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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2407869

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2407869

mardi 25 février 2025

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2407869
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation5ème chambre
Avocat requérantSELARL AD JUSTITIAM

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 5 août 2024, M. C B, représenté par la Selarl Ad Justitiam (Me Thinon), demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 22 juillet 2024 par lequel le préfet de la Loire a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) en cas d'annulation pour un motif de forme, d'enjoindre au préfet de la Loire de réexaminer son dossier, dans le délai de deux mois à compter de la notification de la décision à intervenir, et de lui délivrer une attestation provisoire de séjour dans un délai d'un mois, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) en cas d'annulation pour un motif de fond, de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai de trente jours à compter de la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard.

Il soutient que :

- l'arrêté contesté est entaché d'incompétence ;

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation au regard des dispositions des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

- elle est illégale en conséquence de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences sur sa situation personnelle ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

La requête a été régulièrement communiquée au préfet de la Loire, qui n'a pas produit d'observations avant la clôture de l'instruction.

La clôture de l'instruction a été fixée au 5 février 2025 par une ordonnance du 21 janvier 2025.

Un mémoire en défense présenté par le préfet de la Loire a été enregistré le 6 février 2024, après clôture de l'instruction, et n'a pas été communiqué.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 4 octobre 2024.

Vu l'arrêté contesté et les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique, le rapport de Mme Bour, présidente.

Considérant ce qui suit :

1. M. C B, ressortissant albanais né le 7 avril 2000, est entré irrégulièrement sur le territoire français le 8 octobre 2016. Il a formulé en janvier 2022 une demande d'admission au séjour sur le fondement des dispositions des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par l'arrêté contesté du 22 juillet 2024, le préfet de la Loire a refusé de lui délivrer le titre de séjour sollicité, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. L'arrêté attaqué a été signé par M. A Floc'h, sous-préfet chargé de mission auprès du préfet de la Loire, en vertu d'une délégation de signature consentie par un arrêté préfectoral du 19 juin 2023, publié le 20 juin 2023 suivant au recueil des actes administratifs de la préfecture, accessible tant au juge qu'aux parties. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'arrêté pris dans son ensemble doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant refus de séjour :

3. D'une part, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. ".

4. D'autre part, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. ".

5. Si M. B soutient que la décision contestée est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle et professionnelle, en méconnaissance des dispositions précitées, il ressort des pièces du dossier qu'il est entré en France irrégulièrement en 2016, à l'âge de 16 ans, accompagné de sa famille qui se trouve toujours en situation irrégulière, et n'établit pas être dépourvu de tout lien dans son pays d'origine. S'il soutient avoir conclu un pacte civil de solidarité avec sa nouvelle compagne, de nationalité française, le 15 mai 2024, et avoir reconnu de manière anticipée l'enfant dont elle est enceinte, le 23 mai 2024, il n'établit ni même ne soutient en avoir informé les services préfectoraux avant la prise de la décision attaquée, alors qu'il avait déclaré être célibataire dans sa demande initiale de délivrance d'un titre de séjour. En tout état de cause, eu égard au caractère très récent de cette relation à la date de la décision attaquée, une telle circonstance ne constitue ni des considérations humanitaires au sens de l'article L. 435-1 précité, ni des attaches familiales d'une particulière intensité à laquelle la décision contestée porterait une atteinte disproportionnée au regard de ses motifs, au sens de l'article L. 423-23 précité. De même, si M. B se prévaut de ses diplômes d'électricien, de serrurier métallier et d'installateur thermique, il ne fait état d'aucun motif exceptionnel de régularisation au regard de sa situation professionnelle, au sens de l'article L. 435-1 précité, alors que les demandes d'autorisation de travail qui ont été formulées à son bénéfice ont été rejetées et ne correspondaient pas à ses qualifications. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.

6. Pour les mêmes motifs que ceux développés au point précédent, le moyen tiré de la violation des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit également être écarté.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

7. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à exciper de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour à l'appui de ses conclusions dirigées contre la décision l'obligeant à quitter le territoire français.

8. En deuxième lieu, eu égard au caractère récent de sa relation avec une ressortissante française, alors que ses parents sont également en situation irrégulière sur le territoire français, qu'il n'établit pas être dépourvu de tout lien dans son pays d'origine et qu'il lui est loisible de demander, une fois retourné dans son pays, un visa pour entrer régulièrement sur le territoire français en tant que père d'un enfant français, qui n'était pas né à la date de la décision attaquée, le préfet de la Loire n'a pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et n'a pas entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences de l'acte attaqué sur sa situation personnelle en obligeant M B à quitter le territoire français.

9. En dernier lieu, alors que les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant du 26 janvier 1990 ne sont pas applicables à un enfant à naître, le moyen tiré de la violation de ces stipulations doit être écarté comme inopérant.

10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions en annulation de la requête doivent être rejetées.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

11. Le présent jugement, qui rejette les conclusions de la requête de M. B à fin d'annulation, n'appelle aucune mesure d'exécution. Les conclusions en injonction de la requête doivent par conséquent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1 : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C B et au préfet de la Loire.

Délibéré après l'audience du 11 février 2025, à laquelle siégeaient :

Mme Bour, présidente,

Mme Jorda, première conseillère,

Mme Le Roux, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 février 2025.

La présidente-rapporteure,

A-S. Bour

L'assesseure la plus ancienne,

V. Jorda

La greffière,

S. Rivoire

La République mande et ordonne au préfet de la Loire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

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