenne sur le territoire national, la décision en litige ne porte pas à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise et ne méconnaît pas les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

7. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté du 5 août 2024 est entaché d'illégalité et à en demander l'annulation. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction sous astreinte ainsi que celles tendant à l'application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 doivent également être rejetées.

D E C I D E:

Article 1er : M. B est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. B est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C B et à la préfète du Rhône.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 août 2024.

La magistrate désignée,

C. COLLOMB

Le greffier,

T. CLEMENT

La République mande et ordonne à la préfète du Rhône en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour exécution conforme,

Un greffier

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